‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaireChapitre 181 sur 589 · MISSION · texte numérisé non relu

MISSION

Les hommes apostoliques qui n'ont évangélisé les peuples qu'après avoir été envoyés par une autorité divine, ne seront pas aisément désignés par quelque indice bien clair qui annonce où ils puisaient leur mission. Cependant on pourra quelquefois reconnaître ce caractère à des signes que l'art aborde sans peine. Les clefs données à saint Pierre par Notre-Seigneur Jésus- Christ, la DIcision des apôtres jadis représentée par bien des livres à miniatures au 15 juillet-, rappellent directement la pjirole divine du Sauveur à ses apôtres (Marc. XVI, 15-18) : « Allez dans tout l'univers prêcher l'Évangile à tous les peuples, etc. » Pour des époques plus récentes, on peut montrer les papes et les évêques des grands sièges déléguant des missionnaires chargés de porter la parole de Dieu dans les contrées infidèles ; et ce sujet ne manquera pas de variété avec quelque unité reconnaissablc. Ainsi saint Éleltiière pape (26 mai, v. 186) adressant deux légats au roi Lucius, dit-on (dans la Grande- Bretagne); SAINT Grégoire le Grand se consolant de ne pouvoir évangéliser lui-même l'Angleterre, en lui envoyant SAINT Augustin de Cantorbéry (v. 590) ; saint Atiia- NiSE patriarche d'Alexandrie, donnant à saint Frumence, avec l'épiscopat, la mission de convertir les Éthiopiens; SAnrr Boniface de Mavence ordonnant des évêques pour divers pays germaniques dont il leur conhe la christianisation, etc.; ce sont des tableaux qui se comprennent .sans grand effort, bien qu'une certaine connaissance de l'histoire ecclésiastique ne soit pas inutile pour s'y reconnaître. Aussi avouerai-je volontiers que ce genre de sujets, à raison de l'érudition (jwur le moins élémentaire) qu'il suppose dans le .spectateur, ne saurait être classé à très-juste titre parmi les caractéristiques populaires. Mais je n'ai pas dissimulé que je m'accordais

I. .*\. S3. Augtul., t. V, p. HÙX— Brocchi, .S.S h'iorenlini,

t. III, p. 85, »(çg. — Hafiiolofi. ilalic, t. I, p. 05.

i. Le» Grec» semblent avoir eu le ni^'me objet dans leur commémoraison de» soixante-dix fou i-olxante-douzej disciples, fité* cbez eux le 4 janvier. Cf. J. Martinov, Ann. ecclesiasiic. graco-alavic. (AA. SS. Octobr.A. XI).

quelque marge, tout en adoptant une désignation géné- ■rale qui me guide dans la plupart des cas.

On a représenté aussi saint Je\n l'Évangki.iste députant saint Polvcarpe vers la chrétienté de Smyrne, parce que cet apôtre conserva de son vivant une su|)rématie bien marquée sur les Églises de l'Asie Mineure; et saint Clément pape passa longtemps en France pour nous avoir envoyé les fondateurs de nos principaux sièges. Cela est-il bien établi après les assertions, contradictions, rectifications ou discussions anciennes et modernes? Je ne me prononce pas en alïaire si contentieuse; patriotisme, autorités de part et d'autre, traditions compliquées de préjugés plus ou moins légitimes, y rendent l'arbitrage beaucoup trop périlleux*.

Plus tard les chefs des ordres religieux aussi, sous la haute direction du Saint-Siège, expédièrent au loin des fondateurs d'abbayes ou des hommes apostoliques isolés qui devaient répandre soit la semence évangélique, soit la règle qui caractérisait le nouvel institut. L'on peut donc rencontrer des monuments qui peignent saint Benoît envoyant SAiNiv Placide en Sicile, ou saint Malr en Gaule; et saint François d'Assise chargeant saint Antoine de Padoue de prêcher et d'enseigner l'Écriture sainte (Cf. Livre). Dans ce dernier cas, l'on a pu avoir en vue, nonpas seulement de faire ressortir l'éclat scientifique jeté d'abord par une Famille qm' produisit bientôt saint Bonaventure, mais le mérite du saint portugais (on pourrait bien l'appeler saint Antoine de Lisbonne, comme le nomment ses compatriotes) qui, après son entrée dans l'ordre de Saint-François, avait longtemps caché ses connaissances pour n'être employé qu'aux plus bas offices.

A une époque plus voisine de nous, on peut voir encore saint Ignace de Loyola envoyant saint François Xavier aux Indes. Mais pour ne pas multiplier ers exemples, disons que la mission des hommes apostoliques partant pour les pays lointains est fréquemment désignée par le bourdon qui indique les longs voyages entrepris avec une pauvreté évangélique. De cette façon, plus d'un missionnaire pourra être pris au premier aspect pour un simple pèlerin. Mais lorsque le moment en sera venu, je tâcherai de donner quelques indications qui empêchent de les confondre au moins dans J)ien des cas, avec ceux qui ont fait de simples pèlerinages.

Ml THF.

De la miti-e asiatique emjiloyée dès le temps de l'art gréco-romain pour désigner les peuples orientaux, je pourrais bien ne faire ici qu'une mention rapide. Les

.3. Les sii^ges épisropaux qui pri'tendcnt avoir une oriKin" apostolique, sont extrfnicnicnt nombreux dans l'Kglise; et l'on m'accordera sans peine que plusieurs d'entre eux n'ont p;is de titre fort décisif, (/est tout ce que j'ai voulu dire, et ce n'est srtrement pas trop liardi. Sans courir au-devant des querelles, il ne faut pas non plus se vouer à tout prendre comme paroles d'Kvangilc.

MITRE

articles Bonnet phryyien et Tiare expliquent absolument loiil ce qui serait utile en ce genre pour un livre comme le nôtre; et certaines médailles antiques, arméniennes surtout, coiffent les princes d'une mitre fort semblable à celle de nos évoques du moyen âge. D'ailleurs on se procure aujourd'hui sans peine des manuels d'antiquités (conune le Dictionnaire de Hicli) où les renseignements surabondent. Il sullirait donc à la rigueur de nous borner cotte fois, et encore sans grandes recherches, à la mitre ecclésiastique. Cependant ne laissons pas ignorer à ceux qui auraient yxm pratiqué le moyen âge, que la mitre latine désignait alors les pontifes de la Synagogue, tout comme les évoques chrétiens. Aaron et les princes des prêtres portent donc à cette époque la coiffure épiscopale de nos jours. Gela dureche< nos artistes jusque vers la fin du xvi" siècle, et les vieux vitraux en donneraient maint exemple.

Que la mitre soit un insigne de l'épiscopat, qu'elle ait été accordée vers le xii" siècle à la dignité abbatiale, que sa forme ait varié à diverses reprises, ce sont des questions archéologiques qui n'entrent point nécessairement dans mon sujet, et dont j'ai dit quelque chose à propos de Vèpiscopat et de la crosse. Nous n'aurons donc à mentionner ici que les mitres accompagnant un personnage qui semble n'avoir aucun autre insigne de prélature: comme les évèqties qui ont abdiqué leur siège, ou les saints qui se sont dérobés à la charge pastorale par humilité.

Le nombre est grand des saints prélats qui ont fui les sollicitudes du gouvernement d'un diocèse, pour.embrasser l'obscurité de la vie religieuse; on nous pardonnera bien de ne pas en dresser la liste complète : bornonsnous à nonuner quelques-uns de ceux dont l'abdication est le plus fré(iuennneiit rappelée par les artistes. Ce sont SAINT IliDiLPHE arclicvèquc de Trêves, saint Claude archevêque de Besançon, saint Juste de Lyon, etc., dont les noms ont trouvé place sous le titre Ermites. Communément on les reconnaît à une mitre placée près d'eux dans la cellule où ils s'étaient confinés. .

Saint Materne évoque do Tongres se voit souvent avec trois mitres près de lui, par la même raison qui le fait représenter avec trois églises sur la main. Cf. Églises, |). 336.

Saint Nicolas de Myiie et saint Servais sont parfois peints recevant leur mitre de la main des anges. Cf. An(jes, p. 36, sv.

Plusieurs autres se voient refusant la mitre qu'on leur lirésente, pour exprimer les dillicultés qu'ils opposèrent à leur élection (comme par exemple saint Isidore de Skville; et saint Anthelme de Bkllev, ci-dessus, p. Zi96, sv.); mais ce refus a été si fréquent parmi les saints, qu'on n'en saurait faire une caractéristique bien reconnaissable.

Ailleurs on a peint un saint évèque arrivant dans sa vilif épiscopale, et auquel le peuple présente les insignes

de sa dignité. Cela peut encore donner l'occasion d'un tableau, mais le moyen de savoir bien au juste quel est le prélat dont il s'agit? En ce cas, comme il faut qu'un

Suint Bruco.

évoque ait des mitres de diverses couleurs, selon l'occasion; deux ou trois mitres présentées à l'arrivant, donneront lieu de soupçonner une intention très-spéciale. Mais il ne s'agit réellement que d'une réception olBciolL! faite à tout nouveau prélat.

Saint Bruno fondateur de la Chartreuse, a été çà et là

MITRE

représenté avec une mitre et une croix épiscopale renversées à ses pieds, parce qu'il refusa l'archevêché de Reggio (enCalabre) que le pape voulait lui faire accepter.

Le même motif a fait placer la mitre près de saint Thomas d'Aquin, de saint Joseph Calasanz et de saint Bernardin de Sienne; mais pour ce dernier, qui avait

Saint Bernardin do Sienne.

refusé trois fois la dignité ^-piscopalc , il est presque toujours peint avec trois mitres placées à côté de lui (Cf. Aurcolfi, p. 96).

Nous avons parlé de la mitre lydo-phrygienne, persane, etc., sous les titres Bonnet et Encensoir (à propos de saint Zacharie). Cependant, comme les mitres ou tiares asiatiques ne sont pas sans utilité pour reconnaître quelques saints personnages dans les monuments, certains détails de plus ne gâteront rien à ces premières données. Ainsi, en voilà une autre forme beaucoup plus semblable au bonnet phrygien.

11 s'agit des rois

Mages venant adorer l'enfant Jésus; et ce fragment de crosse du XI" siècle a déjà paru dans les Mélanges d'Ar-

Crosses, fig. 82).

Avec ceci et ce que nous avons dit ailleurs on sera désormais passablement informé sur les sujets analogues.

Mais attendu que les peintres et statuaires des divers âges gardent mainte surprise à qui aborde l'un d'eux sans comparer plusieurs époques entre elles, on ne nous saura pas mauvais gré d'avoir multiplié les renseignements; d'autant que l'antiquité ellemême varie beaucoup en ce point. A qui regarde les diverses figures asiatiques représentées avant Jésus-Christ ou dans les monuments chrétiens, il viendra en l'esprit que les artistes n'ont pas toujours eu la même intention -quand ils coiffaient ces têtes de façons un peu différentes. Je crois que plusieurs auront prétendu reproduire le haïk ou le beurnous des arabes, avec le capuchon qui préserve la tête des coups de soleil; d'autres voulaient peindre quelque chose comme le bonnet pointu des Persans modernes, ou la haute coiffure conoïde des princes et des dieux de Mnivc (Coioundjic); peut-être aussi un autre couvrc-ciicf plus propre à la Basse- Asie. Donnons donc encore , d'après une peinture des catacombes' (du cimetière de Saint-Pontien , via Portese), les saints Abdon et Senniîn Persans, couronnés par Notre-Seigneur lui-même (Cf. Groupes, p. /|57, etc.). Certains espagnols, plus patriotes que sensés, ont prétendu les attribuer à Cordoue *. Mais Rome était un peu mieux informée depuis le temps de Dèce. Aussi voit-on que nos deux martyrs portent des vêlements où il est clair que l'on a voulu rappeler leur origine orientale, et (pii fait voir une fois de plus comment on entendait en

1 Apud Boiio, Homa tulleranea, p. 133. Cf. AA. S.S. Jul., t. VII, p. 130, etc.

•2. Cf. .Me. Antonio, Censura de hislurias fabutosas , libr. VI, cap. m (p. '2X7, sg.).

MITRK. — MOT\STRANCK.

Occident les costumes de la Perse. Ce qu'il y a do variations dans les monuments divers donnés à ce sujet,

montre qu'il faut accepter le thème fondamental avec un grain de sel, comme on dit.

Les saints Abdon et Sennen.

MOISSON (ou récolte). Cf. Champ.

MONDK, exprimé par une sphère. Cf. Globe. *

MON-NAIh:. Ci. Argent. Aumûne, Médaille.

MONOGRAMME. Cf. Chilfrc, Armoiries, etc.

MONSTRANCK.

Je me sers de ce mot ([iii a beaucoup vieilli, mais qui peut correspondre passablement à ce que nous appelons aujourd'hui Ostensoir; tout en laissant comprendre qu'il ne s'af,nt pas tout à fait de la même forme. Il ne sera donc pas trop iniiUelligible. Mais le vase sacré qui sert actuellement à exposer la sainte Kucharistie n'est plus guère du même modèle qu'on y suivait jadis, entre le xin' siècle et le xvi°. Il est utile de revenir sur cette expression ancienne pour faire comprendre ce que pouvait être un objet dont l'analogue ne se présente plus chaque jour à nos regards. On dirait que primitivement, et sans doute à partir de l'époque où la fête du saint Sacrement fit expo.scr l'Eucharistie à décou-

vert, il ait d'abord été imaginé un cylindre de verre qui se plaçait au besoin entre la coupe du ciboire et son couvercle. Dans l'intérieur de ce tube , une adaptation quelconque ( croissant, tige avec appendices ménagés habilement) isolait la sainte hostie présentée aux regards du peuple chrétien. Bientôt ce cylindre aura paru trop simple pour la piété publique, et l'orfèvrerie l'entoura d'une ornementation architecturale qui se modifia naturellement avec le goût de l'époque : flanquant l'objet central d'arceaux, contre-forts et autres agréments que le xiv<^ siècle et ses héritiers transportaient volontiers hors de leur sphère véritable. Cela eut du succès,, comme le montrent maints vestiges du temps ; et les reliquaires même prirent souvent l'aspect d'une base en pied de calice, chargée de motifs empruntés avec plus ou moins de bonheur à l'architecture contemporaine. Comme tous les détails imaginables exprimés par la parole ne valent pas un dessin, si élémentaire qu'il soit, je renverrai à diverses planches dessinées par le P. Arthur Martin dans nos Mélanges d' .irchéologie , d'Histoire, etc.

MONSTRANGE.

Le I""^ volume, à lui tout seul, en donnera divers exemples sous les n«« XVIII, XIX, XX et XXIII.

Après ce premier renseignement que nos propres gravures aideront à compléter, nous pouvons entrer dans rénumération des saints qui portent souvent une monsirance ou quelque chose de semblable.

■ Quelque estampe ancienne, peu copiée depuis deux cents ans, donne cet attribut à saint Damase pape (Cf. Anneau, p. /|8; etc.). Ce pourrait être le mémorial d'une l^ende qui s'est répétée parfois au moyen âge sans que je réussisse à trouver qui l'aura mise en circulation. Le saint pape, dit-on, distribuant l'Eucharistie un jour, fut tellement frappé de la beauté d'une femme qui se présentait à la communion, qu'il en éprouva un trouble involontaire. Pour se dérober désormais à ce péril, un pieux emportement de zèle lui aurait fait prendre le parti de se couper la main au sortir de la messe. Mais la sainte Vierge lui serait apparue, blâmant cette ressource indiscrète; et lui rendant la main dont il s'était privé. Il doit y avoir dans l'origine de ce récit quelque souvenir mêlé du miracle opéré en faveur de saint Jean Damascène (ci-dessus, p. 59), et des calomnies répandues contre saint Damase lui-même par ses adversaires (hérétiques ou schismatiques).

Que si, par hasard, l'on avait prétendu faire allusion ainsi aux vases sacrés dont saint Damase fit cadeau à plusieurs églises, il n'y a presque pas de pontifes romains qui ne pussent recevoir la même caractéristique. L'ancien biographe des papes énumère pour chacun d'eux les riches présents qu'ils ne manquaient pas de faire aux principales' basiliques de Rome.

Saint Zéphyrin I", pape et martyr (26 août, 218), porte également quelquefois une monstrance, en manière de témoignage pour sa dévotion à l'Eucharistie; sans doute parce qu'on lui attribue la défense d'employer des calices de bois dans le saint sacrifice, et l'ordonnance pour tous les chrétiens de communier au moins une fois à Pâques. Mais ce dernier décret n'est pas fort authentique, et nous voyons qu'au vin' siècle, trois communions par an étaient encore jugées trop peu de chose. Car l'Église n'a réduit l'obligation annuelle à une seule fois, que dans des temps bien plus voisins de nous.

Saint Norbert (Cf. Apparition de la sainle Vierge, p. 58) portant un ostensoir ou une monstrance.

Nous avons déjà dit qu'il combattit heureusement dans la ville d'Anvers l'hérésie des sacra mentaires répandue par Tanchelm (ou Tanchelin) dans la Hollande, la Flandre et le Brabant, durant les premières années du XII' siècle.

Ln motif tout pareil a fait souvent donner le même attribut au B' La.nfranc archevêque de Cantorbéry (28 mai, 108J), à cause de la lutte qu'il soutint de vive

I. Calendar. benedid., 3 jul. — Hagiolog. ilalic, t. II, p. 9.

voix et par écrit contre Bérenger qui dogmatisait au XI" siècle contre la présence réelle de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie'.

Saint Guillaume archevêque de Bourges, après avoir été abbé dans l'ordre de Cîteaux; 10 janvier, 1209. Un osten-

.Saint Norbert.

soir qu'il lient en main, ou devant lequel il prie, est le témoignage de sa dévotion au saint Sacrement ; et surtout envers la sainte messe, où la vivacité de sa foi semblait lui rendre sensible le sacrifice du Calvaire.

Saint Alphonse de Liguori, évêqiio (Cf. Chaire, p. 193; etc.). A causi; de son livre intitulé Visiies au saint Sacre-

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