POURCEAU
allusion aux rites civils ou religieux de la Perse, qui dominaient alors chez les Arméniens. Ainsi l'on voit çà et là dans les monuments une tiare à tête de sanglier; et l'un des généraux de Chosroès II (61 /i), dans la campagne des Perses contre la Palestine, portait le surnom de sanglier royal '.
Un monastère ancien de Naples est dédié à ce saint; on y honore sa tête, les chaînes qu'il a portées, et les verges qui ont servi à sa flagellation.
Saint Castor, évêque d'Apt en Provence; 21 septembre, vers /|20. Comme il rentrait dans sa ville épiscopale, un sanglier poursuivi par des chiens se réfugia auprès de l'homme de Dieu, et obtint la vie sauve-.
Il se rencontre aussi des saints qui sont venus en aide aux chasseurs plutôt qu'au gibier. Témoin saint Aric.e (Aregius, etc.), évêque de Gap; 1 mai, vers 60/i. Il vit arriver un sanglier qui se précipitait sur les chasseurs sans être arrêté par les épieux. Le saint lui mit dans la gueule l'extrémité inférieure de sa crosse, et la bête n'opposa plus de résistance '. La biographie qui raconte ce fait et la mort d'un serpent due à l'homme de Dieu, est regardée comme l'œuvre d'un contemporain. Si ce n'était cela, on pourrait y soupçonner quelque symbolisme à l'occasion des peines qu'avait eues le saint évêque , et des nombreuses démarches qu'il avait faites contre les simoniaques (AA. SS., ibid.. p. 108). Car l'Église applique souvent aux ennemis des fidèles le mot du Psalmiste (lxxix, H) : « Le sanglier de la forêt a bouleversé votre héritage , etc. »
Saint Antoine le Grand (Cf. Béquilles, p. 132, sv. ; Clochette, p. 230 ; etc.). On voit ordinairement près de lui un pourceau qui parfois porte une clochette au cou. .Mais ailleurs c'est le saint qui tient la sonnette, ou bien cet instrument est à ses pieds, comme dans le tableau de Barroche (au Louvre), dont je donne un fragment.
On s'est donné quelquefois bien de la peine pour expliquer cette peinture : recherchant assez gratuitement, si je ne me trompe, du symbolisme là où il n'y avaii qu'un souvenir historique. Nous avons vu précédemment (jue saint Antoine était au moyen âge le titulaire d'un des premiers Ordres hospitaliers. Or les Antonins dauphinois se répandirent au loin pour soigner les malades; et lorsque la police des villes .se mit à rédiger des règlements de voirie, elle interdit les courses des pourceaux qui avaient longtemps vagué par les rues pour y chercher leur noLirriture d'une façon économique. Nous avons eu à Paris un fils de France tué d'une chute de cheval par suite de l'étourderie d'un cochon qui s'était jeté entre
les jambes de sa monture. Mais l'interdiction lancée contre ces animaux fut mitigée par charité pour les pauvres; et les pourceaux de l'hôpital conservèrent seuls, à l'exclusion de tous autres, le droit de continuer à
chercher leur vie comme auparavant. Seulement, pour que leur privilège pût être constaté, ils devaient porter au cou une sonnette. Cela se répandit si bien, si loin el si longtemps, que de nos jours encore en certaines cités d'Italie, le son de cette clochette était pris par les ménagères comme un avis de porter sur le seuil tous les débris qui
renard un roi celle. Quant au roi d'.\miénio, sa transformation pourrait bien tenir à quelque symlralisme asiatique dont l'origine non» échappe. Le» BollandiMes, d'ailleurt, en donnent une explication fort admissible.
1. Cf. Amm. Murcellin., xix, 1-2. — Mionnet, Médaillet antiques, I. \, p. GOl. — A. de Longpcrrier, Mériaitles des Sa^tanides, p. 23-2.'); et pi. IV, n» 3-.'i.
Ajoutons, au sujet de Tiridate, que les Arméniens en ont fait un saint il cause du zèle qu'il déploya sur la fin do sa vie pour le cbrislianismé. Le saiiRlier couronné qui se prosterne devant saint Grégoire pourrait donc indiquer la conversion du persécuteur, plutôt qiM! la niétamorpliose dont parle la légende.
'2. AA. SS. Seplembr., t. VI, p. 247.
:i. AA. SS. .Waii, t. I, . 110.
l'OURGEAU.
pouvaiciu ciigraisser ces animaux dont la vente délinitive (levait proliter à rii('»i)ilal.
De là ce vieux dicton contre les parasites : » Aller de porte en porte comme le cochon de saint Antoine. »
(loninie moyen de convocation ou d'apjx'l à l'aumône, la clochette s(!rvait aussi aux quêteurs des hospices ou des hôpitaux. Dans les anciens statuts de la ville d'Alhe en Moutferrat, vers la lin du ; xV siècle', on lit : (1 Slatulum est quod nuUus questor cllimosinarum (sic) de cetero p(rt'tet campanam per civitatem, propter- inlirmos S' hazari et eorum queslores, pro sanclo Anloniu et saricto Thihaiulo. »
Je sais hien qu'à cause de l'àne (ou du niuhi ) de SAINT Antoi.nk dk Padouk (Of. Ane), l'un et l'autre saint sont invoqués ])our les animaux domestiques; d'où il résulte qu'ils ont été souvent confondus dans les dévotions po])ulaires. Du reste, ce ([ue j'ai dit de saint Antoine le (irand est sans préjudice pour toute opinion qui différerait de la mienne si l'on apporte de bonnes preuves. Il me semble i)ien avoir raison dans ce (|ue j'en ai dit, mais je n'entends pas étoulïer les explications de la partie adverse '.
La grande renommée du saint Antoine d'Egypte l'a fait intervenir en mainte alTaii'e où il n'est pas toujours aisé de (lire ce qui motivait tel ou Ici recours à son patronage. Mais, tout en avouant mon insuflisance pour ce fait d'histoire locale, je suis heureux de pouvoir reproduire un monument populaire^ où notre abbé figure comme titidaire de la comjtagnie rémoise des arquebusiers*.
Saint Dfii.E {Deicola, Dié , Diey) ermite, puis abbé de Lure; 18 janvier, G2'5. Un sanglier blotti près de lui ra])pel!e (pie le roi (^lotaii'e découvrit ainsi le saint durant une chasse où le sanglier, ])oursuivi par les veneurs du prince, se n'fugia dans la cellule du solitaire''. Ce fut l'occasion (pii lit hàlir l'abbaye de Lure par le roi, pour uieltre en relief l'homme de Dieu. Mais ses biographes
1. Cf. Sim. Mnrra, Vi!a ili S. Teobaldo (Allia, I8il, iii-8", p. 102), De leprosis inquireiidis et rampaiia porlanda: lib. IV, cap. m.
2. S'il faut vraiiniMU lire propter, ot non pas prmier, jo pense que 00 peut être une exclusion donnée aux autres en faveur de ( propter) ceux-ci, qui seuls devaient jouir désormais de ce bénéfice. D'autres nuances, qui reviennent à celle-li, nous jetteraient dans des discussions beaucoup trop minutieuses.
3. Cf. Sarnelli, t. IH, le». 0. — Villanueva, Viage..., t. II, p. 3S, sg. — J,e Moyen Aije et la Henaissance. t. 1, Cuisine, fol. ix r», et xxiv V". — Hevue arihéolofiique. Xf année (18.'}")), p. 703; etc.
'i. Cf. J. de Fontenay, Manuel île l'iiinateur de jetons, p. 230. ."). Calendar. benedict., 18 januar. Cf. Montali;nibert, Moines d'Occident, t. Il, p. 308, 'Mb, etc. — AA. SS. Januar.. t. II, p. 20o.
racontent en outre que le saint homme étant venu chercher où il pourrait construire son ermitage dans la forêt, prit des informations aupn'js d'un porcher. Celui-ci répondit qu'il connaissait un bon endroit poursemblabU? dessein , mais que la nt-cessité de surseiller ses bêtes exigeait qu'il n'Stàt auprès d'elles. Le bienheureux garantit que l'absence serait sans danger; puis, plantant son bâton au milieu des animaux, promit que pas un pourcelet ne serait égaré jusqu'à son retour. Celte parole calma les scrupules de l'Iionnéte percheron, qui s'en trouva bien".
Saint Bale (Basohts), solitaire en Champagne ; 2G novembre, 620. On raconte de lui quelque chose de tout semblable à ce qui vient d'être dit pour saint Dèle en premier lieu; mais la légende y introduit Attila qui, Dieu merci, n'existait plus au vu" siècle. Quoi qu'il en .soit , le souvenir de ce fait quelconque maintint longtemps au gibier le privilège d'être épargné par les chasseurs dans la forêt de Reims, dès qu'il avait gagné le petit bois dominé par la croix de saint Bâle^.
Saint Cyr (Cf. Enfanta saints, p. 350). Il est parfois représenté arrêtant un sanglier, ou le chevauchant. Ailleurs, devant la bête farouche est un roi que l'animal allait aborder, et que le petit saint préserve. C'est, selon les divers narrateurs, Charlemagne ou Charles le Chauve protégé dans une chasse aux environs de Nevers. La cathédrale de cette ville et la collégiale d'issoudun garilaient le souvenir de celle légende dans leurs méreaux*.
11 se peut que dans plusieurs des récits indiqués sous ce litre, un certain symbolisme celtique ait dicté aux
0. AA. SS., ibid., p. 203. On n'a donc que faire d'un jeu de mot< sur la bure.