POURCEAU
pouvaient engraisser ces animaux dont la vente définitive devait profiter à l'hôpital.
De là ce vieux dicton contre les parasites : « Aller de porte en porte comme le cochon de saint Antoine. »
Comme moyen de convocation ou d'appel à l'aumône, la clochette servait aussi aux quêteurs des hospices ou des hôpitaux. Dans les anciens statuts de la ville d'Albe en Montferrat, vers la fin du' xve siècle1, on lit : « Statutum est quod nullus questor ellimosinarum (sic) de cetero portet campanam per civitatem , propter* infirmos S' Lazari et eorum questores, pro sanclo Antonio et sancto Thibaudo. »
Je sais bien qu'à cause de l'âne (ou du mulet) de saint Antoine de Padoue (Cf. Âne), l'un et l'autre saint sont invoqués pour les animaux domestiques ; d'où il résulte qu'ils ont été souvent confondus dans les dévotions populaires. Du reste, ce que j'ai dit de saint Antoine le Grand est sans préjudice pour toute opinion qui différerait de la mienne si l'on apporte de bonnes preuves. Il me semble bien avoir raison dans ce que j'en ai dit, mais je n'entends pas étouffer les explications de la partie adverse*.
La grande renommée du saint Antoine d'Egypte l'a fait intervenir en mainte affaire où il n'est pas toujours aisé de dire ce qui motivait tel ou tel recours à son patronage. Mais, tout en avtuant mon insuffisance pour ce fait d'histoire locale, je suis heureux de pouvoir reproduire un monument populaire où notre abbé figure comme titulaire de la compagnie rémoise des arquebusiers 4.
Saint Dêle [Deicola, Dié, Diey) ermite, puis abbé de Lure; 18 janvier, 625. Un sanglier blotti près de lui rappelle que le roi Clotaire découvrit ainsi le saint durant une chasse où le sanglier, poursuivi par les veneurs du prince, se réfugia dans la cellule du solitaire5. Ce fut l'occasion qui fit bâtir l'abbaye de Lure par le roi, pour mettre en relief l'homme de Dieu. Mais ses biographes
1. Cf. Sim. Morra, Vitadi S. Teobaldo (Alba,i8H, in-8", p. 102), De Uprosis inquirendis et campanaportanda: lib. IV, cap. m.
2. S'il faut vraiment lire propter, et non pas prœter, je pense que ce peut être une exclusion donnée aux autres en faveur de (propter) ceux-ci, qui seuls devaient jouir désormais de ce bénéfice. D'autres nuances, qui reviennent à celle-là, nous jetteraient dans des dis* eussions beaucoup trop minutieuses.
3. Cf. Sarnelli, t. III, lett. 6. — Villanucva, Viage..., t. II, p. 38, sg. — Le Moyen Age et la Renaissance, t. I, Cuisine, fol. ix r», et „j¥ To, — Revue archéologique, XI* année (1855), p. 763; etc.
4. Cf. J. de Fontenay, Manuel de l'amateur de jetons, p. 230.
5. Calendar. benedict., 18 januar. Cf. Montalembcrt, Moines d'Occident, t. Il, p. 308, 505, etc. — AA. SS. Januar., t. Il, p. 205.
racontent en outre que le saint homme étant venu chercher où il pourrait construire son ermitage dans la forêt, prit des informations auprès d'un porcher. Celui-ci répondit qu'il connaissait un bon endroit pour semblable dessein , mais que la nécessité de surveiller ses bêles exigeait qu'il restât auprès d'elles. Le bienheureux garantit que l'absence serait sans danger; puis, plantant son bâton au milieu des animaux, promit que pas un pourcelet ne serait égaré jusqu'à son retour. Cette parole calma les scrupules de l'honnêle porcheron, qui s'en trouva bien '.
Saint Bale (Dasolus), solitaire en Champagne; 26 novembre, 620. On raconte de lui quelque chose de tout semblable à ce qui vient d'être dit pour saint Dêle en premier lieu; mais la légende y introduit Attila qui, Dieu merci, n'existait plus au vu* siècle. Quoi qu'il en soit , le souvenir de ce fait quelconque maintint longtemps au gibier le privilège d'être épargné par les chasseurs dans la forêt de Reims, dès qu'il avait gagné le petit bois dominé par la croix de saint Fiàle7.
Saint Cyr (Cf. Enfants saints, p. 350). I! est parfois représenté arrêtant un sanglier, ou le chevauchant. Ailleurs, devant la bête farouche est un roi que l'animal allait aborder, et que le petit saint préserve. C'est, selon les divers narrateurs, Charlemagne ou Charles le Chauve protégé dans une chasse aux environs de Nevers. La cathédrale de cette ville et la collégiale d'Issoudun gardaient le souvenir de cette légende dans leurs méreaux*.
11 se peut que dans plusieurs des récits indiqués sous ce titre, un certain symbolisme celtique ait dicté aux
0. AA. SS., ibid., p. 203. On n'a donc que faire d'un jeu de mot* sur la hure.