AA. SS.yu/., t. V. p
b. L'Iiistoire du musicien se trouve aussi altribuéc à quelque pèlerinage de la sainte Vierge. Cela n'aurait-il pas son excuse dans
un article du P. Gumpenberg {Allas Marianus , n" cmlvii) qui, n'ayant point de documents au sujet d'une ancienne imat;e niiiaculeusc de N.-D. à Vlierbeek, se rabat sur une cbapelle voisine dédiée à sainte Wilgeforde? Nous y gagnons du moins d'apprendre que cette sainte avait été nommée Kulropie dans un bréviaire des Chartreux, outre la synonynii;' indiquée déj4 (p. 121).
MLSIQLK.
personne, on s'expose déjà sullisaninienl |)ar la seule expression d'un doute; et il faudrait des preuves tout à l'ait décisives pour piononcer (Mitre les conicndants. ic me borne donc, tout en mentionnant le fait réclamé par les dévols cU: sainte Wilgeforde, à laisser voir ma j)artialilé pour l'origine toscane de ce récit. Comme ce n'est d'ailleius(|u'une narration épisodiqne dans les histoires de sainte Liberata, il peut assurément suflire que nous l'ayons indiquée, sans la raconter tout au long dans les moindres délails cpie lui prête la poésie populaire.
M. Aglaiis Bouvenne a publié en 1866 (dans la nerne (Ir. l'an chnlien, t. X) un petit mémoire qui renferme plusieurs délails curieux sur les représentations de notre sainte; et il n'omet pas le fait que nous venons de rappeler.
J'ai quelque souvenir que ce genre de représentation aura été appliqué en Périgord à saint Silanus, dont il a été question p. /|86.
Sainte Cécile de Rome, vierge et martyre (Cf. .lîirycs-, p. /|2; etc.), est bien connue comme patronne des.musiciens. Aussi les chanteurs, instrumentistes , et luthiers avaient-ils choisi le 22 novembre comme leur fête de corporation. Sans vouloir le moins du monde ébranler celte vieille (ou plutôt pas trop vieille) dévotion célébrée par le génie de Haphaël, disons pourtant que le talent musical de sainte Cécile n'est pas très-établi comme fail historique. La véritable origine de son patronage poinles musiciens n'en vaut pas moins, pour être un peu détournée. La voici écrite dans le Bréviaire, sans qu'il faille se donner beaucoup de mal pour l'éclaircir.
L'Oflice de cette illustre martyre est un de ceux (pii sont demeurés fortement empreints du caractère primitif puisé dans les Actes contemporains (ou très-peu s'en faut). Si l'on avait maintenu cette source liturgique, le Bréviaire formerait un précieux musée de la littérature chrétienne; avec la trace fidèle de chaque âge qui nous aurait légué ses souvenirs dans kuir forme l)rcmière , et par des fragments authentiques sans relouche '.
Les antiennes donc, et les répons, qui forment pour ainsi dire la trame générale dans l'Oflice de sainte Cécile, racontent ses actions, ses paroles et les pen.sées qu'elle adressait au Ciel sur les derniers jours de sa vie.
Poussée par ses parents à prendre un époux, malgré le vœu qu'elle avait formé de demeurer vierge, Cécile laissait la noce se célébrer, tout en demandant à Dieu <lu fond de son cœur, qu'il lui donnât le moyen de main-
tenir sa résolution. Comme dit la première antienne de Laudes : « Pendant que les instruments de musique retentissaient, Cécile chantait vers le Ciel, du fond de l'Ame, disant : Que mon cœur se conserve sans atteinte.
pour que je n'aie pas compté en vain sur vous-. » Les instruments de musique étant exprimés par le mot latin
1. On n'a piière conservé intc'gralcment sous cette forme, que les Offices de saiiit Clément pape, de sainte (décile, de sainte Agatlie, de sainte Agnès, do sainte Lucie, de saint Martin et de saint André. Les liturgies modernes, beaucoup trop pronées par la France, avaient banni quantité de souvenirs locaux qui nous gardaient le parfum des vieux témoignages et du sentiment éclos près de la tombe encore fraîche des serviteurs de Dieu. Cela (on peut s'en douter) ne vent pas dire que j'adresse précisément des félicit;itions à ceux qui, reve-
nant au Bréviaire romain, ont négligé nos vieilles sources pour les Propres des saints de chaque diocèse. Plus d'un Chapitre français avait comme sous la main des matériaux précieux en ce genre, et n'a pas en l'air de s'en douter. Je crois même savoir que la congrégation romaine des rites en a témoigné parfois sa surprise.
2. Breviar., li novenibr. : « Cantantibus organis Caecilia Domino decantabat, dicens : Fiat cor meum immaculatum, nt non coiifundar. »
MUSIQl E. — NAVETTE.
organa, l'usage s'est introduit de donner un orgue à sainte Cécile, comme si elle l'eût touché elle-même. Non pas que l'OlBce dise réellement cela, mais enfin il y était absolument question d'orgues (organa).
Après tout, ce n'est pas grand abus si l'on apprend ainsi aux musiciens que, dans les fêtes et surtout dans le service divin, il est bon que leur cœur s'unisse au son des instruments; et comme on le voit en bien des cas, il y a plus d'un patronage qui est choisi avec de moindres motifs que celui-ci.
Quant à l'orgue, s'il s'agissait de faire de l'archéologie à ce propos, on aurait beau jeu à montrer d'après les textes et les monuments que l'époque de sainte Cécile pouvait le connaître. Raphaël le savait ou non, peu importe. Une pensée plus profonde l'occupait, je pense : celle d'exprimer la musique religieuse. Aussi peint-il la sainte en extase tandis que l'oi-gue est en ses mains, et que des instruments de rhythme ou de mélodie profanes sont épars à ses pieds.
Mais quoi qu'il en soit, cet orgue avec son clavier sous les doigts de sainte Cécile est devenu comme une caractéristique populaire imprescriptible. On s'en est donc servi pour faire reconnaître saint Pascal l*'', pape (14 mai, 824), auquel la sainte apparut afin que sa basilique fût relevée '. Ce n'est pas que la trace de cette église eût été perdue; elle subsistait encore, menaçant ruine; et l'on ne s'y intéressait plus guère, parce que les reliques de la célèbre martyre passaient pour avoir été enlevées en Lombardie. Retrouvés alors , ses précieux restes firent revivre le culte de la glorieuse sainte.
II n'est sûrement pas besoin de faire observer que des instruments de musique peuvent paraître dans la représentation de divers autres saints. Plus d'un artiste en a mis entre les mains des serviteurs de Dieu qui ont pas.sé leur vie à garder les troupeaux; parce qu'un pâtre ou berger emploie fréquemment ainsi .ses loisirs. C'est alors le plus souvent un flageolet, hautbois, etc.; ou une cornemuse. Cf. Flùle.
Plus d'un saint aussi se voit écoutant un* concert que lui donnent les anges. Tel est par exemple saint François d'As-sise récréé par une musique céleste pendant qu'il était malade ; et saint Céadda ( Chad ) évêque de LicirmELD (2 mars, 672 ), que les chants des anges invitèrent au bonheur éternel, sept jours avant sa mort.
De môme, sainte Romule (23 juillet, vi« siècle), louée par saint Grégoire le Grand *, fut accompagnée par un choeur de bienheureux au moment de sa mort.
t. AA. SS. Maii, t. III, p. 390, sq.