PLUIE. — POIGNARD
reporter son corps dans la cathédrale, et quarante jours de pluies continues auraient fait comprendre que l'homme de Dieu ne se souciait point du tout d'un honneur qu'il ivait repoussé à ses derniers moments. On sait que vers cette époque de l'année se lèvent avec le soleil pour notre hémisphère des constellations réputées pluvieuses (dans le signe du Cancer). Aussi plusieurs saints de juin et de iuillet (saint Gervais, saint Jean-Baptiste, saint Pierre, etc.) passaient-ils pour avoir le fâcheux privilège de saint Médard. On leur adjoignait même saint Urbain et sainte l'étronille1 (du 31 et du 28 mai). L'autre solstice avait également donné lieu à quelques pronostics du même genre adaptés à diverses latitudes, comme pour sainl Denys de Paris (9 octobre), saint Jude (28 octobre), etc. Saint Gaudry (Galdry, Waldericus, Gauderieus, Galdericus, Gualdericus, Galderique, etc.), laboureur près de Toulouse; 16 octobre, antérieurement au xe siècle. Je n'ai jamais vu de vieille représentation qui montrât son type populaire en Languedoc. Mais il y est invoqué contre les pluies qui menacent la récolte, et cela remonte jusqu'à un fait de la vie du saint (AA. SS. Octobr., t. Vil, p. 1107, 1117, 1119). En somme, les Bollandistes n'ayant pu nous donner sur lui d'autres renseignements que ceux de Tamayo Salazar, il est peut-être sage de ne pas s'avancer beaucoup sur la foi de pareil témoin. Quoi qu'il en soit, le culte de saint Gaudry persiste encore en Roussillon , où ses reliques furent longtemps honorées dans l'abbaye de Saint-Martin du Canigou.
PLUMBAÎyE (PLOMBEAUX). Cf. Fouets, Massue. PLUME.
Les écrivains ecclésiastiques ont été souvent caractérisés par cet attribut, pour indiquer surtout les hommes qui ont rédigé des ouvrages destinés à la postérité aussi bien qu'à leurs contemporains , plutôt que prêché ou exhorté en chaire. Du moins nous sont-ils plus connus par le premier côté, que par le second. Tels sont plusieurs saints Pères, quoique, comme évêques, ils aient assurément enseigné les peuples du haut de la chaire. Mais les grandes œuvres qui nous restent d'eux ont habitué à les considérer tout particulièrement comme gens d'étude et de cabinet. Ainsi saint Hilaire, saint Athanase, saint Augustin, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Ambroise, saint Léandre, saint Antonin de Florence, saint Isidore de Séville, entre autres, peuvent fort bien être représentés ainsi.
J'ai parlé de saint Chrysostome sous le titre Douche (p. 1/|3) à propos d'une légende populaire fort baroque. Mais c'est bien autre chose dans la pénitence de sainl Jean Rouclie-d'Or racontée par M" Jameson*, historiette qui
a été prêtée aussi au fondateur du pèlerinage de Montserrat en Catalogne, et dont l'origine est peut-être due à la vie de saint Jacques ermite, prêtre du Carmel (supra, p. 383).
A plus forte raison pour ceux qui, n'ayant pas été revêtus de la dignité épiscopale, ont enseigné par la plume beaucoup plus que par la parole publique. En conséquence, saint Jérôme, saint Hégésippê (7 avril, 180) qui sont considérés comme les premiers historiens de l'Eglise, saint Bernard, saint Bonaventure, etc., ont été fréquemment peints tenant la plume. Mais je ne dois pas perdre de vue que ce sujet a reçu antérieurement, à propos du mot Livre, les principaux développements qu'il peut réclamer.
La plume de paon ou d'autruche que porte parfois sainte Barbe en Flandre et en Allemagne (Cf. Paon, p. 601, sv; Phénix, p. 684) pourrait indiquer Héliopolis, où sa légende la fait naître, et qui passait pour la patrie du phénix. Le moyen âge ne pouvant copier d'après nature ce célèbre mais introuvable animal, y aura suppléé par l'échantillon quelconque d'autres oiseaux merveilleux quoique un peu moins rares.