NEGRE
toutes les populations dont l'esclavage donnait alors le spécimen. Nous en avons conservé jusqu'à présent l'expression moricaud, pour dire un homme basané. De là vintque l'on a imaginé d'attribuer la face ou la nuance des nègres tropicaux à plusieurs martyrs de la Légion ÏHÉBAiNE parce qu'ils venaient d'Egypte * , et à d'autres héros chrétiens qui avaient souffert en Mauritanie sous les persécutions romaines. Sainte Marie l'Égyptienne, avec tout autant de raison (c'est-à-dire ni plus ni moins), a été changée en négresse dans certains tableaux.
Sans tenir compte de ces bizarreries dont il faut pourtant se souvenir le cas échéant, je ne veux que noter ici tout bonnement les saints qui ont pu être peints, avec quelque à-propos, sous les traits ou la couleur de la race noire, ou accompagnés de nègres.
Parmi les mois rois (ou mages) qui vinrent — | adorer l'enfant Jésus dans retable de Bethléem, le moyen âge a souvent placé un nègre; probablement pour montrerdès cette première vocation des Gentils l'accomplissement de la prophétie (Ps. Lxxi, 9): « Les Éthiopiens se prosterneront en sa présence. » Mais celle invention remonterait tout au plus au vin" siècle, supp<jsé même que le vénérable lièdc fût vraiment l'auteur du portrait des rois mages que
I. On n'a pas inanqui'' l'orcasion de ce calcmlmiir dan* iinn prose de Wolfcnbnttol (ap. Nealc, .SeijiH-n/iVp, p. 18R, sqf[.) où l'auteur •nmbic s'ttre piqiK^ dV«prit lK?aiiroiip plus que d<i raison : • In hac %e Maukitiih Maunim dilTitetur ; In hac NioRK, can<li<JUN,
B» Pierre Clavct, p. 571.
ses éditeurs lui prêtent. Toutefois cela fit fortune plus tard dans TOccident, et des monuments ont été corrigés après coup pour mieux s'adapter à la persuasion
populaire qui voulait voir dans l'Epiphanie la représentation des principales races humaines.
Saint Philippe diacre, disciple des apôtres {C.Ï. Baptême, p. 119).
L'eunuque ou ministre qui lui demanda le baptême en revenant de Jérusalem vers l'Égyptc (Act. vui, 26-39) peut très-bien avoir eu la nuance à peu près noire , sinon la face d'un nègre, puisqu'il paraît avoir été le serviteur principal d'une princesse nubienne ou éthiopienne.
Saint Moïse l'Éthiopien, ermite (Cf. Corde, p. 258). Celui-là était réellement de la race nubienne, et par conséquent de couleur noire très-foncée.
Saint Benoit de Saint Pnii.ADELPUE surnommé LE Mure, mineur observanlin; h avril, 1559.
Il était né en Sicile d'une famille jadis esclave , et en avait conservé la couleur des nègres. Après avoir été longtemps ermite, J il entra dans l'ordre de Saint-François à Palerme, comme frère lai ; et mourut en
odeur de sainteté, à l'âge de soixante-trois ans-. La couleur qu'il tenait de ses parents l'a fait choisir, dans l'Ainérique méridionale, pour patron des nèfiics esclaves. Mais à vrai diri', il n'avait jamaisélé escla\e lui-inêine;
CatKlidis liabftur; Ibi ExurKRtrs Nunqtiam Niiper.itiir; Kt Victor victorilms.
VicluH, Mociatur. l'Ile.
■.'. Ilw.ndi'ih Italie., \. I, p. 1X1.
NliGUli. — Ml).
ainsi c'ost un patron de ract; pliit6t (|ue do profession. Le B' PiKniiK Ci-aver, de la Compagnie de Jésus; 9 septembre, 1CJ/|. On le ])eint très à propos entouré de nègres qu'il baptise, catécliisc, dirig(!, bénit ou administre, parce (|nt^ sa grande occM|)ation à Carthagène (dans la INouvelle-dii'iiade), |)endaiit plus de quarante; années, fut d'enseigner les principes et la pratique; de la religion aux pauvres esclaves africains, qui arrivaient par centiiines dans ce port avant d'être distribués entre différents maîtres, ou qui étaient occupés dans la ville et aux environs poin- le service des Espagnols. Cf. p. 57:5.
Ni:iGE.
Saim Seiivais, évèque de Tongres (Cf. Clef, p. 225; etc.). Son tombeau négligé, dit-on, après la ruine de sa ville épiscopale et de son église, aurait attiré enfin l'attention des fidèles par le soin que le Ciel prenait de le signaler au respect des plus oublieux. La légende prétend que pendant les plus rudes hivers, la neige épargnait constamment k; sépulcre du saint, tandis qu'elle couvrait la contrée entière. Ce prodige aurait enfin renouvelé la dévotion des chrétiens pour les restes trop abandonnés de l'évoque;, et fait relever sa basilique dont la mémoire allait se |)erdre '.
Dans le brouillard qui enveloppe l'histoire de ce saint avant et après sa mort, je ne crois pas ni'avancer trop si j'explique cette neige par l'axiome populaire des trois saillis de neige (saint Servais, saint Pancrace et saint Mamert),du milieu de mai (13, 12 et 11), dont il a été question à propos du jardinier de Frédéric II, sous le titre Calendriers (p. 158). Saint Mamert, avec son jour critifiue, pouvait bien être censé mis en dehors par les Rorjatlons, dont l'origine lui est attribuée; quant à saint Pancrace, oublié entre ses deux voisins il aura laissé le cham|) libre à saint Servais, lequel est d'ailleurs le plus avancé des trois dans le printeinjjs. Ainsi le nom spécial de saint de nciijc lui sera échu; et la peinture peut avoir fixé ce mcincnto du calendrier économique, que des âges moins bien informés auront traduit en souvenir des anciens
1. Cf. Siipiileinentii ad U-gcndam aiiream [llisloriœ plurimorum SS., I.ovunii, I47j;, fol. Ixvij, v. — Brautii Marli/rolog. poetic.
« Prn'sulis iiit.irlum cin^it iii\ corpus lulu'aliiin, lioiicc lumms sacro tegmiiie cincUa fuit. »
Cf. AA. SS. Belnii, f. I, p. 80, sq.; SSMIii, O.M; Sll-Trl. — Ibiil., t. Il, p. 178, sqq.; 187-201; 'JOi, etc.; t'i-iTi.
Mais piiis(|ii"uno occasion se presoiiti' de résumer ta légoiidi; de saint Servais, dont il a déjà cSté parlé pins d'une fois, citons Une prose de Cologne {Lux: prœdara), qui se retrouve dans les Missels de Passau et de Frisingue :
. P.iupor Christi rovelatur : F.irmi.latur ullio.
Aiigelico pra-suialur Uoraam petit oraturus
Electu» inJicio. l'elrum; Peiri petiturus
Visa tandem \i>ione hitrat oralorium.
De i.crdenda re^iiuin-, . l'etru [ireccs sunt ulilala'.
temps, au lieu d'y lire un avis perpétuel [jour l'avenir. Si je ne me trompe fort, on peut tomber plus mal en fait d'interprétation; je ne donne d'ailleurs la mienne que sauf meilleure hypothèse, m'en rapportante ce qu'il en est. Ainsi l'on peut considérer la di.scussion comme demeurant ouverte; jusqu'à solution définitive, au cas où celle que je propo.se semblerait trop hardie.
Saint Fiiançois d'Assise (Cf. Anne, p. 38; etc.). Comme nous l'avons dit de saint Benoît de Norcia, sous le titre liaisson, l'on raconte qu'il se roula dans la neige pour vaincre une tentation d'impureté. Ce fait a été représenté plus d'une fois, sans appartenir pourtant aux caractéristiques principales de saint Franejois d',\ssise dans l'art ordinaire. Du reste, ces exemples ont l'avantage de faire voir aux chrétiens que la sainteté ne consiste pas à être exempt des assauts du démon, mais à les repousser.
Sainte Eulalie de Mérida (Cf. Colombe, p. 2/i3; etc.), nommée quelquefois Olalla en Espagne. Prudence raconte dans son hymne sur le martyre de cette sainte, qu'aussitejt après sa mort une neige abondante couvrit subitement la place, et sembla vouloir voiler le corps de la jeune vierge-. C'était du reste le 10 décembre. En tout cas, les chrétiens en profitèrent pour recueillir les reliques de la sainte pendant que la foule païenne s'enfuyait.