‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 1147 sur 1339 · RAISIN ET VIGNE · texte numérisé non relu

RAISIN ET VIGNE

ils nous y indiquent Jésus-Christ montré aux deux peuples de l'Ancienne Loi et de la Nouvelle. L'un, tout en lo portaat par les figures historiques et les prophéties, ne le voit qu'à peine , et ne comprend pas bien le sens de ce qu'il est chargé d'apprendre au monde ; l'autre (le peuple chrétien ') ne tourne pas le dos à la grappe : il la voit, et possède l'intelligence complète de ce qui lui est enseigné. Ceci revient à ce que nous disions tout à l'heure, de la croix portant des pampres et des raisins, etc. ; mais l'indication sommaire que nous venons de donner, peut certainement suffire en cet endroit.

Saint Urbain pape. Cf. ci-dessous (même page) Urbain, évêque de Langres.

Saint Sixte 11 (Xyslus), pape et martyr; 6 août, 250. Je ne me souviens pas de l'avoir vu représenté tenant du raisin. Mais une indication donnée par M. Adalbert Daniel ! porterait à supposer que cette caractéristique a pu être attribuée à ce pape, parce que plusieurs diocèses de l'Allemagne avaient coutume de faire bénir ce jour-là les prémices de la vigne. 11 était même d'usage de dire la messe alors avec le jus exprimé du raisin nouveau. Chez nous, cela se pratiquait surtout pour la fête de son diacre saint Laurent (10 août); peut-être pour obtenir que le raisin fût bien cuit par le soleil (Cf. supra, p. 281 , 452, 666); peut-être aussi en mémoire des paroles qu'il adressait au pape en réclamant le droit de l'accompagner au martyre, lui qui l'avait toujours assisté dans la consécration du précieux sang 3.

Saint Maxime (ou Maximien), évêque de Nole. A l'occasion de saint Félix (Cf. Épaules), on a vu ce saint prélat exténué par la faim et porté sur le dos d'un prêtre qui veut le disputer à la mort. Comme il s'agissait de le ranimer, et que rien ne se trouvait sous la main de saint Félix, Dieu permit qu'une grappe de raigin se rencontrât sur un buisson. Au moyen de quoi l'évêque, réduit à l'extrémité par les privations, put reprendre ses sens * et être transporté dans un lieu où les soins nécessaires lui furent prodigués.

Saint Urbain, évêque de Langres; 2 avril et 23 janvier, v« siècle (ou saint Urbain Ier, pape; 25 mai, 230). L'évêque champenois semble avoir dérobé en certains lieux le patronage de la vigne, primitivement attribué au pape. En tout cas, l'un et l'autre sont représentés par-

fois tenant une grappe. En somme, il parait bien que cette caractéristique appartient à bon droit au pape seul , si l'on veut remonter à l'origine. C'est que. Comme le dit Avala {Pictor christianus, libr. VI, cap. vu, n° 8), les vignerons, en Espagne du moins, regardent la vendange comme sauvée quand les vignes ont passé la fête de saint Urbain Ier (25 mai) sans accident. Les Allemands même, quoique sous un climat qui n'est point celui de l'Espagne, tiennent ce jour pour décisif quant aux pronostics de la récolte du vin5; si bien qu'en certains lieux on trempe la statue du saint dans la rivière lorsqu'il pleut vers cette époque, qui coïncide ordinairement avec la floraison de la vigne. C'est probablement une façon de morigéner le patron, pour qu'une autre fois il s'occupe davantage de ses clients.

Toutefois, comme l'évêque de Langres est l'homonyme du souverain pontife martyr, et honoré dans un pa\s de vignobles, il n'est point surprenant qu'il ait reçu la grappe par communication; et ce pas une fois franchi, la légende n'a pas manqué de lui attribuer des miracles en faveur de la vigne".

Saint Grat (Gratus, Gradus, Gras) , évêque d'Aoste (Cf. Puits, p. 720). On l'invoque dans le val d'Aoste pour sauver la vigne contre les orages et surtout contre la grêle. Aussi est-il parfois représenté bénissant une cuve de raisin. Sa biographie n'est pas facile à débrouiller7; et comme on a prétendu qu'il avait coopéré avec safnt Théodule de Sion à la découverte du corps de saint Maurice, il se pourrait bien que les Valdôstans aient tiré de leur côté la réputation faite par les Valaisans à l'évêque de Sion. Nous allons voir incessamment ce que l'on raconte de saint Théodule.

Saint TnfionuLE , évêque de Sion (ou du Valais, en tout cas). Cf. Cloche, p. 230 ; etc. Il est assez fréquemment peint tenant une grappe ou bénissant un tonneau.

On raconte que son peuple étant venu lui représenter combien la gelée des vignes allait réduire les récoltes et tromper leur espoir après tant de travaux, il fit apporter des tonneaux et des barils vides. Puis après avoir invoqué le secours du Ciel et recommandé à ces pauvres gens la confiance en Dieu, il pressa quelques grappes de raisin sur l'ouverture de ces vases en les bénissant. Tonneaux, barils, etc., se remplirent tous d'un excellent

1. Quand les noms des deux porteurs sont écrits, c'est communément Josué qui marche le regard dirigé sur la grappe. Son rôle comme successeur de Moise, et son nom presque identique à celui de Notre-Seigneur, le désignaient bien pour figurer 'a nouvelle Loi.

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