‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaireChapitre 129 sur 589 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

DE l'Église, évêques ou non, portent également le livre comme indication de la doctrine qu'ils ont exposée avec l'assistance de l'Esprit divin.

Parextension de ce symbolisme, on a mis bien des fois un livre entre les mains des hommes apostoliques (comme on dit) qui ont porté l'Évangile pour la première fois en diverses contrées. Aussi les qualifie-t-on çà et là de docteurs (impropre- •ment, il est vrai).

Une autre classe de saints reçoit aussi presque toujours le même attribut. Ce sont les fondateurs desordres religieux.

Tel est, par exemple, SAINT Benoit de Norcia (Cf.

Corbeau, p. 254, etc.), que je donne (à la p. 524) pour unique spécimen '.

Mais, avec ce renseignement, on ne devra pas être surpris de trouver le livre entre les mains de saint Domimoue, de SAINT François, de saint Ignace, etc., etc. C'est l'indication de la règle que chacun de ces législateurs a laissée après lui pour guider ses disciples, et que l'Église a garantie comme direction approuvée.

En ce cas, on a souvent caractérisé la règle de chaque ordre religieux par quelque signe particulier. Ainsi la pauvreté rigoureuse dont faisait profession saint François d'Assise , est remise en mémoire dans une pein-

ture de Giunta (ci-dessus, p. 278) où les pages du volume ouvert laissent lire le texte de saint Matthieu (xix, 21) : « Si tu veux être parfait, va-t'en vendre ce que tu possèdes, et donne-le aux pauvres , etc. » A saint Ignace de Loyola on donne un livre dont le plat est marqué du nom de Jésus, ou dont les feuillets portent : soit A. M. D. G. {Ad majorem Del gloriam) , soit fnslilutum Societatia Jesu.

Ces titres ou initiales de volume peuvent servir aussi à reconnaître divers saints personnages qui, sans être précisémen t docteurs ni évêques, etc., ont laissé des écrits célèbres dans l'Église, pour a science ou l'édification qui s'en est épanchée par le monde. A ce sujet, vouloir entrer dans les détails serait une tâche aussi fastidieuse qu'inutile. Mais avec quelque instruction l'oay trouvera des renseignements faits pour guider à coup sûr. Celui qui manquera de l'érudition nécessaire pour se conduire d'après ce genre d'éclaircissements, aurait de quoi trouver qu'on le réduit à bien des données minutieuses si nous paraissions l'obliger à reconnaître un saint d'après des titres comme Soche escura, Siibida del monte Carmelo, Llama de amor viva, Casiillo interior, Libro de las fundaciones^, etc., etc.

Outre ces premières données qui comprennent déjà des classes assez nombreuses, il faut encore signaler certains groupes de personnages qui portent le livre sans avoir été compris dans les classifications énuinérées précédemment. Tels sont les abbés. En quoi je ne pense pas que l'on donne une explication satisfaisante si l'on dit que c'est par communication des insignes épiscopaux [ponlificalia). Cela se voit assurément, ou je me trompe fort, à des époques où la dignité abbatiale n'emportait pas l'usage de la mitre ou même de la crosse. Ce livre donc indiquerait plutôt la règle monastique que les abbés devaient promulguer et maintenir.

Il est possible encore que, sur la fin du moyen âge surtout, et depuis lors, un symbolisme peu à p(!u relâché ait conduit les artistes à employer h; livre comme

I. IJi le saint porto sur se» épaules ce que l'on appelle la patience. qui n'est pas uniK^c dans tous les pays où les Benédii tins existent. L^ grand capuchon, qui n'est pas toujours aussi développé, servait dans ccrtaims contrées de signe distinctif entre les pères et les frères. Quant au voile qui pend de la crosse, J'en ai parlé déjà sous le titre Crotte. I.es autres caractéristiques du saint ont également trouvé leur place sous divers chefs. La grande robe de-dessus, qui couvre tout le corps, est l'iiabit de chirur (la coule). Pour ce qui est

(le la crosse avec sa volute (partie recourbée) tournée ici en dedans, on a pu voir ailleurs snnisaniment de détails à ce sujet (p. '29i-'iii9); il n'est doue pas besoin d'y revenir encore une fois.

2. Opuscules do saint Jran de i.a Ooix et de s*imtk Tn^nÈSE, pour ne point parler de bien d'autres auteurs qu'un homme instruit reconnaîtra sans peine, mais où le lecteur peu érudit ne réussirait qu'à se perdre si l'on prétendait l'aider par une notice un peu étendue.

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III) support (juclnmqut' pull'' (l'aatri's atnibuls; d»; iiioiiic jj!!*' U> l)lii,>on s'est permis à la longue de faire soutenir les

Saint Benoît. Cf. p. 523.

écus féodaux non-seulement pardes hommes sauvages, des griffons et autres fantaisies, mais par des anges même'.

Il faut cependant instruire la cause avant de proifoncer une sentence si sévère, et peut-être que certains cas s'expliqueront alors d'une façon pour le moins plausible.

Servons-nous d'un exemple, saint Antoine de Padoue. On va le voir (p. 525), d'après une ancienne gravure, tenant l'enfant Jésus assis sur un livre. On pourrait dire absolument que l'ollice de prédicateur est représenté par ce livre, mais il y a une raison plus recevable, et d'ailleurs certaine : c'est que les Franciscains honorent dans saint Antoine de Padoue le premier de leur Ordre qui ait enseigné la théologie, faculté où ils ont eu depuis maint docteur éminent*.

Le B^ Eugène 111 cistercien, pape (mort en 1153) et dont la béatification n'est pas très-constante. Je le trouve ayant près de lui le livre De consideratione que saint Bernard écrivit à sa demande afin de le diriger dans le gouvernement de l'Kglise.

Saint Cyrille patriarche d'Alexandrie (Cf. Image de la sainte Vierge, p. 483). On le peint quelquefois tenant soit un livre, soit un écrit quelconque où se lit le mot eeoTo'xc;, pour rappeler le décret du concile d'Éphèse présidé par lui, et qui déclara que Marie était véritablement mère de Dieu. D'autres fois il est représenté jetant des livres dans un brasier, pour marquer la condamnation des doctrines de Nestorius, qu'il anathématisa au nom du pape dans cette grande assemblée.

Saint Dictinus (ou Diclinius), évéque d'Âstorga; '2 juin, V. 410. On le voit également jetant un livre dans le feu, parce qu'il s'était laissé entraîner à l'hérésie de Prisciliien. Aussi joint-on quelquefois à cette représentation le texte : Eramus aliquando tenebrx, emprunté à saint Paul (Eph. y, 8) lorsqu'il rappelle aux Grecs que toute leur science ne les avait pas empêchés d'être plongés dans ; les ténèbres du paganisme jusqu'à ce que l'Évangile les / éclairât'.

Saint Héliodore, évêque d'Altino; 3 juillet, v. 390. Le '': livre ou l'écrit qu'on lui met souvent à la main pourrait indiquer les lettres que lui adressa saint Jérôme, dont il était le compatriote et l'ami*.

Saint Boniface évêque de Lausanne, après avoir été abbé de Haute-Combe (Cf. Image de la sainte Vierge, p. 484). A ses derniers moments il se fit remettre l'Évangile entre ;

1. Oïl a pu voir ailleurs (Cf. Armoiries, Crapaud) que pour l'écu de France il y avait au moins un motif Itîgendaire, puisque l'on faisait descendre du ciel les fleurs de lis, comme la sainte ampoule, afin d'exalter la royauté très-chrétienne.

2. Cf. Breviar., 13 jun., lect. v et vi.— AA. SS. Jun., t. II, p. 708, 733. Profitons de cette occasion d'indiquer la célébrité du saint comme patron pour retrouver les choses perdues. Cf. AA. SS., loc. cit., p. 752.

Quand je justifie les artistes pour ces peintures de saint Antoine de Padoue, je ne prétends pas dire que jamais livre employé comme support ne manque de très-bonnes raisons fondées en histoire. Ainsi l'on comprend bien, il est vrai, pourquoi un évéque aura son attribut spécial joint à la caractéristique commune de sa dignité. De cette façon s'expliquera sans peine pourquoi saint riBOiRE porte de petits cailloux sur un livre (Cf. Cailloua:); de même

pour les trois boules d'or que l'Italie donne à saint Nicolas de Mtrb .' (Cf. Boules, etc.); de même encore pour certains autres que nous avons eu occasion d'indiquer. Mais quand sainte Agathf. tient de la même façon ses mamelles tranchées par le bourreau, ou sainte Odile ses deux yeux, j'avoue ne pouvoir plus défendre le peintre; ou du moins je ne le comprends plus. Le livre même sur lequel saint Jean- Baptiste, çà et là, porte l'agneau, ne me parait pas très-justifié par les motifs qu'en ont voulu donner certains auteurs. Cela peut, il est vrai, former un petit socle sur lequel l'agneau s'agence mieux, et ce sera sans doute l'excuse du parti pris si fréquent chez les Grecs ; mais à cette convenance quasi architecturale, je préfère la forme adoptée par le moyen âge latin.

3. Les Bollandistes d'aujourd'hui (AA. SS. Octobr., t. Vlil, p. 850- 854) sont revenus sur l'histoire de saint Dictinus, un peu négligé par leurs prédécesseurs. — i. Hagiol. italic, t. II, p. 7, sq.

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