‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 265 sur 1339 · Bagatta, Admiranda orbis, t. 1, libr. Il, cap. iv · texte numérisé non relu

Bagatta, Admiranda orbis, t. 1, libr. Il, cap. iv

tant aux funérailles d'un docteur qui se dresse sur son séant pour annoncer qu'il est condamné à l'enfer.

Lesueur a rendu célèbre ce trait de la légende sur lequel on n'a pas laissé de disputer. Mais quand les chartreux de Vauvert à Paris indiquaient ou admettaient cette histoire dans leur cloître, sous le règne de Louis XIV, il est clair qu'ils la tenaient encore comme suffisamment grave. Cf. Calice, p. 172.

CERF, BICHE, D A I M , c« autres rum inants à cornes osseuses caduques.

On sait que le cerf, dans la symbolique chrétienne, a reçu un rôle privilégié. Le psaume xli compare à cet animal le fidèle qui soupire après la possession de Dieu, et l'Église adopta de bonne heure ce passage de l'Écriture sainte, comme particulièrement approprié à la bénédiction des fonts baptismaux. Les vieux Bestiaires mettaient en quelque sorte le cerf à la tête des animaux considérés comme purs, sans doute à cause de la guerre qu'il fait aux serpents4; aussi une peinture murale du moyen âge, conservée à Metz, montre le cerf portant le calice dans une espèce de procession d'animaux. 11 est au moins probable que ces idées, fort anciennes dans l'Église, n'auront pas été sans influence sur plusieurs légendes de saints où le cerf occupe un rang considérable, et que l'on y a traduit en faits ce qui pour les peintres n'avait été d'abord que l'expression d'une idée. Mais nous avons principalement à recueillir les récits, sans nous préoccuper des interprétations plus qu'il ne faut ; car là aussi se rencontre le danger de mal entendre l'intention primitive. Cependant, à voir tant de récits dont l'aspect général est presque le même et dont plusieurs se ressemblent tout à fait par leurs moindres circonstances, on a peine à se défendre de conclure que leur point de départ aura été bien des fois un symbole. Je veux dire que la représentation du cerf (ou de ses congénères) près de plusieurs saints, a pu avoir primitivement un sens historique, mais non pas toujours celui qu'on a voulu lui attribuer plus tard en recourant à une interprétation trop matérielle. Ne s'y proposait-on pas peut-être d'abord d'exprimer, soit l'abandon et la solitude d'hommes isolés volontairement dans la profondeur des forêts, soit les saints désirs des ermites qui ne voulaient plus songer qu'aux choses du ciel et lutter contre les mauvaises tendances de la nature déchue?

Saint Aoust (Aygulfus, Ayulfus), archevêque de Bourges-, 22 mai, v. 840. Une biche près de lui. 11 s'était retiré dès sa jeunesse dans le désert, et l'éclat de ses vertus avait attiré sur lui l'attention du peuple. Aussi futil élu pour succéder à l'évêque de Bourges qui venait de

4. Plusieurs missionnaires l'ont observée dans les deux Amériques. Cf. Dobrizhofler, De Abiponibus, t. I, p. 309. — Mélanges d'archéologie, d'histoire, etc., t. 111 ( Bestiaires ), p. 270.

CERF, BICHE, DAIM

mourir. L'envoyé qui lui apportait cette nouvelle arriva exténué de fatigue dans le bois où s'était retiré le saint homme. Celui-ci n'ayant rien qui pût dédommager de sa course le messager qu'on lui dépêchait, voulut du moins lui offrir quelque rafraîchissement. 11 fit donc signe à une biche qui passait près de là, et qui se laissa traire '.

Mais on ne dit pas cependant, comme des légendaires modernes, que la biche était habituellement à sa disposition.

Saiptt Fbuctueux, évÊque de Brague; 16 avril, 665. Une daine qu'il avait sauvée des chiens et des chasseurs le suivit , dit-on , familièrement; et un jeune homme qui fit tuer la pauvre bête s'en trouva fort mal. Saisi de fièvre, il n'y put remédier qu'en venant avouer son méfait au saint homme2.

Saint Baudemn (Brandolin, Baudolenus ) , évêque d'Alexandrie dans le Milanais, dit-on (Cf. Oie). On prétend qu'une biche le nourrit pendant qu'il vivait loin des hommes3. Je dis ailleurs que la légende de ce saint ne semble pas avoir un grand caractère d'authenticité; pour moi qui ne suis nullement veneur, en outre, me serait-il permis de hasarder (sous toutes réserves) une conjecture à valoir autant que de raison? Le cerf, ou la biche, pourraient bien être en plusieurs cas l'indication de l'époque où la chasse de cet animal est ouverte, comme on parle aujourd'hui *.

Saint Rjeul évêque, apôtre de Senlis (Cf. Ane, p. 31). L'ancienne vie du saint raconte que, le jour de sa fête, les cerfs, biches et daims avec leurs faons se mêlaient au concours populaire pour venir se prosterner devant son tombeau 5. Ne serait-ce pas le résultat d'une ancienne peinture allégorique qui aurait retracé comme hiéroglyphiquement la conversion du pays (SUvanectenses ) , ou le désir du baptême inspiré aux peuples de la contrée par la prédication de saint Rieul?

Saint Leu, évêque de Sens (Cf. Calice, p. 172). Nous avons déjà dit que la biche qu'on lui prête est probablement

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