‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaireChapitre 186 sur 589 · MONSTRES · texte numérisé non relu

MONSTRES

MORT

le monde physique, l'homme se permettait de prêter à la nature; et trouvait plus simple de la construire à sa façon que d'y sonder patiemment les voies du Fabricateur souverain. De là naquirent, entre autres inventions suspectes, la structure et les propriétés attribuées à diverses créatures par les Besiiaires qui eurent quelque vogue au moyen âge'.

Le poisson ou cétacé quelconque de Jonas, auquel on a donné des formes arbitraires, peut bien se ranger dans les monstres liétéroclites.

Les sarcophages chrétiens et les verres à dessins découpés dans une feuille d'or, montreront de quelles manières diverses cet animal avait été compris par les anciens artistes. Le fragment que je donne ici est emprunté à un tombeau du musée de Marseille, qui provient d'Arles peut-être-. La bête y prend une mine de chien de mer, et ailleurs on lui prête parfois un énorme cou d'hippocampe séché. Nous la retrouverons sous le titre Vaisseau, outre qu'on l'a déjà pu remarquer au mot Coffre.

Saint Antoine le solitaibe (Cf. Béquille, p. 132; etc.) a été peint plus d'une fois rencontrant un satyre ou un

centaure dans les profondeurs du désert, d'après ce que raconte son biographe '.

Ailleurs on pourra voir le diable représenté de façons plus ou moins bizarres, selon la fantaisie des peintres; mais on ne s'y trompera guère la plupart du temps, et les éclaircissements que je pourrais donner à ce sujet seraient interminables, sans avancer beaucoup le lecteur.

Quant aux dragons qui ont aussi pris des formes trèsvariées sous la main des peintres et des sculpteurs, on les reconnaîtra toujours passablement, malgré leur variété. Or un article leur a été consacré déjà tout particulièrement.

MONTAGNE. Cf. Colline, Hocher.

Notons pourtant ici saint Pelade (Pallade, etc.) évêque d'Embrun, honoré en Catalogne; 7 janvier et 28 février, V. 538. Comme il passait près d'Embrun dans un défilé, une partie de la montagne menaça de l'écraser avec ceux qui l'accompagnaient. Par un signe de croix, l' évêque détourna ce péril ; et le rocher tomba sans blesser personne. Les Catalans, qui possèdent son corps, mentionnent ce prodige; mais représentent beaucoup plus volontiers près de lui l'église où ils honorent ses restes glorieux*.

Malgré le culte que lui rendent les Catalans de Camprédon et les Dauphinois, je trouve les auteurs espagnols bien sobres de détails sur ce saint. Ni les Bollandistes, ni Villanueva, ni même Tamayo ne lui accordent la moindre mention. 11 était trop juste que nous prissions soin de l'arracher à cet oubli presque affecté.

MORT

S'il s'agit de la Mort personnifiée dans une sorte de squelette portant la faux, le sablier, etc., quelques artistes du XVI* siècle peuvent avoir fait entrer cet invention semi-classique dans la peinture d'un saint, mais cela n'est pas vraiment de l'art populaire tel que je l'entends ici. Tout au plus voit-on chez les artistes chrétiens

1. J'en avais pn'paré une édition définitive dans les Mélanges d'Archéologie (t. II, p. 85-100, 100-232; t, III, p. 203-288; t. IV, p. 55-87 ) ; et le texte grec a été publié depuis lors dans le Spicilegium Solesmense, sans grand égard pour les recherches que j'eusse voulu y ajouter, si l'on m'en avait laissé le soin. Mais dans l'état où sont ces deux travaux partiels, en y joignant un livre de M. Hippeau {Le bestiaire divin, Caen, 1852), l'on peut du moins y puiser des renseignements utiles, quoique incomplets. Ce n'est pas du reste, pour la représentation des saints, que l'art y a recouru abondamment. La licorne presque seule éclaircirait certaines peintures ou sculptures du genre qui répond à mon livre actuel.

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