AA. SS. Jun., t. II, p
2. Ces noms africain*, extraordinaires pour nos oreilles, n'étaient que l'effet de la civilisation latine imposée longtemps à des contrées où le fond du peuple remontait aux races palestiniennes (sourhe punique: Pœni, l'unici, Pluenicii, l'hœnkes). La Bible nous en offre sans cesse des exemples qui ne disent rien aux oreilles pour lesquelles l'hébreu n'a que des sons. Aussi la Vulgata donue-t-olk' aux catholiques le sens des principaux noms hébraïque* conservés dans l'Écriture sainte. L'Afrique de l'empire, mais surtout celle des con-
ciles et de l'histoire ecclésiastique, faisait insensiblement la même travail sur son ancien idiome ; et pour l'occasion actuelle, il peut bien suffire de renvoyer à quelques mots que j'en ai dits ailleurs après divers savants bien autorisés en ce genre. Cf. Somvnirs île Vancienne Eglise <T Afrique, p. 10, M, 1*7, 156, 101, 210; 201, sv. ; 888, etc.
3. Morcolli, A/iriea rhristiana, t. III, p. 167, aq. — Souvenirs île l'ancienne- Église d'Afrique, p. 101, sv.
4. F.rnrnVriin cisterciense, ap. AA. SS. April, t. Il, p. 108.
PROPHETES
PROPHETES
Puisque les évangélistes et les apôtres ont eu leurs articles à part, les prophètes de l'ancienne loi ont droit aussi d'être groupés tous ensemble avec les signes principaux qui les caractérisent comme précurseurs de l'Évangile. Quelques-uns d'entre eux, tels que Jonas (Cf. Arbre, p. 6i ; Poisson), Isaïe (Cf. Scie), Daniu (Cf. Bonnet phrygien , p. lil ; Lions, p. 507), etc., ont dans les faits de leur vie certaines circonstances facilement reconnaissables quand une représentation les rappelle.
Mais dès qu'il s'agit d'indiquer les différences entre leurs prophéties, il n'est plus si aisé de se retrouver à moins d'un guide.
La statuaire, dans deux portails de la cathédrale d'Amiens (entre autres grandes églises du moyen âge), a prétendu résoudre ce problème uniquement par les formes plastiques ; et bien qu'elle n'y ait pas toujours atteint la clarté désirable, on peut dire qu'elle a franchi assez ingénieusement les mauvais pas où semblait l'engager son hardi projet1. Mais là ou ailleurs, ce qui n'est pas suffisamment clairn'est pas populaire ; et le titre de mon livre dit nettement que l'art populaire est mon vrai but. Les curiosités ont leur mérite, et peuvent être
1. Messieurs les chanoines Jourdain et Duval ont déchiffré fort habilement ces énigmes il y a une vingtaine d'années. Je n'ai donc pas besoin de revenir sur un travail si bien fait, quoiqu'il puisse jeter beaucoup de jour sur des monuments Inspirés par une pensée semblable. - 2. J'emprunte les dessins à l'ouvrage intitulé Délia basilica di S. Paolo, opéra di Nice. Mar. Nicolai; Roma, 1815, in-fol. Ces portes furent exécutées à Constantinople sur la fin du xi" siècle, et c'est ce qui explique non-seulement l'emploi du grec avec celui du latin dans les inscriptions, mais l'orthographe byzantine de bien des mots compliquée par une langue étrangère.
Tenons aussi quelque compte de l'état fruste où figures et lettres avaient été réduites par plus de six siècles lorsqu'on nous en a donné le premier dessin un peu sévère.
Quant a l'exécution primitive, le tout était gravé eu creux à la manière des nielles, puis complété (comme les nielles ou la damasquinure) par le composé métallique d'une autre couleur qui devait
fort intéressantes ; le fait est que je n'ai pas prétendu leur consacrer ce volume. Regrettera cette lacune qui voudra; dès que j'avertis, nul n'aurait le droit de dire que je l'ai induit en erreur. Qui tient sa parole a fait ce qu'il devait, et peut se croire dégagé. Prenons comme point de départ un monument grave
entre tous, les portes de bronze qui donnaient entrée dans la basilique romaine de Saint-Paulhors-des-Murs avant l'incendie que suivit de bien près la mort de Pie VII*.
Moïse n'a rien ici qui ressemble à des cornes ou à des rayons ; il élève la main droite avec le geste d'autorité d'un homme qui intimerait des ordres en public, et son cartouche porte ces paroles : « Vous verrez votre vie suspendue devant vous (Videbilis vitam vestram pendentem ante oculos veslros... et non credetis vitœ vestrx) . »
Cela est tiré des malédictions prononcées par le législateur du peuple de Dieu (Deuteron.xxvm, 66) contre les Juifs infidèles3.
David (p. 712), dans une attitude semblable au précédent, est tout autrement costumé. 11 est facile de voir qu'on lui a donné les ornements byzantins attribués à la dignité souveraine, à la famille impériale, ou aux patrices.
Un diadème gemmé orne sa tête, et son manteau
marquer le trait, bien qu'en remplissant les entailles et en égalisant toute la surface. Je n'ai conservé qu'à Moïse la traco du petit portique (avec son arceau gemmé) qui sert de Cadre, afin de laisser apercevoir l'ornementation architecturale de tout l'ensemble. Hipp. Flandrin tenait ces flères silhouettes pour dignes d'attention.
Faisons remarquer une fois pour toutes, que chacun de ces saints est désigné près de la tête par une inscription grecque portant, à droite de la figure , le mot abrégé prophète; et à gauche , son nom propre ordinairement en toutes lettres.
3. J'ai parlé de ce texte et de son emploi chez les SS. Pères, dans un autre ouvrage ( Vitraux de Bourges, n" 43( p. 76), à propos du serpent d'airain. La question n'y est pas de savoir si les mots en sont parfaitement conformes à la Vulgatc ou aux Septante, ni même si le contexte ne lui donne pas la signification de cet idiotisme français : « Tu verras ta vie ne tenir qu'à un fil. » Il s'agit de l'emploi qu'en Ont fait les SS. Pères, tant grecs que latins, dès le commencement
PROPHETES
royal ' porte sur la poitrine une petite pièce carrée marquée de la croix. 11 semble avoir des boucles d'oreilles*. Son cartouche porte, comme paroles adressées à l'Église,
en si grande valeur parmi les plus graves prédictions de l'Ancien Testament, qu'on n'imagine guère de le caractériser par un autre langage. Parfois même les sculp-
David.
ces mots du psaume (xuv, 11) : « Écoute, ma fille, regarde et penché l'oreille; oublie ton peuple,... et le roi t'aimera (Audi, filia, et vide; et inclina aurem tuam, etc.). » Ailleurs on le voit annnonçant la génération éternelle ou l'exaltation de son petit-fils d'après quelques-uns des versets du psaume cix.
Isaïe déroule des deux mains son cartouche, qui porte la fameuse prophétie sur l'enfantement de la sainte Vierge (Is. vu, lft) : Ecce Virgo in utero concipict , et pariet filium*.
Comme nous le verrons bientôt, les monuments chrétiens ne maintiennent pas constamment le môme texte à chaque prophète. On avait le choix entre plusieurs paroles de ces hommes inspirés. Mais pour Isaïe, ce qu'il avait annoncé solennellement au roi Achaz est tenu
du christianisme. D'ailleurs y fût-il uniquement question (comme ce semble) de la dispersion des Juifs après la mort de Jésus-Christ, on n'aurait pas de peine à l'interpréter encore dans le sens des docteurs ecclésiastiques; à cause de la croix qu'ils rencontrèrent partout rhei les nations chrétiennes sans pouvoir l'insulter ouvertement.
1". Sur cette chlamyde des princes on peut consulter Buonarotti, Vtlri, p. 246-248. — Cavedoni, Memorie... di Modena, série 111, t. V, p. 51 ,60, sg. — Ch. Lenormant, Trésor de glyptique, bas>reliefs, If partie, pi. lii. — Etc.
teurs ou les peintres ont affecté d'inscrire ce même texte sur le livre que tient la sainte Vierge lorsque l'archange l'aborde pour l'Annonciation. On n'en était pas encore venu à certaines explications modernes qui veulent faire de ces grandes paroles une mauvaise plaisanterie, tout particulièrement inadmissible quand le prophète parle d'un ton si fier au roi de Juda. Mais il y a des gens pour qui toute pierre est bonne à jeter contre Dieu et son Christ, dussent-ils être bafoués par le premier homme de bonne foi qui sera capable de réfléchir. La surprise quelconque des ignares et des étourdis est apparemment un beau triomphe pour ces esprits délicats qui veulent être novateurs à tous risques (même au risque d'être novateurs à la suite, c'est-à-dire plagiaires). Jérémie est censé prononcer cette déclaration de la
2. Ce pourraient être cependant des espèces de bijoux a breloques, en manièro de fanons (comme aux mitres épiscopales) qui pendaient de la couronne des empereurs byzantins derrière les oreilles. Du reste Lucifer de Cagliari (De non parrendo in Drum delinquentibus. 43) parle des boucles d'oreilles et des bracelets de l'ompereur Constance; lui disant que tout cela ne doit tourner la tête ni au souverain, ni à ceux qui le voient dans cet accoutrement oriental.
3. Le texte est donné selon la citation qu'en bit saint Matthieu (i, 23), à peu près.
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conversion des Gentils, comme effet de l'Évangile: «C'est là notre Dieu, et nul autre ne portera le même titre1. » Il y avait assurément à choisir quelque passage pour le moins aussi important, parmi les écrits du prophète ;
Dieu; si bien que la glose interlinèaire y cite les paroles de l'ange Gabriel à la sainte Vierge (Luc. i, 35) : « L'Esprit saint vous couvrira, et la puissance du Très-Haut viendra en vous. » Cette porte du nord me semble indiquée ici
par exemple cette comparaison de l'agneau qu'on applique à la passion de Jésus-Christ (xi, 19), etc. Mais peut-être aura-t-on voulu le faire parler sur la vocation des Gentils, parce qu'il devait figurer dans l'ornementation d'une basilique dédiée à l'apôtre des nations.
Bakuch n'a pas trouvé place dans la série des portes de Saint-Paul où l'on ne s'est point piqué d'être complet (Cf. p. 714). Mais d'ailleurs, on l'a souvent considéré comme n'étant que le continuateur de Jérémie son maître. Cela se voit surtout dans l'Église latine d'assez bonne heure.
Ézéchiel dit : « L'Esprit me conduisit vers la porte septentrionale (Induxit me fer viam porUe borealis). » Comme ce n'est pas un emprunt littéral fait à la Vulgate, on peut hésiter entre plusieurs passages où le prophète s'exprime à peu près de la même façon*. Il ne s'agit certainement pas de la porte orientale (xuv, 1-3) où les docteurs ecclésiastiques ont vu la virginité de la Mère de
i. L'inscription porte : Hic Dominus (ou Deus) noster, et non imputabitur alius. Ce me semble être une allusion au chapitre x«, où Jérémie maudit les idolâtres; mais c'est plutôt une réduction de plusieurs versets, qu'une citation précise.
dans le même sens que je prêtais aux paroles du prophète précédent. A propos du maître des Gentils, on aura voulu choisir dans Ézéchiel un passage relatif à la vocation des peuples idolâtres, c'est-à-dire à l'Église (par opposition à la Synagogue). J'ai fait voir ailleurs3 que l'Aquilon , dans le langage symbolique , désigne fréquemment ceux qui viennent à Dieu en quittant le service du diable. Aussi, sur le chapitre xlvh d'Ézéchiel, la glose interlinéaire nous montre le baptême, la doctrine apostolique , dans les eaux qu'aperçoit le prophète en sortant de la maison de Dieu par la porte septentrionale.
Daniel (p. 714), à cause de son rôle parmi les grands de la Perse, est vêtu (sous une courte tunique) des anaxyrides ou braies asiatiques (saraballa, etc.) dont j'ai déjà dit un mot précédemment sous le titre Bonnet*. Je n'oserais pas même affirmer que l'artiste n'ait point voulu lui mettre sur le sommet de la tête la petite mitre phry-