‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaireChapitre 3 sur 589 · GÉANT · texte numérisé non relu

GÉANT

Nous avons dit quelque chose déjà de saint Chbis- TOPUE, à plusieurs reprises (Cf. Arbre, p. 65; Enfanl Jésus, etc.). Le siècle dernier a été fatal aux statues gigantesques que nos pères avaient élevées en l'honneur de ce saint ; mais je ne crois pas que ces colosses fussent antérieurs aux derniers temps du moyen âge. L'intention des sculpteurs qui dressaient des figures si énormes à ce martyr célèbre, n'était pas seulement de rappeler la stature presque monstrueuse de saint Christophe, mais aussi de le rendre plus visible de loin à tous les regards. 11 paraît avoir été reçu vers le xv^ siècle, que voir saint Christophe était une garantie contre tout accident fâcheux durant la journée; mais surtout un préservatif assuré contre le danger de mort subite^ ou de rage. Ces colosses eurent leurs mauvais jours après deux ou trois siècles de vogue ou de tolérance. Le chapitre d'Auxerre fit détruire en 1708 la statue de sa cathédrale, qui avait vingt-neuf pieds de haut, et seize pieds de large d'une épaule à l'autre. Klie datait de 1539. Le saint Christophe de Notre- Dame h Paris avait été élevé comme ex-volo, en 1/|13; et fut abattu également par ordre ou avec consentement du chapitre en 178/|. Ce n'était vraiment pas la peihe que les chanoines s'en mêlassent : avec quelques années de patience, on eût obtenu le môme résultat sans que des mains ecclésiastiques y prissent part ; et l'on n'a pas vu que cet empressement des gens d'église sauvât les choses plus importantes quand l'orage révolutionnaire éclata. Quoi qu'il en soit, plusieurs de ces statues sont demeurées debout ailleurs jusqu'à nos jours; notamment à la cathé-

drale d'Amiens, si mes souvenirs d'enfance sont exacts.

DESCAKTEiS

Or là, il se trouva que les gens du peuple défendirent leurs statues contn; le fanatisme révolutionnaire.

t. Cf. Heiiriiine/, Menol. Cisterl., 7 jaiuiar. [p. 9). '2. Reruin Svecicarinn script., t. II, p. 400. .'!. On disait, comme cho?e convenue :

« Cbristopliorum videas, poste-a tutus eas ; « Ou l)ien :

* Christophore saiicte, virtutes sunt tibi tant;»?;

Qui te niane videt, noctumo temptire ridet;

Nec Satanas ca'dat, iiec mors subitanea lardât. t".t même plus brièvement :

« Qui te mane vident, iioitiirno tempore rident, m

La vieille estampe de saint Cliristoplic qni a passé longtemps pourêtre le plus ancien monument xylogiapliique, portaitcette inscription dont le mètre n'est pas scrupuleux:

« Christopliori faciem die quacumque videris, Illa nempe die morte mala non morieris. » Cf. Ad. Daniel, TItesaur. hymnologic, t. II, p. 206. L'éditeur lutliérien de cet imponant recueil convient du reste, avec sa droiture liabituelle, que les livres ecclésiastiques ne mentionnent guère ces prétendues garanties qui avaient cours parmi le peuple.

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