‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 1244 sur 1339 · TÊTE DE MORT · texte numérisé non relu

TÊTE DE MORT

On a été fort prodigue de cet attribut depuis deux ou trois siècles, surtout pour les pénitents et les ermites. Mais je ne vois pas que le moyen âge en fît tant d'usage. De fait, la mort peut inspirer des pensées qui remuent profondément le cœur, mais pas plus sans doute que le crucifix, qui dit bien autre chose sur le péché comme sur la justice et la bonlé de Dieu. Contentons-nous donc d'indiquer les saints dont la vie prête bien clairement à cette caractéristique. Il ne s'agit pas seulement de rappeler d'une façon générale le mépris du monde, nous n'admettrons ici que ce qui repose sur un fait particulier.

Saint Gebhard [Gcbhardus et Gebehardus) , évoque de Constance; 27 août, v. 990. On lui met en main une tête de mort coiffée de la tiare, parce qu'il passe pour avoir apporté de Rome la tête de saint Grégoire le Grand destinée à l'abbaye de Petershausen fondée par lui. L'on ajoute même que, comme les Romains s'étaient ravisés, après lui avoir laissé emporter cette relique insigne, on le poursuivit à son retour alin de la lui faire rendre. Il allait être rejoint en Lombardie, lorsque près de Plaisance, le Pô s'ouvrit devant lui ou soutint ses pas pour le laisser passer à pied sec. Ce que voyant, les autres se désistèrent de leur poursuite1.

Saint Guarin, cardinal évêque de Palestrine; 6 février, 1159. Il était de Bologne et avait embrassé la règle de chanoine régulier. Je ne saurais dire si la tête de mort qu'on lui fait porter sur un livre n'appartient pas au symbolisme vague qui prétend indiquer ainsi l'esprit de retraite et de pénitence dont il se montra constamment pénétré. Cependant on voit dans son histoire que la considération de la mort lui était habituelle2, comme si chaque jour eût dû être le dernier de sa vie.

Saint Jérôme, docteur de l'Église ( Cf. Chapeau, de cardinal, p. 199). La tète de mort que l'on pose fréquemment auprès de lui me semblerait avantageusement remplacée par d'autres caractéristiques. Car c'est le Jugement, bien plus que la mort, qui semble l'avoir préoccupé dans ses méditations. Cf. Caillou, Trompette.

Saint Odilon abbé de Cluny (Cf. Apparitions de saints, p. 61). Comme ayant établi la Commémoraison des lidèles trépassés, il a été peint plus d'une fois fixant les yeux sur une tête de mort.

Saint Bruno fondateur de la Chartreuse (Cf. Branche d'arbre, p. I/16; etc.). La tête de mort que l'on place près de lui peut bien n'être pas une simple indication de sa vie retirée. Je crois y voir le souvenir du mort qui passe pour avoir déclaré devant lui sa condamnation éternelle'.

Quoiqu'on ait beaucoup critiqué ce récit, nous voyons que Lesucur avait trouvé ce souvenir encore bien accueilli à la Chartreuse de Vauverl (tout récemment encore pépinière du Luxembourg). Cf. Cercueil.

.Saint Odilun.

Saint François de Borgia, jésuite après avoir été duc de Gandie dans le royaume de Valence (Cf. Chapeau de cardinal, p. 200; Eucharistie). Près de lui une tête de mort qui porte la couronne impériale. Ailleurs on le voit considérant un tombeau ouvert ; mais la forme abrégée est beaucoup plus ordinaire, et voici le fait qu'elle indique. Cousin de Charles-Quint, il fut chargé d'accompagner à Grenade le cadavre de l'impératrice Isabelle pour qu'elle fût ensevelie avec les rois d'Espagne; et demeura tellement frappé des ravages que la mort avait exercés en peu de jours sur ce beau visage, qu'il se dit à lui-même : « Je ne veux plus servir de maîtres qui meurent! »

Saint Jean le Bon, ermite de Saint-Augustin; 23 octobre, 1249. Un lis dans une main et une tête dd mort dans l'autre annoncent les luttes qu'il soutint contre l'impureté après sa conversion, et la pensée de la mort qui était l'objet de ses méditations assidues.

Sainte Marguerite de Cortone. Cf. Chien, p. 218.

Les considérations générales mises en tète de cet article expliqueront pourquoi j'ai beaucoup réduit le nombre des saints qui passent pour avoir droit à la caractéristique dont il s'agissait ici1. Peut-être suis-je tombé dans un autre excès, en prétendant trop restreindre l'usage d'un attribut si multiplié. Mais avouons aussi que ce qui peut absolument convenir à des centaines de personnages, n'en distingue réellement à peu près aucun en particulier.

1. AA. SS. August., t. VI, p. 118, sq. Il en a été dit un mot précédemment sous lu titre Eglise, p. 339, note 7. Mais on peut encore se renseigner sur ce sujet dans un autre endroit des bullandistes, à propos de la vie du grand pape (AA. SS. Mari., t. Il, p. 125-130).

ï. Melloni, SS. (U Ihlogna, t. H, p. 3J9.

3. Cf. Theoph. HuyiKuid, Aulemurule..., et N. Urunu slijlit. (Upp, t. Vlll, p. 143, m|., et t. 1\, p. I i-n. ■i. J'avoue ne l'avoir admis que sur preuves très-décisives.

TETRAMORPHE. —TIARE.

Page 1