‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 1198 sur 1339 · Bagatta, Admiranda orbis, lib. VII, cap. i, § 10, n · texte numérisé non relu

Bagatta, Admiranda orbis, lib. VII, cap. i, § 10, n

SERPENT

linaria dans la Méditerranée, près de Gênes (aujourd'hui Gallinara). Selon d'autres récits, il n'aurait pas précisément débarrassé l'île entière de ces animaux: mais les relégua tout simplement dans un coin du pays, où il planta son bâton pour leur servir de limite qu'ils ne devaient plus dépasser*.

Serait-ce, peut-être, une manière d'exprimer que le saint avait chassé l'arianisme du milieu de ce peuple ? Nous avons vu (p. 315, sv.) que les dragons de bien des légendes pouvaient s'interpréter par le renversement et l'expulsion du paganisme : c'est-à-dire la fin du règne de Satan sur les cœurs. Le serpent semble avoir eu quelque chose de ce symbolisme dans les monuments ; si ce n'est que çà et là il indique probablement l'hérésie, au lieu de l'idolâtrie '.

Quoi qu'il en soit, si quelqu'un voulait voir ce que le moyen âge faisait encore entrer de faits curieux dans la représentation de saint Hilaire, il peut consulter les quittances et nomenclatures , etc., pour divers objets précieux exécutés jadis en l'honneur de notre saint'.

Saint Pirmin {Pirminus, ou Pirminius), évoque périodeute en Allemagne (et bénédictin, dit-on) ; 3 novembre, 758. On le donne pour un évêque de Meaux, qui aurait quitté son siège afin d'aller évangéliser les bords du Rhin; et il est peint habituellement comme mettant en fuite une multitude de serpents4. Entre autres abbayes dont la fondation lui est due, il établit celle de Reichenau dans une île du lac de Constance ; chassant de l'île les vipères ou couleuvres qui s'y étaient multipliées énormément. La légende prétend même que, durant trois jours, l'eau environnante fut couverte de ces reptiles qui abandonnaient leur ancienne demeure.

Ce récit est-il l'origine ou la conséquence d'une invocation de saint Pirmin contre les boissons malsaines"? Du reste on se recommande aussi à ce saint contre la peste, et contre les suites d'une alimentation dangereuse. En outre, sa dalmatique et sa ceinture étaient considérées comme un secours puissant pour alléger les douleurs des femmes enceintes.

Saint Samson, évêque de Dol (Cf. Dragon, p. 317). Selon

1. P. de Natal., libr. II, cap. lxviii.— AA. SS. Januar., t.I, p. 792. Cl. Robert cite une épitaphe du docteur de Poitiers, trouvée, dit-il, dans un ancien manuscrit; bien que le style y annonce peu le moyen àgc :

• Hilarius cubai bac, pictavus episcopus, urna;

Defensor noslrœ mirilicua fidei.

IIHus aspectum serpentes ferre nequibant,

Nescio qun in vultu spicula sanctus habet. •

2. Cf. Manni, Osservazioni isloriche sopra i sigilli autichi dei secnlt basai, t. V, sigill. 15.

3. Cf. Bibliothèque de l'école des Charles, m* série, t. I (1840), p. 495-498.

4. Calendar. benedict., 3 novembr. — rtadei', Bavaria sancta. Une séquence de Saint-Gall (ap. Monc, Hymni... medii œvi, t. III,

p. 482, aq.) décrit ainsi la merveille :

« Hic Augiensem insulam Detinebat serpentium.

Dei nutu intraverat, Intrante illo...

Quatn multitude possima sutim squammosu*

plusieurs c'était un serpent , qu'il chassa d'une grotte sur le bord de la Seine".

Saint Mellon (Melon, etc.), évêque de Rouen (Cf. Papauté, p. 602). Un serpent dont parle sa légende, pourrait bien n'être que le dragon des saints qui ont évangélisé des peuples idolâtres jusque-là. On en verra le récit dans les notes qui accompagnent l'article indiqué tout à l'heure. Sa légende raconte, du reste, qu'il renversa dans la ville de Rouen l'idole Rolh (étymologie quelconque de Rothomagus, dont je ne réponds pas); et que le diable se plaignit à lui du dérangement qu'il venait causer dans son empire7.

Saint Cado (ou Kadok, Cadout, Cadog, Catrog-Doeth, Cadvot), évêque et martyr en Bretagne (Cf. Pont, p. 698). Les Bretons racontent que dans une petite île de la côte de Vannes, entre Port-Louis et Auray, il chassa les serpents qui n'y reparurent plus dans la suite".

Un saint Paterne, évêque (était-ce celui d'Avranches ou celui de Vannes?), est cité comme ayant évité les morsures des serpents9. Je ne saurais dire ni auquel des saints du même nom convient cette légende , ni s'il y a là du symbolisme plutôt que de l'histoire réelle.

Saint Pèlerin évêque, martyrisé a Auxerre (Cf. Pèlerins, p. 678); chassant des serpents. Bien qu'on puisse voir dans cette représentation une manière d'indiquer la peine qu'il se donna pour extirper l'idolâtrie chez les Auxerrois10, il est admis que dans le Nivernais (à Bouhy surtout où il s'était réfugié), on ne voit jamais de serpents. On vient même dans l'église de ce village prendre de la terre d'un trou fouillé habituellement ad hoc; et cette terre est emportée comme préservatif contre la morsure des reptiles. On regarde en outre comme reconnu à Bouhy, qu'une certaine famille y conserve toujours sur le corps de quelqu'un de ses membres la figure d'un serpent. Ce sont, à ce que l'on dit, les descendants d'un païen qui, voulant chasser le saint en le frappant d'un fouet, vit la lanière se changer en un serpent, lequel se terra près du rocher où saint Pèlerin avait cherché un asile contre la persécution.

Saint Patrice apôtre, de l'Irlande (Cf. Crosse, p. 301;

Pestinanter eiercitus Natatu tergut

Aufugit, ampli lacua Tegens per triduum. »

5. Je trouve une ancienne estampe de saint Pirmin avec ces deux vers usités dans certaines provinces d'Allemagne :

« Sanctificet nostram sanctus Pirminius escam,

Deztera PirminI benedicat pocula noslra. > B. Cf. Longueval, Histoire de l'Église gallicane, livre IX (A. 643.) Y. AA. SS. Octobr., t. IX, p. 572, sq.

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