Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquées
1. Je ne serais pas acceptable à prendre des airs d'iniiiaieur dans le sujet que traite ce livre. Convenons que les étrangers avaient éprouvé bien avant nous le besoin d'un travail qui expliquât les représentations des saints laissées par le moyen âge; et moi qui rassemblais depuis quelque trente ans les recherches que voici, j'ai choisi de bonne heure pour base une brochure allemande publiée par M. Helmsdœrfer (dit-on) à Francfort-sur-le-lVfein en 1839 *. Quelques tâtonnements avaient précédé cet opuscule remarquable (sans parler de Molanus * dont il me semble qu'on n'a pas assez fait mention dans les travaux modernes sur cette matière) ; et plusieurs ont suivi Helmsdœrfer depuis 1839, sans l'effacer, parce qu'il avait des qualités solides qu'on ne remplacerait pas entièrement à moins de se donner beaucoup de peine. On n'attend pas sans doute dans cette préface une bibliographie de la matière ; cependant il serait injuste, ou par trop ignare, de ne pas mentionner l'Iconographie des saints, rédigée dès 1831 par le général J. de Radowitz 3, et dont la seconde édition a paru à Berlin en 1852. Ajoutons les Emblèmes qui distinguent les saints dans l'art 4, publiés pour la seconde fois en 1860; et le livre intitulé par M. J. H. Parker, Calendrier de l'Église anglicane \ puis les divers volumes de M'ne Jameson 6. Nous aurons ainsi indiqué les principaux livres récents inspirés par la pensée quj nous guide aujourd'hui nous-même. La Symbolique chrétienne de M. W. IVJenze} 7 traite ce sujet avec une certaine largeur, mais ce n'est pas son but principal. M. V. Didron sembjajt se proposer un grand ouvrage sur cette matière; et après l'avoir pris de très-haut, on dirait qu'il n'y songe plus depuis plusieurs années. M. Guénebault, dans
1. Krislliche Kunstsymbolik und Ikonographie, ein 3. Gesammelte Schriften, von J. v. Radowitz, I Band. Versuch, etc. 4. Emblems of saints... by F. C. Husenbeth.-. provost
2. De historia SS. imaginum. Avec l'édition de Paquot of Northampton.
(Lovanii, 1771) on avait déjà la base d'un fort bon réper- 5. The calendar of the anglican church illustraled.
toire, si ce n'était que la polémique y occupe une place 6. Sacred and legendary Art, — Legends of the mona-
considérable, et que le nombre des saints mentionnés est stic Orders, — Legends of the Madonna, etc. trop réduit. Cela suffisait aux vues de l'auteur primitif, qui 7. Christliche Symbolik. Regensburg, 1855. Je ne parle
ne voulait que venger le culte des saintes images contre le pas de la prétendue Mythologie chrétienne , imprimée à
calvinisme. Berlin, par le Dr Piper.
son Dictionnaire iconographique, a réuni bien dos recherches qui ne sont pas a mépriser'. En somme, pourtant, il demeurait beaucoup à faire-, et la raison en est fort simple.
Que l'Allemagne et l'Angleterre nous aient précédés sur cette route, ce n'est pas de quoi surprendre. Tout en perdant les souvenirs catholiques du moyen Age, les peuples de ces contrées tenaient beaucoup trop à l'art chrétien par le fond de leurs entrailles pour ne pas vouloir se remettre a comprendre ce qui nous en reste dans les musées et les églises. C'est sans doute ce qui dirigeait M. Th. Grasse quand il attachait son nom à une édition de la Légende dorée publiée par un imprimeur de Dresde ». Je dis qu'il y a mis son nom, car il n'est pas aisé de croire qu'il ait pris la peine d'en revoir le texte, malgré la promesse du titre. Le livre est beaucoup trop criblé de fautes pour permettre de supposer la recension attentive d'un homme instruit. Toutefois, comme cette édition est d'une acquisition facile et comme les erreurs d'impression qui la déparent trop souvent sautent aux yeux presque toujours, ce sera le texte que nous suivrons communément quand il faudra renvoyer le lecteur à cette source populaire.
On pourrait penser que les catholiques sont fort en retard dans cette branche de recherches historiques. Mais, outre que plusieurs des livres cités plus haut ne sont pas l'œuvre de protestants, faisons cette réflexion que les souvenirs et les pratiques de l'Église entretiennent encore chez nous une connaissance passable de certains faits qui semblent pouvoir au moins suffire dans les populations qu'ils intéressent particulièrement; tandis que tout en ce genre est énigmatique et absolument neuf pour ceux qui ont été accoutumés depuis trois siècles à répudier le culte des saints. La curiosité devait donc s'éveiller d'abord là où la désuétude avait entièrement dépaysé les gens les plus attentifs. Et cependant il serait injuste de méconnaître que l'Italie et les Flandres avaient déjà pris au sérieux dès le xvi'' siècle ces recherches iconographiques (puisqu'on a employé ce nom, qui ne me semble pas exact ici). Laissons de côté, si l'on veut, les grandes investigations dont les catacombes et l'art chrétien primitif ont été ou sont encore l'objet; Molanus et son éditeur du xvin' siècle (Paquot), ne peuvent être oubliés ' dans un travail sur les images. Auprès de son livre, quelques autres opuscules, ou même ouvrages du xvnr* siècle, méritent à peine de figurer.
2. Dans les travaux modernes, dictés par la même pensée, et jusque dans les mieux faits, une grande lacune apparaît presque toujours; ce sera notre justification pour avoir présumé qu'il restait quelque chose à faire sur un terrain parcouru avant nous par plusieurs hommes
1. Je. n'ai pas voulu employer ici le mot iconographie parce qu'il m'aurait semblé irrévérencieux pour des hommes graves dont nous devons tenir grand compte. Le docte E. Q. Visconti ayant adopté cette expression pour ses recherches sur les portraits des personnages illustres dans l'antiquité grecque et romaine, il convient de ne pas détourner le sens de ce mot à une autre acception. Or, je n'avafc> pas du tout en vue de recueillir les portraits des saints.