PONT
leurs ennemis. Les livres liturgiques d'Espagne s'accordent à rappeler le fait que voici, comme arrivé près de Cadix. Réunis en corps et récemment débarqués, ils envoyèrent leurs disciples acheter des vivres à Cadix. Ceux-ci, reconnus pour chrétiens, s'enfuirent devant la populace ameutée qui les poursuivait. Ils allaient être atteints, lorsqu'un pont s'écroula derrière eux, entraînant les païens dans sa ruine. Une dame riche, frappée de cette protection merveilleuse sur les serviteurs de Dieu, voulut les entendre; et devenue chrétienne, elle fonda le 'premier baptistère que semble avoir eu la péninsule hispanique1.
Torquat demeura dans le pays de Cadix, et ses six compagnons allèrent chacun évangéliser une province. Le beau recueil de YEspaiïa sagrada traite à plusieurs reprises (t. III, IV, VU, VIII, X, XII et XIV) l'histoire de ces hommes apostoliques, et prouve fort bien que ce n'est pas là de ces légendes soi-disant primitives remises aujourd'hui en honneur avec plus de zèle parfois que de science.
Saint Eugène, dont on fait le premier archevêque de Tolède et que l'on prétend fêter le 15 novembre, se voit aussi sur un pont. Était-ce pour le mettre en compétition avec les sept premiers évêques d'Espagne, ou bien a-t-on voulu rappeler l'un des ponts du Tage? Le fait est qu'il est parfois peint bénissant la ville où l'on veut qu'il ait siégé*.
Saint Laurent, évêque de Siponto ; 7 février, commencement du vie siècle (v. 545). Je crois le reconnaître dans un saint évêque qui traverse un pont au galop en bénissant de la main droite3. Il me faudrait être beaucoup plus au courant des faits locaux que je ne le suis, pour dire si cette image renferme un jeu de mots (sur la dénomination de Siponto) comme nous en avons en France, ou si l'on a prétendu y rappeler la victoire des Sipontins contre les Napolitains du temps de cet évêque qui l'avait prédite. Peut-être aussi voulait-on
remémorer la translation de ses reliques à Manfredonia, lorsque le siège de Siponto cessa d'avoir ses évêques. Mais d'autres peuvent avoir tout autant de droit pour établir qu'on aura fait allusion au retour du saint dans son diocèse lorsqu'il rapporta (de Constantinople, dit-on) d'insignes reliques.
Saint Ermengaud (Armengol), évêque d'Urgel; 3 novembre, 1035. 11 mourut d'une chute qui lui brisa le crâne, pendant qu'il mettait lui-même la main à la construction d'un pont sur la Sègre dans un endroit inaccessible jusqu'alors. 11 avait ordonné ce travail pour le bien de son peuple, et voulait encourager les ouvriers dans leur entreprise difficile 4.
Saint Bénézet (Cf. Pierre, p. 687) est fréquemment peint près du pont d'Avignon dont il dirige les travaux, ou sur le pont même après l'achèvement; d'autant que, comme nous l'avons dit, la chapelle du saint était vers l'arche du milieu5.
Saint Jean Népomucène, chanoine de Prague et martyr (Cf. Eau, p. 327; Étoile, etc.). Comme il fut précipité dans la Moldau du haut d'un pont, l'usage s'est introduit dans les pays germaniques de placer sa statue sur les ponts ou à leur accès*.
Des raisons de patronage, soit pour les ponts, soit pour les villes baignées par une rivière , ont fait représenter d'autres saints encore sur un pont ou près de là. C'est ainsi que saint Gilles se voit sur un pont dans certaines images de Styrie parce qu'il est patron de la ville de Graetz située sur la Mur. De même sainte Maxence, vierge et martyre dans le Beauvaisis (20 novembre), à cause de Pont-Sainte-Maxence qui a gardé son nom. Saint Pieiire de Luxembourg (Cf. Crucifix, p. 291), comme patron d'Avignon, a été plusieurs fois représenté près du pont de cette ville. Mais dans les images postérieures au xvie siècle, ce pont (comme aussi pour saint Bénézët) est ordinairement interrompu, parce que le Khône avait fini par en emporter plusieurs arches.