‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 107 sur 1339 · AA. SS. /«!., t. VII, p. 17 , sq · texte numérisé non relu

AA. SS. /«!., t. VII, p. 17 , sq

ARMOIRIES, BLASON

donnant à Clovis et à sainte Ci.otii.dk un blason composé de trois crapauds où ils ont voulu voir l'origine des trois fleurs de lis. Seulement, pour des esprits aussi graves, il eût été bon de savoir que les fleurs de lis françaises réduites à trois en champ d'azur ne remontent pas bien haut dans notre histoire. Quant aux crapauds , puisqu'ils y tiennent , cherchons-en un motif qui ait une apparence de raison. Sainte Clotilde , femme de Clovis , a eu son nom écrit d'une manière un peu rude par les chroniqueurs contemporains. On trouve Chrotildis , Chrotechildis , aussi bien que Clothildis et Clolildis, comme on a dit pour son mari : Chlodwigh, Hludwig, etc. ; d'où notre génération a ressuscité des orthographes étourdissantes. A prendre le vrai sens germanique du nom de sainte Clotilde, puisque Augustin Thierry a mis le vieux tudesque en relief, ce nom ne sied pas trop mal à une princesse, attendu qu'il semble vouloir dire bonté illustre, ou guerre éclatante. Mais nos voisins d'outre-Rhin auront trouvé beaucoup plus gai d'y lire l'étymologie comique Krœle-Schild (écu aux crapauds).

Toutefois, pour ne pas prêter trop d'aigreur aux vieux Allemands contre la France, convenons que cette légère méchanceté trouve chez eux son correctif immédiat. Car les conteurs assurent qu'après le baptême de Clovis un ange lui apparut (ou à sainte Clotilde), apportant la nouvelle édition des armes de France , revue et corrigée au ciel. Une si pieuse invention peut au moins servir d'excuse à la pratique fort répandue vers la fin du moyen âge, et en vertu de laquelle on voit souvent deux anges donnés pour supports aux armes de France. Convenons cependant qu'il est heureux de pouvoir atténuer, au moins dans un cas, les libertés que cette époque prenait de temps à autre avec les choses célestes.

Voilà un incident vidé, afin qu'on ne me reproche pas trop d'avarice. Désormais je supposerai le lecteur mieux informé , ou le laisserai se renseigner ailleurs sur beaucoup de faits héraldiques dont il ne faut pas que je prenne la charge.

Pour en revenir aux fleurs de lis , elles ont été accordées assez libéralement par les artistes à plusieurs saints que les héraldistes auraient pu quereller sur cette attribution. Mais on les tenait pour nés grands seigneurs; et sur ce chemin, rien de mieux que de les rattacher à la maison de France. Ainsi saint Riquier a été gratifié du blason de France, sur ce que son père (Alquaire), comte de Ponthieu dit-on , aurait été parent de Clovis. Saint Louis de Toulouse, dont il a été question déjà, a dans

quelques peintures ou sculptures, un écu mi-partie de France et de Jérusalem ', à cause des prétentions que la

couronne de N'aples partageait, sur le royaume de Jérusalem avec la maison de Savoie et la république de Venise. Saint Mauront, patron de Douai, a été peint aussi avec des fleurs de lis, même sur son vêtement monastique, pour indiquer sa parenté (dont je ne réponds pas) avec la maison de France. Les Douaisiens racontent qu'il apparut ainsi sur les murs en 1556, lorsque les calvinistes assiégeaient leur ville. Cela semble indiquer du moins que l'on avait été habitué à voir le saint peint de la sorte, et le sens primitif de ce signe était sans doute que l'on considérait saint Mauront comme de la plus haute lignée. Sainte Isbergue (ou Itisbergue), comme fille de Pépin le Bref, est ordinairement fleurdelisée aussi.

Les armoiries de la maison de Savoie (croix d'argent sur champ de gueules) ont été données à quelques saints que nous trouverons ailleurs (Cf. Lances) parce qu'ils appartenaient à cette race. Mais ce blason peut être remplacé par des insignes dont le sens est le même : comme le collier de l'Annonciade, qui est propre aux princes île Savoie. Cf. Aumône (saint Amédée).

Les palle (pillules?) des Médicis accompagnent le bienheureux Orlando dei Medici.

La maison d'Autriche, qui est maintenant Lorraine (cl non plus Habsbourg), a été signalée quelquefois pour saint Léopold par les Alerions (ou aiglettes) de Lorraine. Cela n'est pas historique assurément, mais on voit ce que les artistes veulent dire ; et nous n'avons pas à les justifier, les expliquer suffit. Là et dans bien d'autres cas il

1. Je reproduis à peu près les anciennes armoiries de France et de Jérusalem (Anjou-Sicile) sur un buste de saint F.lzéar (AA. SS. Septembr., VII, 56'.l), parce que ce reliquaire avait été donné par un prince de Sicile-Provence. Mais le blason de Sabran (qui est la maison du saint ) est dans les petits écussons latéraux, el sans doute rappelé par les lions qui servent de supports au buste.

Quant au semis de fleurs de lys qui, sur la ebape d'un Jeune évêque franciscain, caractérisent seules saint Louis de Toulouse, il

est assez surprenant qu'un attribut si français n'ait pas été compris par ceux qui rédigèrent le catalogue du musée Campana en IXti-.'. Deux tableaux du Louvre auraient pu mettre sur la voie, si les caractéristiques des saints n'étaient merveilleusement inconnues à beaucoup de nos antiquaires. C'est toutefois un renseignement dont il n'est pas possible de se passer dans la notice des collections où le moyen âge chrétien entre pour quelque chose. Les saints, dans la maison de France, ne sont pas si communs qu'on y perde pied.

ARMOIRIES, RLASON.

s'agit uniquement de s'entendre, mais non pas de se quereller ou d'établir que tout est parfaitement légitime.

Que sai.nt Wenceslas , par exemple , ait l'aigle de Bohême (ou de Moravie), je ne m'y opposerai point; mais que presque tous les saints anglais du vin" au xe siècle reçoivent un écusson avec les léopards d'Angleterre, je le constate sans y souscrire. De même pour les saints bretons, surtout aux époques reculées, qui ont reçu souvent l'hermine de Bretagne. C'était, pour ces différents pays, l'application du même principe qui avait fait donner la fleur de lis à plusieurs saints de France. Il s'agissait de les rattacher à la Maison suzeraine. La même chose est arrivée en Flandre et en Brabant, où les lions de l'écu national ont été accordés sans beaucoup de façon à des saints regardés comme de haute noblesse , mais qu'on ne rattacherait pas aisément à la famille des comtes.

Puisque nous parlons de la Belgique, il est bon de ne pas oublier ce que, dans le pays de Liège, on appelle le perron. C'est une colonne dressée sur trois degrés, et surmontée d'une grosse pomme de pin qui porte généralement la croix l. Ce signe de la commune liégeoise a donné passablement d'ouvrage aux antiquaires pour en expliquer l'origine. Les médailles byzantines présentent bien quelque chose d'analogue, mais il est entendu que je ne me propose pas une recherche archéologique concernant tous les faits qui pourraient trouver place sous le titre armoiries, blason, etc., même dans des rapports quelconques avec les représentations des saints. Disons uniquement, pour la question présente, que le perron de Liège est fréquemment porté sur trois lions, et qu'on l'accole maintes fois aux peintures des saints évêques liégeois. Slavelo, petite principauté ecclésiastique à peu près environnée par celle de Liège, avait aussi son perron, mais supporté par trois loups; peut-être à cause de saint Poppon ou de saint Remacle (Cf. Loups). Si je ne me trompe, Tongres, ancien berceau de l'évêché de Liège, avait son perron également; mais celui-là était soutenu, je crois, par trois grenouilles.

Le blason de Mayence a conservé la roue de saint Willigise qui passe pour avoir été fils d'un charron.

Plusieurs familles illustres, sans être souveraines, se piquent d'avoir donné le jour à divers saints; et c'est à vrai dire, une illustration qui en vaut bien d'autres. Le Saint-Esprit a dit depuis longtemps : « La belle chose qu'une race chaste au milieu de l'éclat '- ! » Reste à vérifier si toutes ces pieuses prétentions sont bien fondées en histoire. Ainsi, la maison de Clermont-Tonnerre en réclame un bon nombre, et il est de notoriété publique que

saint Elzéar appartenait à la maison provençale deSabran. Les Ursins (Orsini) veulent que SAmr Benoit de Norcia fût de leur sang, aussi rencontrera-t-on quelques images du fondateur des Bénédictins avec le blason des Orsini.

L' écusson de Bologne avec le mot Libertas (comme Sienne) qui s'y lit depuis le xne siècle, et celui de bien d'autres cités, accompagnent souvent la représentation de leurs patrons. Du reste, nous aurons à en dire quelques mots sous le titre Villes; et c'est d'ailleurs affaire aux numismatistes surtout. Le blason des abbayes ou des chapitres, parfois joint à l'effigie de leurs fondateurs ou des saints qui les ont illustrés, pourrait assurément prêter aussi à des renseignements utiles. Ainsi, l'ours de saint Gall, les corbeaux d'Einsiedeln (pour saint Meinrad), la colombe de Pfeffers (pour saint Pirmin) , à Chelles l'échelle de sainte Bathilde, etc., prêtent à des observations iconologiques, comme on dit. Mais il est facile de voir que cela aurait conduit bien loin , et nous n'en parlerons çà et là que pour ouvrir du moins la route à celui qui aurait le loisir de passer outre.

Une indication beaucoup plus pratique pour notre sujet est le blason ou le chiffre des ordres religieux; c'est pourquoi nous en donnerons plusieurs \ comme point de repère assez fréquent dans l'hagiographie : les membres de l'ordre de Malte (Saint-Jean de Jérusalem, Rhodes) portent sur la poitrine ou sur le manteau leur croix blanche à huit pointes, que tout le monde connaît. La Cliarlreu.se a depuis longtemps adopté le globe du monde surmonté d'une croix, et l'on y a joint plus tard la devise : Stat crux dum volvitur orbis. Lorsque cet emblème fait partie d'un écusson au champ d'azur, la croix est parfois surmontée de sept étoiles en demi-cercle, qui indiquent les premiers fondateurs.

Cf. Étoiles.

Voici un blason des Carmes, remplacé quelquefois par cet autre (destiné peut-être à mieux figurer le mont Carmel ). Pour ceux de l'ancienne observance surtout, il a généralement un cimier formé par une couronne, d'où sort un bras armé du glaive de feu, avec cette devise :

Zclo zelatus sum pro Domino Deo exercituum*. Allusion au prophète Élie dont les Carmes primitifs se réclament beaucoup plus vivement que ne fait la réforme (Cannes déchaussés) établie par sainte Thérèse et saint Jean-de-la-Croix. J'imagine que la

1. Je suppose que ce monument rappelle un signe du pouvoir national, associé dans la pensée commune à la validation des actes publics. Ce devait être primitivement quelque chose comme la loge, le balcon, la brelèche, etc., des hôtels de ville; d'où se faisaient les cris, proclamations et publications officielles, sous peine de ne pasctre reconnus pour promulguées régulièrement et notifiées d'une

façon obligatoire. Cf. Messager des Sciences historiques (Gand, 1851), p. 226, sv. ; et 1854, p. 56, sv.

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