‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 15 sur 1339 · AIGLE · texte numérisé non relu

AIGLE

Le prophète Elisée. On a imaginé, mais heureusement cela n'a guère prescrit, de placer au-dessus de sa tête ou sur son épaule un aigle à deux têtes. C'est une allusion bizarre à ce qui se lit de lui dans le IVe livre des Rois ( 11, 9) : « Élie dit à Elisée : Demande ce que tu veux de moi avant que je te sois enlevé. Elisée répondit: Je vous prie que votre double esprit repose en moi, etc. »

Si l'on veut bien m'en croire, ce symbolisme alambiqué réunira encore moins de prosélytes dans l'avenir qu'il n'en a fait par le passé.

Saint Jean l'Évangéliste. Nous expliquerons son symbole à l'occasion des quatre Ëvangèlistes ; et comme cet attribut a été communiqué par certains artistes à saint Augustin

î à saint Grégoire le Grand, nous en. donnerons la raison dans le même article, ainsi qu'à propos des Docteurs de l'Église latine. L'aigle de saint Jean l'Évangéliste, vers la fin du moyen âge, tient souvent dans son bec une écritoire portative ou étui à plumes; comme pour rappeler qu'il caractérise un de ceux qui ont transcrit les paroles de Notre-Seigneur.

Saint Adalbert, bénédictin , évêque de Prague (nommé

par les Slaves : Woyticch ou Woyciech) ; 23 avril, 997. Martyrisé par les Pruczes, auxquels il annonçaitla foi. Son cadavre, dont la tête et les bras avaient été coupés, fut défendu par un aigle contre les animaux carnassiers, jusqu'à ce que des fidèles lui eussent donné la sépulture '. Cf. Lance, Massue, etc.

Saint Agri (Agericus), évêque de Verdun; 1er déc. , v. 590. Un enfant trouvé par un aigle dans de hautes herbes. Je signale cette représentation donnée par Callot dans ses Images des saints, parce que, Lorrain et généralement bien informé, il a dû obéir à la tradition du pays. Mais le sens de sa gravure m'échappe complètement.

Saint Servais , évêque de Maestricht ou plutôt de Tongres; 13 mai, v. 384. Sa légende dit que revenant de Rome, il tomba entre les mains des Huns qui avaient envahi la contrée; et que ces barbares apprirent à le respecter en voyant que durant son sommeil dans la campagne un aigle planait au-dessus de lui pour le tenir à l'ombre s. Cf. Ange, Clef, Source, Tombeau, etc.

La même chose est racontée de l'empereur Marcien lorsque, simple officier dans l'armée byzantine commandée par Aspar, il devint prisonnier de Genséric après la bataille qui livra l'Afrique romaine presque entière aux Vandales. On ajoute que Marcien dut sa liberté au pronostic que le roi barbare tira de cette particularité qui avait attiré ses regards. A vrai dire, c'était un service beaucoup plus utile sous le soleil africain que sous celui de Belgique. Mais il n'y aurait d'ailleurs rien de trèssurprenant à ce que le Ciel eût protégé par un miracle la vie et l'indépendance de ce militaire qui devint plus lard si utile à l'empire d'Orient, et que l'Église grecque honore à bon droit avec sainte Pulchérie qui le fit monter sur le trône.

Saint Médard, évêque de Noyon; 8 juin, 545. Même légende que pour saint Bertulf ci-après 3, p. 25.

Saint Aibert, ermite, puis moine à Crépin en Hainaut; 7 avril, 1140. Un aigle lui apporte l'habit de bénédictin*. Cf. Puits.

Saint Thierry (Thcodoricus), disciple de saint Rémi, abbé près de Reims; 1er juillet, v. 533. Un aigle lui désigne l'emplacement du monastère qu'il devait fonder *.

1. Cf. Bagatta, Admiranda orbis christiani, 1. 1, libr. vu, cap.n, SI.

2. Breviar. ecclesie S. Servatii Trajcct. (Cologne, 1503, in-16), ad laudes (Wymnum solemni voce perionemtu) :

« Ab Armem'a Chriatus hune direiit Tongris, orantem angélus ereiit ; Et ab altari virgam paatoralem 1 11 i porrexil.

• Hoc miraculo prmul consecratur, (lavis a l'etro Rome sibi dalur; Bt inler Huanos signorum gloria Maguificalur.

■ Hic obumbratur aolis in ardore Alii aquilœ, depreasus topore Bt illuslratur ligatui ab Hunnia Ca-li iplendore. *

Il n'est pas inutile de faire observer que le mot Arménie, au

moyen age, comprend quelquefois l'Anatolie et môme une partie do la Syrie. Quant à Tongris, on le trouve fréquemment employé en manière de mot indéclinable, comme Parisius. Pour ci; qui est du rhytlimc, je le prends comme je le trouve; on y peut reconnaître l'intention de scander en strophes sapliiques, mais l'accent même est fort mal soutenu.

3. On raconte de saint Médard bien d'autres miracles (Cf. Ven. Fortunat., Vit. S. Medardi); mais tous n'ont pas été adoptés dans l'art populaire. Nous ne donnerons qui; les plus célèbres, les autres ne sont guère représentés que lorsque l'on consacre plusieurs scènes à la vie du saint ; comme, par exemple, dans une verrière destinée à développer presque toute sa légende. La cathédrale d'Amiens a conservé un ancien vitrail de ce genre sur ce grand évêque cher aux Picards.

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