‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaireChapitre 477 sur 589 · TÊTE DE MORT · texte numérisé non relu

TÊTE DE MORT

On a été fort prodigue de cet attribut depuis deux ou trois siècles, surtout pour les pénitents et les ermites. Mais je ne vois pas que le moyen âge en fît tant d'usage. De fait, la mort peut inspirer des pensées qui remuent profondément le cœur, mais pas plus sans doute que le crucifix, qui dit bien autre chose sur le péclié comme sur la justice et la bonté de Dieu. Contentons-nous donc d'indiquer les saints dont la vie prête bien clairement à cette caractéristique. 11 ne s'agit pas seulement de rappeler d'une façon générale le mépris du monde, nous n'admettrons ici que ce qui repose sur un fait particulier.

Saint Gebhard {Gebliardus et Gebehardus), évêque de Constance; 27 août, v. 996. On lui met en main une tête de mort coiffée de la tiare, parce qu'il passe pour avoir apporté de Home la tête de saint Grégoire le Grand destinée à l'abbaye de Petershausen fondée par lui. L'on ajoute même que, comme les Romains s'étaient ravisés, après lui avoir laissé emporter cette relique insigne, on le poursuivit à son retour afin de la lui faire rendre. Il allait être rejoint en Lombardie, lorsque près de Plaisance, le Pô s'ouvrit devant lui ou soutint ses pas pour le laisser passer à pied sec. Ce que voyant, les autres se désistèrent de leur poursuite*.

Saint Guabin, cardinal évêque de Palestrine ; 6 février, 1159. 11 était de Hologne et avait embrassé la règle de chanoine régulier. Je ne saurais dire si la tète de niort qu'on lui fait porter sur un livre n'appartient pas au symbolisme vague qui prétend indiquer ainsi l'esprit de retraite et de pénitence dont il se montra constamment pénétré. Cependant on voit dans son histoire que la considération de la mort lui était habituelle-, comme si chaque jour eût dû être le dernier de sa vie.

Saint Jérôme, docteur de l'Église (Cf. Chapeau de cardinal, p. 199). La tête de mort que l'on pose fréquemment auprès de lui me semblerait avantageusement remplacée par d'autres caractéristiques. Car c'est le Jugement, bien plus que la mort, qui semble l'avoir préoccupé dans ses méditations. Cf. Caillou, Trompeltc.

Saint Qdilon abbé de Cluny (Cf. Apparitions de saints, p. 61). Comme ayant établi la Commémoraison des fidèles trépassés, il a été peint plus d'une fois fixant les yeux sur une tête de mort.

Saint Bbuno fondateur de la Chartreuse (Cf. Branche d'arbre, p. 146; etc.). La tête de mort que l'on place près de lui jwut bien n'être pas une simple indicaliun de sa vie retirée. Je crois y voir le souvenir du mort qui passe jwur avoir déclaré devant lui sa condamnation éternelle'.

Quoiqu'on ait beaucoup critiqué ce récit, nous voyons que Lesueur avait trouvé ce souvenir encore bien accueilli à la Chartreuse do Vauvert (tout récemment encore pépinière du Luxembourg). Cf. Cercueil.

Saint Odilon.

Saint François de Borgia, jésuite après avoir été duc de Gandie dans le royaume de Valence (Cf. Chapeau de cardinal, p. 200; Eucharistie). Près de lui une tète de mort quy)orte la couronne impériale. Ailleurs on le voit considérant un tombeau ouvert; mais la forme abrégée est beaucoup plus ordinaire, et voici le fait qu'elle indique. Cousin de Charles-Quint, il fut chargé d'accompagner à Grenade le cadavre de l'impératrice Isabelle pour qu'elle fut ensevelie avec les rois d'Espagne; et demeura tellement frappé des ravages que la mort avait exercés en peu de jours sur ce beau visage, qu'il se dit à lui-même : « Je ne veux plus servir de maîtres qui meurent ! »

Saint Jean le Bon, ermite de Saint-Augustin; 23 octobre, 1249. Un lis dans une main et une tête de mort dans l'autre annoncent les luîtes qu'il soutint contre l'impureté après sa conversion, et la pensée de la mort qui était l'objet de ses méditations assidues.

Sainte Marguerite de Cortone. Cf. Chien, p. 218.

Les considérations générales mises en tête de cet article expliqueront pourquoi j'ai beaucoup réduit le iiouibre des suints qui passent pour avoir droit à la caractéristique dont il s'agissait ici*. Peut-être suis-je tombé dans un autre excès, en prétendant trop restreindre l'usage d'un attribut si multiplié. Mais avouons aussi que ce qui peut absolument convenir à des centaines de personnages, n'en distingue réellement à peu près aucun en particulier.

1. AA. SS. Augu-fl., t. VI, p. 118, iiq. Il en a cHi": dit un mol précédemment nous 11! titre Eglise, \t. 33!), not«) 7. Mni^t on pwil encore su ren«;igiicr »::r ce nujet dans un antre endroit des Uollandistes, à propos de la vie du grand pape (AA. SS. Mart., t. II. p. l'2.V130).

'.'. iM( llr)ni, .S.S". (/( IMimnn, t. II, p. •'!,"jO.

3. (;r. TlicMipli. llajnand, /lH/t'mM/(x(f..., et S, Uruiw slylii. (0pp. t. VIII, p. I 43, M|., et t. IX, p. I H".

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