‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 27 sur 1339 · AMANDE. — ANCRE · texte numérisé non relu

AMANDE. — ANCRE

ne constatent guère de pensées ou de coutumes propres au christianisme. Car il ne faut pas chercher grand mystère dans les œufs de Pâques, par exemple, qui s'expliquent trop facilement par l'ancienne prohibition de l'usage des œufs durant le carême. On aura fêté le retour de cet aliment après la semaine sainte, comme on avait célébré par des bombances l'adieu à la viande {carnes voleté, carnevale, carnaval) avant le mercredi des cendres. Aussi me garderai-je d'y sonder de plus grandes profondeurs que dans la foire aux jambons, qui coïncide à Paris avec les œufs colorés. Cela soit dit au moins pour notre Occident latin; car il en a été fait çà et là un mélange abusjf avec l'Asie ancienne ou moderne, par des savants qui ne me font point partager leurs convictions. Quelques-uns ont voulu voir dans l'auréole aiguisée aux deux extrémités de son grand axe (sorte de boutonnière elliptique, si l'on veut me permettre ce mot familier) la silhouette approximative d'un poisson. Tout en ne me rendant pas à ce que plusieurs trouvent de lumineux dans un tel aperçu, je ne refuse point d'apporter à cette théorie le secours quelconque de deux monuments pris dans l'antiquité chrétienne *. Là-dessus on pourra se donner carrière à l'aise en répétant les citations qui établissent que le poisson était, dans les premiers siècles de l'Église, accepté comme symbole de Jésus-Christ et du chrétien baptisé en son nom. Ces textes sont maintenant trop connus pour qu'il puisse y avoir satisfaction d'amour-propre à les redire i. Quant à la conséquence qu'on en voudrait tirer dans le cas présent, il faudra d'abord prouver que le moyen âge a beaucoup tenu compte de ce symbolisme primitif. Or on établirait bien plus aisément qu'il l'avait à peu près perdu de vue. Ne dissimulons pas cependant qu'une espèce d'auréole en amande étranglée a été nommée vessie de poisson par nombre d'antiquaires. Seulement ces antiquaires sont modernes, et n'ont pas (que je sache) montré l'ancienneté de ce terme dans l'art chrétien. Leur vesica piscis n'aurait-elle pas pour vrai point de départ une amande renflée disgracieusement près des épaules ou des hanches et des genoux écartés du personnage qu'elle enserrait, afin d'épouser en quelque façon les formes du type central ?

Page 1