‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaireChapitre 524 sur 589 · YEUX · texte numérisé non relu

YEUX

A propos du mot Aveugle et des subdivisions introduites sous ce titre, il nous semble avoir suffisamment exposé tous les faits dont on pourrait s'informer ici. Je ne vois donc pas en quoi des répétitions avanceraient beaucoup le lecteur.

Mais il peut être utile de rappeler (ce qui aurait aisément passé inaperçu dans l'article Anges) qu'entre les esprits célestes, les Chérubins sont souvent caractérisés dans le haut moyen âge par des yeux semés sur leurs ailes. Je sais bien que plusieurs autres chœurs angéliques reçoivent à la même époque cet attribut; mais pour d'autres, il est modifié par une espèce de cravate nouée autour du cou, ou par une roue placée sous leurs pieds (Cf. Itoue). Les vitraux de la cathédrale de Chartres en offrent plus d'un exemple, cependant cela n'a pas duré beaucoup dans l'art occidental; et nous avons dit plus d'une fois que notre ouvrage ne visait pas précisément à l'archéologie proprement dite, mais à une pratique un peu plus terre à terre.

Profitons néanmoins d'un spécimen curieux (p. 795) que M. Fernand de Dartcin a bien voulu nous communiquer, après l'avoir dessiné enFrioul pour son Élude sur l'Architecture lombarde^. C'est la face antérieure d'un autel de Cividale, que les plus graves probabilités reportent jusqu'à la première moitié du vui" siècle. Aussi ne faut-il pas s'étonner d'y apercevoir un faire tout semblable à ce que montrent certaines plaques de ceinturon qui passent pour être produites par l'art mérovingien.

ki nous retrouvons à peu près le programme indiqué précédenmicnt sous le ihvcAmande. Mais lainain divine paraît signifier l'accueil réservé à Jésus-Christ par son Père {sedel ad dextcram Palris; scdc a dcxtris nwis, etc.). Comme signe de triomphe, l'amande est laurée pour ainsi dire; et deux chérubins aux pennes ocellées y

semblent soutenir le siège de Notre-Seigneur (gui sedes super Cherubim, manifestare...). La voûte céleste {ascendens super omnes cœlos) est probablement rappelée par les étoiles ou rosettes semées dans l'espace ; et deux des anges qui paraissent emporter l'auréole par delà le firmament ont leur nimbe surmonté d'une croix. Je ne pense pas que l'on ait prétendu caractériser de la sorte un chœur spécial de la hiérarchie angélique; bien que ce puisse être le souvenir du chrisme qui, chez les Grecs, se donnait aux Dominations, aux Vertus et aux Puissances, mais aussi aux archanges'. Cependant, il est singulier de voir dès lors un signe qui s'efface ensuite durant plusieurs siècles pour ne guère reparaître chez nous que beaucoup plus tard. Sur la fin du moyen âge, les archanges et même les petits anges vêtus en enfants de chœur (conséquemment la hiérarchie inférieure des esprits célestes), reprennent cette croix sans nimbe. Elle est alors tout simplement maintenue au sommet du front par un bandeau qui assujettit la chevelure sur les tempes, en façon de ferronnière (Cf. Anges, p. 33).

On a vu plus haut (p. Ikh) que Masaccio plaçait tout simplement un petit diadème au front de ses anges, dont la chevelure et la robe feraient penser à de jeunes filles. C'était encore un souvenir des temps anciens, mais déjà sensiblement altéré. La Renaissance en a fait bien d'autres un peu plus tard.

Ajoutons que la main droite de Notre-Seigneur se contourne d'une manière impossible pour montrer la paume en dehors (sauf qu'il faudrait compter six doigts), afin de figurer peut-être une bénédiction grecque (comme on dit). Mais il n'est pas bien établi que ce rite n'ait pas été jadis commun à l'Église latine et à celles d'Orient. Si recherché qu'il semble, il a pu être protégé longtemps par un symbolisme qui perdit peu à peu sa raison d'être chez nous. Ce pouvait être d'abord une trace du chrisme* antique (Cf. Chiffre, Au7-éole), mais dont la signification primitive dut devenir à peu près inintelligible chez nous autres Occidentaux, lorsque le grec y passa généralement à l'état de langue savante dont l'alphabet même n'entrait plus dans les habitudes des peuples latins. On ne laissait pourtant pas de s'en servir dans la consécration des églises : les éléments des caractères de l'une et l'autre langue devant être alors tracés sur le sol couvert de

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