MARIE (NOTRE-DAME
S'il fallait traiter avec le sérieux qu'elles méritent, les principales représentations de la très-sainte Vierge admises par la piété populaire, un volume n'y suflirait assurément pas; et je n'ai garde de prétendre le faire en passant. Toutefois certaines données peuvent être utiles; et il ne faut pas que dans un ouvrage consacré aux saints, la reine des saints ne trouve point quelque place. Disons donc au moins d'abord que durant les premiers siècles la Mère de Dieu paraît communément sans l'enfant Jésus et dans la simple attitude de la prière, comme étant le principal recours des chrétiens auprès du grand Médiateur, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce geste de la prière est bien connu par les Orantes des catacombes ; et pour en citer un exemple qui appartient à la France, voici (p. 541) un marbre gravé plutôt que sculpté, que le P. Arthur Martin a copié dans la grotte de Sainte-Madeleine à Saint- Maximin de Provence °.
Pour ne point dissimuler ce qu'il peut y avoir de défectueux dans la gravure, avouons que le dessinateur ne
I. Ce songe du roi nortluimbrion est rapporté par M. le comte de Montiilembert, dans ses Moines d'Occiilrnt, t. IV, p. '.).
'2. Siilp. Severi Vit. S. Mart., cap. i : « Mliil prœtcr clilamydein qua indutus erat, habeliat. n Historiquement, la couleur de ce manteau devait être à peu près blanche, comme le font voir plusieurs textes indiqués par le docteur J. I.abus {Fasii, 11 novembre), et le jeune sous-offuier pouvait avoir environ dix-sept ans. Forlunat
(De vita S. Marlini , libr. I; éd. A. Luchi, P. i, p. 391) dit : K Miirtyris alba clilamys plus est quam purpura régis. »
3. Lobo Laso de la Vega raconte tout au long ce miracle dans une pièce de vers insérée au Romancero gênerai, par M. Duran, t. II, IS5I; p. 208,-2(19.
4. Cf. AA. SS. April, t. I, p. iC8, 109. — 5. Hagiol. ital., I, 09. G. Cf. Macarii (L'heureux) llagioglypta (1850), p. 30 et 238.
MARIE (N.-D.)
s'est pas contenté de copier simplement son modèle; il en a plutôt chargé im peu la rudesse, déjà très-suflisante. Les yeux, par exemple, ne sont pas tout-à-fait si effarés dans l'original. 0"ant au latin, il est exactement transcrit, quoique sur six mots l'on en puisse compter quatre
L'inscription y montre que l'on avait l'intention de peindre la sainte Vierge dans le temple de Jérusalem, antérieurement donc à sa maternité divine *. Mais ce geste subsista longtemps, lors même que l'on peignait la Mère de Dieu avec le divin enfant. Telle est cette
qui n'appartiennent pas au langage classique. Uu reste, on peut .se renseigner un peu mieux à l'aide de la gravure publiée par M. Edm. Le Blant dans la continuation
rotnturo romaine livn CaUcumbos,
de son beau travail sur les Inscriptions chrèlicnncs de la Gaule (t. Il, 1805, pi. 72j.
t. Pour ne pas renvoyer le lecteur mu (évangiles apocryphe», citons tout tmnncment la notice de M. de l.inas, dans len Archives
Broderie grecque.
ligure à mi-corps, publiée par liollari après Hosio*. L'Égli.se grecque, parfois fidèle aux vieux usages jiis- (ju'à une sorte de pliarisaïsme , a maintenu celle foiine à laquelle ses artistes ont donné souvent iiik; majesté presque gracieuse, comme dans cette broderie byzantine
des missions scientifiques, t. Vil (I85X), p. 57, sv. Cf. supra, p. 3K8. '2. ('.(. Ilagii>gl\ipla, p. 37, i'.W. — Bosiy, Rom. sotlerr., p. 171.
MARIE (N.-D)
coiiservét! à Hatisbomie, où le l'. Arlli. Martin l'a dessinée d'après un ornement sur ie(|ui'l on l'avait adaptée en manière d'orfroi '.
On y voit Notre-Seigneiir à côté de sa mère, j)uis plusieurs apôtres, à commencer par saint Pierre et saint Paul, les seuls qui soient reproduits ici. Malgré la dillicultéde la broderie, on ne peut disconvenir que ces diverses ligures portent un certain cachet d'élégance et de grandeur. Cependant l'imagerie [wpulaire ne répondait pas toujours à cette distinction, comme on peut le croire : et aussi bien que chez nous, les artistes (jnelconques (jui se chargeaient de fournir les bonnes gens, tombaient bien des fois dans un sans façon où il fallait que la piété suppléât largement au défaut d'adresse. C'est ce dont on peut se faire une idée par le révers de cette croix- en cuivre (tm ])eu tronquée) que nous copions ici, et qui provient d'une trouvaille faite dans la Terre de Bari, près du lieu où se donna jadis la bataille de Cannes entri^ les Homains et Annibal.
Ceux qui auront éprouvé de la compassion pour, l'artiste deSaint-Maximin dont nous reproduisions l'œuvre tout à l'heure, se consoleront peut-être en voyant que ritalic grecque n'était pas toujours supérieure à la France.
L'influence dos Grecs sur l'art occidental , principalement en fait de tissus et de ])eintures, a reitroduil parfois chez nous (surtout vers le xn' siècle) cette Mère de Uieu aux bras étendus, dont on avait sûrement [)ris le modèle dans des œuvres d'époque antérieine. Mais, à partir surtout du v« siècle où la maternité divine de Marie venait d'être proclamée solennellement à la suite de diverses hérésies qui avaient attaqué le mystère de l'Incarnation, l'usage se répandit de i)uiiuire la trèssainte Vierge avec l'enfant Jésus dans son giron. Alors, on la représente le plus souvent assise; et l'enfant Jésus, assis lui-même sur les genoux de sa mère, devient trèssensiblement l'objet principal de cette composition. Marie paraît ainsi comme le trône de la Sagesse incarnée, confoiinément au titre Sedes Sapienliœ, que lui donne l'Église. Ce type qui a régné longlemi)s, et qui est celui des plus anciens pèlerinages, a été, surtout ciiez les Crées, traité avec une grandeur presque magistrale, soit dans les tableaux, soit dans les bas-reliefs. Pour qu'on en ait une idée générale , voici ( p. 543 ) un ivoire copié parle P. Arthur Martin à Metz dans le cabinet (dispersé aujourd'hui) de M. Colchen. Saint Pierre et
saint Paul, dont les médaillons accompagnent la lélc de la trè.s-sainte Vierge, font bien voir (pie nous avons ici une sorte d'abrégé de l'Évangile, c'est-à-dire l'incarnation du Fils de Dieu et sa loi promulguée dans le monde.
On trouverait des exemplaires supérieurs au nôtre l)our plusieurs détails d'exécution; mais outre que celuici n'est pas à dédaigner, il réjxmd à un beau motif qui a eu .son temps, et qui méritait de durer davantage.
Plus tard et peut-être guère avant le xiii* siècle, l'Occident prit l'habitude de peindre la Mère de Dieu debout. Cela j)eut avoir été amené par les formes élancées de l'architecture ogivale (comme on l'appelle), qui entraînaient la nécessité de figm-es beaucoup plus hautes que larges. Mais nous avons lai.ssé tomber ainsi en désuétude un type solennel que n'ont guère remplacé les peintres et les sculpteurs modernes.
l'ne déviation plus grave encore a commencé à se produire au xvuf siècle, quand une piété mal inspirée (selon moi) s'est avisée d'enlever l'enfant Jésus à sa mère, isolant ainsi la très-sainte Vierge de ce qui fait son grand titre aux hommages exceptionnels des chrétiens. Cela s'est multijilié beaucoup sous prétexte de mieux peindre aux yeux l'Immaculée Conception.
Déjà le xvi^ siècle (le xv même) avait imaginé cette façon de montrer, pour ainsi dire, Marie antérieurement à sa naissance et comme n'existant encore que dans la pensée divine. Mais alors, pour ne pas donner le change sur l'intention de l'artiste, on prend soin de grouper autour de Marie, figurée dans une espèce de gloire, les symboles divers de sa prédestination à part de toute créature. Ce sont, par exemple, les emblèmes que la liltngie a puisés dans le langage de l'Écriture et des saints Pères pour louer la Mère de Dieu. Ainsi l'on voit ])rès d'elle le soleil levant {Aurora consurgens) ; la lune, soit en plein, .soit en croissant {Pulchra ut luna); l'étoile qui sert de guide aux matelots (Stella mai-is), une porte de \i\\e forte {Civitasrefugii); l'arche d'alliance représentée d'une façon quelconque absolument reconnaissable, si l'on veut aider à la lettre; la toison de Gédéon (Vcllus Gedeonis), la baguette d'Aaron qui fleurit (Yirga frondrns), la rose ou le lis au milieu des épines (Lilium intcr spinas, etc.), la porte du temple signalée par Ézéchiel (Porta clausa), un jardin entouré de haies (Horlas conclusus), une source défendue par des murailles (Fons signalus), un puits (Pateus aquarum viventium), etc., etc. Nous en avons eu quelque échantillon dans la scène reproduite sous le titre Animaux (p. /|5) à propos de \a licorne; peintres et sculpteurs ont varié ce thème de bien des façons, développant de leur mieux les louanges de Marie que l'on peut trouver condensées dans le Petit Office de l'Immaculée Conception, dans les Litanies de Lorettc et dans le Bréviaire. Vitraux, boiseries d'églises.