TENAILLES
Comme instrument de torture*, les tenailles ont été plus d'une fois confondues avec les cisoires (Cf. Ciseaux). Cependant, pour sainte Apolline (ou Apollonie), c'est assez constamment une tenaille qu'on lui met à la main ; et cet instrument serre une dent, pour exprimer l'un des supplices qu'elle endura (Cf. Dents).
Ce n'est pas qu'elle soit morte dans cette torture (Cf. Bûcher), ni qu'il soit bien établi qu'on lui ait arraché les dents une à une. On raconte plutôt qu'elle eut les mâchoires brisé'cs violemment à coups de cailloux ou avec une barre de fer. Mais la tenaille (ou pince) qu'elle tient presque toujours, peut avoir pour origine la dévotion professée envers elle dans beaucoup de contrées par ceux
qui souffrent du mal de dents ou qui veulent s'en garantir. A quoi se sont rattachées rà et là diverses supersti-
tions que je ne me propose pas d'éniiniérer. Si curieuses
1. J'en ai doniu' un spwiincii sons le titre Serjienl, à propos de «aint Spiridiori; rt l'on en verra \m autre, tout à fuit historique, «ou» le titre Vase (le parfums.
2. Des motifs partiruliers ne me manquent pas pour ce que j'en dis. D'ailleur» plus d'un lionimu distingué se sent altin^ par l'esprit on par le rtpur dans cette voie, quand il est mûri pur l'ikue. C'est ai nsi que Paul Delaroche aurait bien voulu finir sa carrière d'artiste par la pfîinture de sujets empruntés à renseignement d(! l'Htçlise. Il s'y est e»«ayi!, niai» visait évidemment plus haut <|ue ses dernières <ruvrrs en ce genre. Ou n'a pas une cerlaim' éhHalion de vue» sans arriver 4 comprendre que science chréticuine ou art chrétien sont de nohles couronnements pour une vi(; sérieuse. Mais ni l'un ni l'aulro ne s'improvisent quand le» |>en»ers ont éié longtemps engagés sur d'autres route».
'.i. 11 a publié sur ce sujet un mémoire dans le recueil de l'Institut (Académie des inscriptions et helles-lettres), t. XVI, deuxième partie (IXiO), p. 'iltO, svv.; id abrégeait ses recherches, vers la même époque, dans une brochure dont je ne retrouve plus la date! exacte. Mais son insistance n'équivaut jias à une bonne démonstration.
De sou coté, M. Itaoul-Kochelte, avec son érudition heaucoiip moins calme, traita le même sujet aussi : .Mémoires de l'...Arailémte des inscriplions..,. t. XVI, deuxième partie, p. 2Xr>, svv.; et t. XVII, 'deuxième partie, p. 'MU, »v. Je nie permets d'eu appeler au docte antiquaire romain, M. le- chevalier I)i! Uossi, dont la compétence ne so peut (juère récuser en pareilles matières.
4. Cf Anguissola, Ejihcmerid.. 1X1 1; p. 'ili'2. Ce siml parfois des ongh'S do 1er, en iiiaiiU'ie de piiir<'s dentées proriuidément.
TKNAII.LKS.
qu'elles puissent êti'f liistoriquemoiil, il ne faiii pas fini' j'aie l'air île les pi'cndri' sous ma proleclion.
Saint Li\ IN (ou l.iiMii, l.rritins, lAciniis, etc.) regardi' roinine évêque [W. l.aïKjur, p. 501; Funlainc. clc). On
lui met en main des tenailles qui portent une langue ai radiée. C'est l'indicalioii de son martyre'.
Saint UcEii évèquc d'Autun (Cf. Avcwiles, yeux crevés, p. 10/|). Il eut aussi la langue arrachée, par ordre
I.o Ii« Gisclbert (Gislobcrt ou Gilbert) de Tongorloo, pr^-montré ; p. "Gl.
d'Kbroïn, avant d'êiro décapité. Ses biographes racontent que, |)rivé de la langue et des lèvres, il ne parlait pas moins; ce ([iii lui attira plus que jamais In respect des peuples, et par là mrme une haine encore plus envenimée de la pari de son rival.
Saint Kkucien, évêque v>v, Foi.kao et martyr; 2/i janvier, sous Di'ce. On dit qu'il eut les pieds el les mains tenaillés, ou déchirés avec des ongles de fer. Mais ne l'aurait-on pas
I. Caleiular. benedicl., 28 niart. Là, c'est avec la niain que Iliii lU-s liourroaiix lui arrarlio la laiifriir; mais prcs(|iic toujoiifs les arlitci lui (l(vi'-cnt iiro toiiaillc. Il est Cari le do s'en ronvainciv, à
confondu avec saint Fkuc.ien frère de saint Primus (9 juin, 286), qui eut les pieds et les mains percés de clous^? Comme la tenaille ou une pince quelconque est nécessaire pour saisir les métaux quand ils sortent delà forge, cet ouiil peut caractériser jusqu'à un certain point les orfèvres el les forgerons ; par conséquent saint Éloi, sai.nt
DlNSTAN, SAINT BeHNWARD , SAINT GaLMIER, SAINT ApELLES.
Cf. Enclume.
l'aille (le nombreux retables et tableaux des aiiisk'S flamands. •1. Coidara, ap. Zaccaria, Disserlazioni rfi storia ecclesiaslica, t VIII, dissoft. li.
TENAILLES — TÊTE COUl'ÉE.
Sainte Martine, vierge et martyre à Rome (Cf. Idole, p. /|82). Entre autres instruments des tortures qu'on lui lit endurer avant sa décapitation, on place parfois près d'elle des tenailles, des ongles de fer, etc.
De même pour sainte Christine (Cf. Flèche, p. Z(13, sv.; SIeule, etc.).
Sainte Pélagie martyre avec plusieurs autres (23 mars), que l'Espagne s'est attribuée, a reçu des Actes très-complets sous cette désignation insoutenable'. Je la cite néanmoins, parce que des images espagnoles nous la montrent avec des tenailles.