‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 147 sur 1339 · BALANCES · texte numérisé non relu

BALANCES

réclame sa proie, ou même pour tricher sur la pesée s'il est possible. J'en donne un exemple emprunté au vitrail du jugement dernier dans la cathédrale de Bourges; et nous en avons publié un autre dans VÉtude IX des Vitraux de Bourges, d'après le prétendu psautier de saint Louis quia été transféré de l'Arsenal au musée des Souverains. Cette caractéristique de saint Michel était si bien passée en usage qu'elle avait fait prendre l'archange pour patron de divers petits métiers où la balance servait d'appréciation fréquente (Mercerie, etc.); mais surtout pour les balanciers, ou ajusteurs et vérificateurs

de balances. M. Arthur Forgeais, qui a publié (à propos des métiers) un plomb historié de cette dernière corporation », a bien voulu nous autoriser à le reproduire ici.

Brantôme, qu'on ne saurait qualifier de grand dévot, savait très-bien que saint Michel se représentait ainsi. C'est ce qui lui fait écrire ', à propos d'un grand personnage : « Encore qu'aucuns le disent un peu legier en créance, et gueres bon pour la ballance de M. sainct Michel, où il poise les bons chrestiens au jour du jugement, ainsi qu'on dict. »

Nos pères reconnaissaient le prince de la cour céleste à cet attribut, lors même que la pesée des âmes ne faisait point partie d'un ensemble qui aidât à le comprendre.

Voici, par exemple, une petite scène isolée, d'après un chapiteau de Sainte-Croix à Saint-Lô, qui a déjà paru dans une notice de M. Alfred Maury sur la psychoslasie 3.

Quoique je sois bien loin de partager les pensées qui dirigent habituellement l'auteur de ce petit mémoire, je cite volontiers son travail pour rendre justice à l'érudition dont il y est fait preuve. Mais l'érudition n'est pas tout; un peu de raisonnement (ou pour mieux dire de raison) ne gâterait rien, et je ne vois point pourquoi nous ne rappellerions pas ici un ancien dicton que le savant Letronne avait pris pour devise : rpa'[/u*T<x [meeïv î«r, î« xoi (toôcùvra voûv fxnv. La renommée de cet érudit-là ne s'est pas mal trouvée d'une telle direction.

A vrai dire, cette balance que tient ordinairement saint Michel, était comme l'attribut du ministère que lui reconnaît l'Église en le qualifiant d'introducteur des âmes dans le ciel. Nous en avons dit un mot à propos des Anges (p. 34) *. Le charmant tableau de Léonard de Vinci (au musée du Louvre) qui représente saint Michel pesant une âme, est tout à fait d'accord avec la tradition des arts au moyen âge. On y peut voir une allusion à divers textes de l'Écriture; comme quand Daniel dit à Balthasar : « Tu as été trouvé de poids trop faible 6, » ou lorsque l'on parle du poids déposé dans le sanctuaire en manière d'étalon légal destiné à vérifier toute pesée6. C'est aussi sans doute, un souvenir de la lutte entre saint Michel et le diable au sujet du corps de Moïse'. Mais il y aurait lieu de rechercher pourquoi le plateau occupé par une âme élue est tantôt le plus haut, tantôt le plus bas. C'est affaire à quelque monographie archéologique, qui ne saurait trouver place en un sujet aussi complexe que celui de mon livre.

Ce qui vient d'être dit est sans préjudice des motifs indiqués plus haut à propos des anges (p. 33, svv.;) et si quelqu'un prenait goût aux curiosités de ce sujet, il pourrait recourir encore à d'autres ouvrages que ceux dont il a été question précédemment 8.

Entre les mains des saints, la balance a été quelquefois placée par les artistes pour exprimer le payement ou la recette d'une somme de monnaie, comme pour constater l'exactitude du compte. En pareil cas, nous n'en parlerons point ici, parce que ce n'est pas la principale représentation d'un fait caractéristique.

Saint Maur, disciple de saint Benoît; 15 janvier, 584. On le peint quelquefois tenant une balance, et je crois qu'il faut y,xvoir une allusion au poids et à la mesure que déterminait la règle de saint Benoît pour les aliments et la boisson que chaque religieux devait avoir à son repas. L'appréciation des termes dont s'était servi le législateur

1. Plombs historiés trouvés dans la Seine (1862, t. I, p. 30).

2. Dames illustres, Catherine de Médicis. œuvres complètes, 1823, t. V, p. 25. Cf. J. Molan., Histor. SS. imaginum, libr. II, c. xxm (éd. Paquot, p. 71, sq. ).

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