TENAILLES
Comme instrument de torture4, les tenailles ont été plus d'une fois confondues avec les cisoires (Cf. Ciseaux). Cependant, pour sainte Apolline (ou Apollonie), c'est assez constamment une tenaille qu'on lui met à la main ; et cet instrument serre une dent, pour exprimer l'un des supplices qu'elle endura (Cf. Dents).
Ce n'est pas qu'elle soit morte dans cette torturé (Cf. Bûcher), ni qu'il soit bien établi qu'on lui ait arraché les dents une à une. On raconte plutôt qu'elle eut les mâchoires brisées violemment à coups de cailloux ou avec une barre de fer. Mais la tenaille (ou pince) qu'elle tient presque toujours, peut avoir pour origine la dévotion professée envers elle dans beaucoup de contrées par ceux
1. J'en ai donné un spécimen sous le titre Serpent, à propos de saint Spiridion; et l'on en verra un autre, tout à fait historique, sous le titre Vase de parfums.
2. Des motifs particuliers ne me manquent pas pour ce que j'en dis. D'ailleurs plus d'un homme distingué se sent attiré par l'esprit ou par le cœur dans cette voie, quand il est mûri par l'âge. C'est ainsi que Paul Delaroche aurait bien voulu finir sa carrière d'artiste par la peinture de sujets empruntés à l'enseignement de l'Église. Il s'y est essayé, mais visait évidemment plus haut que ses dernières oeuvres en ce genre. On n'a pas une certaine élévation de vues sans arriver à comprendre que science chrétienne ou art chrétien sont de nobles couronnements pour une vie sérieuse. Mais ni l'un ni l'autre ne s'improvisent quand les pensers ont été longtemps engagés sur d'autres routes.
qui souffrent du mal de dents ou qui veulent s'en garantir. A quoi se sont rattachées çà et là diverses supersti-
tions que je ne me propose pas d'énumérer. Si curieuses
3. Jl a publié sur ce sujet un mémoire dans le recueil de l'Institut (Académie des inscriptions et belles-lettres), t. XVI, deuxième partie (1846), p. 230, svv.; et abrégeait ses recherches, vers la même époque, dans une brochure dont je ne retrouve plus la date exacte. Mais son insistance n'équivaut pas à une bonne démonstration.
De son côté, M. Raoul-Rochette, avec son érudition beaucoup moins calme, traita le même sujet aussi : Mémoires de V...Académ\e des inscriptions..., t. XVI, deuxième partie, p. 285, svv.; et t. XVII, deuxième partie, p. 375, sv. Je me permets d'en appeler au docte antiquaire romain, M. le chevalier De Rossi, dont la compétence ne se peut guère récuser en pareilles matières.
4. Cf Anguissola, Ephemerid., 1814; p. 202. Ce sont parfois des ongles de fer, en manière de pinces dentées profondément.