Plombs historiés, m' série (ttSCt), p
AVEUGLES
ses yeux avec la main qui ne soutient pas le fardeau '.
H y a en outre saint Clair de Lectoure, et un autre du Dauphiné, que le même nom a fait invoquer pour le même objet *.
Saint Léon III, pape; 12 'juin, 816. Renversé par des malfaiteurs qui s'efforcent de lui arracher les yeux et la langue. Ce fait arriva au milieu d'une procession, en 799 ; et les contemporains tinrent comme un miracle que le saint pape eût recouvré l'usage de la vue et de la parole '. L'homme de Dieu s'efforça même d'intervenir en faveur de ses ennemis lorsque Charlemagne les fit décapiter. Ce fut lui qui rétablit l'empire d'Occident en couronnant le grand Charles, et il se rendit auprès de ce prince une seconde fois vers 803. Cf. Aspersoir (p. 88).
Saint Omer, évêque. Cf. Châsse.
Saint Goéry (Goericus), évêque de Metz ; 19 septembre, vers 643. Deux yeux devant lui, ou sur un livre (nous verrons en son lieu que ce livre est un attribut épiscopal). Goéry avait été marié; mais devenu aveugle, il entreprit un pèlerinage avec ses deux filles pour obtenir sa guérison. Le succès couronna cette démarche près des reliques de saint Etienne, à Metz. Mais comme vers le même moment saint Arnould renonçait à l'évêché de cette ville, Goéry fut choisi pour le remplacer. Il vécut saintement dans son nouvel état et fonda un monastère à Épinal, où l'une de ses filles fut abbesse.
Saint Bennon, évêque de Metz; 3 août, 9Z|0. Il avait été solitaire en Suisse après avoir quitté un canonicat de Strasbourg. Élu évêque de Metz, il n'y siégea que deux années, ayant eu les yeux crevés par ses ennemis; et retourna terminer ses jours dans la solitude.
Sainte Lucie, vierge et martyre; 13 décembre, 304. Uûe multitude de peintures et d'estampes lui font porter deux yeux sur sa main ou dans un plateau. Par suite de cette invention , quelques artistes ont imaginé en outre de représenter la sainte comme aveugle ; ainsi quelques lecteurs pourront bien être venus chercher ici des renseignements sur cette apparence de martyre. Mais rien dans l'histoire de cette sainte ne fait allusion à pareil
1. Voici la prière qui se trouve au bas d'une ancienne estampe en l'honneur de ce saint, pour une confrérie de sa chapelle, rue des Bons-Enfants, à Paris ; et qui a bien l'air de ne se rapporter qu'à saint Clair de Nantes :
« O sancte Clara Deo digne,
Clemens, bone, juste, bénigne;
Signum Britouum insigne,
Rutilantiusigne;
Oculos littiiica Rentes,
Et lucis egentes
Clarifica mentes;
Exaudi digne petentes. >
D'autres prières lui demandent encore d'obtenir la dar Je de l'âme et des yeux. On trouvera bien plus de détails sur saint Clair de Nantes dans l'ouvrage consacré par M. l'abbé Richard a la Vie de la bienheureuse Françoise d'Amboise (1865), t. I, p. 301-324. D'anciennes proses rappellent le recours qu'on avait à lui pour les maux d'yeux. Ainsi, ibid., p. 309 :
« Sanctus Clams appellalur Sacris dictaminibus,
supplice. Il semble que ce soit encore ici une pratique dont toute la raison est dans un jeu de mots, de même que pour saint Clair. Comme son nom (ainsi que Lutins, Lucifer, Lucillus, Lucina, etc.) exprime l'idée de lumière, on s'est adressé à elle dans les maladies de la vue ; de là ce nom d'eau de Sainte-Luce donné à un remède qui passe pour guérir les maux d'yeux. Cependant selon d'autres, la martyre de Syracuse aurait bénéficié d'un fait qui appartient à la vie d'une autre Lucie, soit de Bologne, soit d'Alexandrie. On raconte que cette autre vierge, se voyant fréquemment suivie par un jeune homme qui affectait de l'accompagner partout dès qu'elle quittait sa maison, lui demanda enfin ce qui l'attachait si fort à ses pas. Celui-ci ayant répondu que c'était la beauté de ses yeux, la jeune fille se servit de son fuseau pour faire sortir ses yeux de leur orbite, et dit à son poursuivant qu'il pouvait les prendre et la laisser désormais en repos. On ajoute que cette générosité effrayante changea si fort le cœur du jeune homme qu'il embrassa la profession religieuse 4.
Ne pourrait-on pas aussi supposer une autre interprétation, que je donne sous toutes réserves faute de l'avoir vue proposée ailleurs? Sainte Odile dont nous allons parler incessamment , est fêtée le même jour que sainte Lucie. Et, comme l' abbesse alsacienne est invoquée pour la guérisbn des yeux parce qu'elle avait été aveugle 5, les peuples chrétiens étrangers à l'Allemagne , auxquels sainte Odile était peu connue, auront entendu dire que le 13 décembre était un jour de pèlerinage pour les personnes atteintes ou menacées d'aveuglement; or le culte de sainte Odile n'ayant guère pénétré au delà des populations germaniques, la confiance des races latines se sera portée sur la célèbre martyre qui est honorée le même jour dans le Bréviaire romain.
Sainte Odile {Otilia, Olhilia) , abbesse ; i 3 décembre, 720. Deux yeux sur un livreouvert. Elle était fille d'Ettichon duc d'Alsace; mais née aveugle, elle encourut ainsi l'antipathie de son père. Cependant ayant été baptisée par saint Érard, dit-on, elle obtint l'usage de la vue. Ettichon lui
Claritas per quem donatur Lumtne carentibus. Etc. t