BALANCES. —BALEINE
primitif a donné lieu à plus d'une controverse; et l'on comprend sans peine que, outre l'intérêt scientifique d'une discussion métrologique, des estomacs allemands ne s'accommodassent guère de la quotité fixée pour des pénitents de l'Italie méridionale. Or les Bénédictins français regardant saint Maur comme celui qui avait été envoyé par saint Benoît lui-même pour établir sa règle dans nos contrées, on aura supposé qu'il avait apporté avec lui l'étalon de la mesure destinée à fixer officiellement la forme régulière de l'abstinence.
Saint Antonin archevêque de Florence , dominicain ; 10 mai, H47. Tenant une balance qui porte d'un côté des fruits avec du pain, et de l'autre un billet.
Un paysan étant venu lui apporter des fruits en manière de cadeau, mais avec l'espoir d'être bien récompensé, le saint le congédia tout simplement par ces paroles : « Dieu vous le rende 1 » Le campagnard s'en allait faisant assez mauvaise mine, et saint Àntonin qui s'en aperçut le fit rappeler. Écrivant sous ses yeux ce qu'il venait de lui répondre, il suspendit à une balance d'un côté la corbeille de fruits et de l'autre le billet qu'il venait de tracer. Or la corbeille s'enleva bien haut par le contre-poids du billet. «Tu le vois bien, dit alors le saint évêque, je t'ai donné en retour plus que tu ne m'avais offert. » Ce donateur intéressé comprit alors seulement qu'il n'avait pas beaucoup perdu au change '.
Selon d'autres, le saint faisant voyage s'était arrêté un instant pour réparer ses forces par un peu de nourriture. Comme il s'en allait, croyant qu'un repas si frugal lui avait été donné pour l'amour de Dieu; l'hôte qui ne l'entendait pas ainsi, réclama son salaire assez brusquement. Ce serait alors, dit-on, que le saint qui avait récité ses grâces avant de quitter la table, écrivit la petite prière : « Récompensez, Seigneur, par le don de la vie éternelle, ceux qui nous font du bien *. » Puis se faisant présenter l'équivalent de ce qu'il venait de manger, il aurait opéré au moyen d'une balance la comparaison dont nous avons parlé tout à l'heure.
Sainte Claire de Montefalco , religieuse augustine ; 18 août, 1308. Tenant une balance où l'un des plateaux porte deux globules, et l'autre un seul. Après sa mort, on trouva dans la vésicule de son fiel (ou dans son cœur) trois petits globes solides. Cela fut regardé comme une trace merveilleuse de sa dévotion à la très-sainte Trinité. Ce qui parut confirmer celte opinion, c'est que l'une quelconque de ces petites sphères, placée dans le plateau d'une balance, faisait exactement contre-poids aux deux autres3. Cf. Cœur.
i. Brocchi, Santi... Fiorentini, t. 1, p. 410.
S. « Rétribuera dignare, Domine, omnibus nobis bona facientibus propter nomen tuum, vitam aiternam. Amen. » Cette formule fait partie de l'action de grâces après le repas, selon le Bréviaire romain ; et c'est ce que rappelle l'évêquo de Sarsina ( Brautiu») dans son Martyrologium potticum, a cette occasion (2 mai) :
BALEINE. Cf. Poissons.
Au risque de faire hausser les épaules aux disciples de Linné ou de Cuvier, il me faut bien accepter les données
Saint Antonin de Florence.
de l'art populaire qui ne se pique point du tout de haute zoologie. Peintres et graveurs de saints n'ont vu souvenl dans les cétacées quelconques qu'un poisson énorme,
i Hrlribual Dominas cunctit in lance rel.iii- Agricolio pomis prœvaluore nimis. •
3, AA. SS. Aug., t. III, p. 685, sq. — Brautii Martyrol. potlicum:
t Virgmis eiclusit globulos cor ponderis rqui Très, i.sli quanti ponderis unus crat. ■
BANDEROLE, CARTOUCHE
entre autres habitants de l'eau. Esturgeons, saumons ou baleines n'étaient donc qu'affaire de plus ou moins, et l'on n'allait pas copier servilement l'animal d'après nature dans quelque musée ichthyologique-, d'autant que ces sortes de collections n'existaient guère jadis.
BANDEROLE, CARTOUCHE, etc.
Il n'est personne qui n'ait rencontré quelques-unes de ces estampes populaires où les paroles se lisent sortant de la bouche des gens. L'ancienne image si connue sous le nom de Crédit est mort, etc., en est un type qu'on peut bien rappeler, tant il a été reproduit. Les graveurs connus sous le nom de petits maîtres ont souvent adopté un procédé assez semblable dans la représentation des saints : les paroles que ceux-ci disent ou qu'on leur adresse sont tracées près des lèvres de celui qui parle, ou bien elles semblent flotter dans l'air sur une petite banderole qui les contient. Que cela soit ou non de bon goût, c'est un fait dont il faut tenir compte, et qui ne nuisait pas à la clarté du sujet. Le blason a de même employé la banderole pour les devises et cris de guerre ; mais, soit mépris de cet artifice soit tout autre motif, on rencontre des représentations de saints où certains mots se lisent sans qu'on ait eu recours à ce moyen. Dans l'un et l'autre cas nous placerons, ici les saints personnages qui ont reçu cette caractéristique. Exceptons-en les prophètes, qui auront leur article à part, et les apôtres, que l'on voit souvent avec un article du symbole. Mais il en a été question précédemment. (Cf. Apôtres, p. 45-51). Du reste, que les paroles tracées soient longues ou courtes, et que pour être développées, elles aient besoin d'une sorte de ruban ou d'un véritable cartouche, ce sera ici qu'elles trouveront place. Nous n'exceptons que les sujets où l'on trouve soit un mot isolé, soit une suite de lettres formant au premier coup d'oeil une sorte d'énigme en manière de chiffre. Ceux-là seront renvoyés au titre Chiffre, que j'adopte faute de trouver mieux.
Le prophète Élie; 20 juillet. « Zelo zelatus sum pro Domino Deo exercituum. » L'Écriture sainte rapporte que ce furent les propres paroles de ce grand homme ' lorsque retiré dans le désert pour éviter la persécution de Jézabel, il entendit du ciel une voix divine qui lui demandait : « Que fais-tu là, Élie? » Et il répondit : « Le zèle pour le Dieu des armées s'est emparé de moi , etc. » Afin de rappeler ce fier langage et la rude façon dont il défendit plus d'une fois, l'honneur de Dieu , on lui met souvent à la main une épée flamboyante. L'un et l'autre attribut figurent au-dessus du blason de l'ordre des Carmes qui prétend remonter à Élie aussi bien qu'au mont Carmel (Cf. Armoiries, p. 83). En outre, le prophète est fréquem-
i. 1U Reg. xix, 10, 14.
2. Ce semble être une manière de rappeler le costume et l'aspect <|uasi sauvage du prophète. Cf. IV Rcg. i, 8.