‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 1122 sur 1339 · POURCEAU · texte numérisé non relu

POURCEAU

allusion aux rites civils ou religieux de la Perse, qui dominaient alors chez les Arméniens. Ainsi l'on voit çà et là dans les monuments une tiare à tête de sanglier; et l'un des généraux de Chosroès 11 (614), dans la campagne des Perses contre la Palestine, porlait le surnom de sanglier royal '.

Un monastère ancien de Naples est dédié à ce saint; on y honore sa tête, les chaînes qu'il a portées, et les verges qui ont servi à sa flagellation.

Saint Castor, évêque d'Apt en Provence; 21 septembre, vers 420. Comme il rentrait dans sa ville épiscopale, un sanglier poursuivi par des chiens se réfugia auprès de l'homme de Dieu, et obtint la vie sauve2.

11 se rencontre aussi des saints qui sont venus en aide aux chasseurs plutôt qu'au gibier. Témoin saint Arice {Âregius, etc.), évêque de Gap; 1 mai, vers 604. Il vit arriver un sanglier qui se précipitait sur les chasseurs sans être arrêté par les épieux. Le saint lui mit dans la gueule l'extrémité inférieure de sa crosse, et la bête n'opposa plus de résistance '. La biographie qui raconte ce fait et la mort d'un serpent due à l'homme de Dieu, est regardée comme l'œuvre d'un contemporain. Si ce n'était cela, on pourrait y soupçonner quelque symbolisme à l'occasion des peines qu'avait eues le saint évêque , et des nombreuses démarches qu'il avait faites contre les simoniaques (AA. SS., ibid., p. 108). Car l'Église applique souvent aux ennemis des fidèles le mot du Psalmiste (lxxix, 14) : «Le sanglier de la forêt a bouleversé votre héritage, etc. »

Saint Antoine le Grand (Cf. Béquilles, p. 132, sv. ; Clochette, p. 230 ; etc.). On voit ordinairement près de lui un pourceau qui parfois porte une clochette au cou. Mais ailleurs c'est le saint qui tient la sonnette, ou bien cet instrument est à ses pieds, comme dans le tableau de Barroche (au Louvre), dont je donne un fragment.

On s'est donné quelquefois bien de la peine pour expliquer cette peinture : recherchant assez gratuitement, si je ne me trompe, du symbolisme là où il n'y avait qu'un souvenir historique. Nous avons vu précédemment que saint Antoine était au moyen âge le titulaire d'un des premiers Ordres hospitaliers. Or les Antonins dauphinois se répandirent au loin pour soigner les malades ; et lorsque la police des villes se mit à rédiger des règlements de voirie, elle interdit les courses des pourceaux qui avaient longtemps vagué par les rues pour y chercher leur nourriture d'une façon économique. Nous avons eu à Paris un fils de France tué d'une chute de cheval par suite de l'étourderie d'un cochon qui s'était jeté entre

les jambes de sa monture. Mais l'interdiction lancée contre ces animaux fut mitigée par charité pour les pauvres; et les pourceaux de l'hôpital conservèrent seuls, à l'exclusion de tous autres, le droit de continuer à

chercher leur vie comme auparavant. Seulement, pour que leur privilège pût être constaté, ils devaient porterai! cou une sonnette. Cela se répandit si bien , si loin et si longtemps, que de nos jours encore en certaines cités d'Italie, le son de cette clochette était pris par les ménagères comme un avis de porter sur le seuil tous les débris qui

renard un roi celte. Quant au roi d'Arménie, sa transformation pourrait bien tenir à quelque symbolisme asiatique dont l'origine nous échappe. Les Bollandistcs, d'ailleurs, en donnent une explication fort admissible.

1. Cf. Amm. Marcellin., xix, 1-2. — Mionnet, Médailles antiques, t. V, p. 094. — A. de Longperricr, Médailles des Sassanidcs, p. 23-25; et pi. IV, n" 3-5.

Ajoutons, au sujet de Tiridate, que les Arméniens on ont fait un saint à cause du zèle qu'il déploya sur la fin de sa vie pour le christianisme. Le sanglier couronné qui se prosterne devant saint Grégoire pourrait donc indiquer la conversion du persécuteur, plutôt que la métamorphose dont parle la légende.

Page 1