‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 360 sur 1339 · CLOU · texte numérisé non relu

CLOU

Saint Alexandre Ier, pape et martyr; 3 mai, v. 117. On le trouve représenté avec des clous, poinçons ou alênes, enfoncés dans la poitrine ou dans les membres. Ses Actes disent : « Punctis creberrimis per tota membra peremptus » (AA. SS. Maii, t. I, p. 367-370). De quels instruments s'agit-il? C'est ce que les anciennes informations ne nous mettent pas en état de résoudre. Mais il ne faudrait pas dire, avec Alban Butler, que l'antiquité ne nous donne aucun détail à son sujet.

Saint Sévère, évêque de Barcelone; 6 novembre, sous Dioclétien. Un gros clou enfoncé au sommet du crâne. Ce fut ainsi qu'il consomma son martyre3; cependant on le trouve quelquefois représenté portant trois clous dans sa main, quoique ce ne soit pas conforme à ses Actes, que je viens d'indiquer. Il y a toutefois des traditions populaires qui veulent que Je saint ait eu la tête percée de plusieurs clous*. Selon les uns, ce serait trois; d'autres prétendent que c'est six, neuf ou même dix-huit. Je soupçonne que cette multiplication est le résultat de l'hymne mal entendue ; en conséquence de quoi l'on aura imaginé que les bourreaux lui avaient entouré la tête d'une espèce de tonsure en clous fichés dans son crâne.

Nous avons vu ailleurs (Cf. Champ, p. 194, note) une circonstance singulière de cette légende à laquelle plusieurs Espagnols tiennent beaucoup, puisqu'ils prétendent conserver encore des fèves de la récolte qui leva si promptement '.

Saint Pacien (Pactanus) , évêque de Barcelone; 9 mars, 390. Des notes prises depuis longtemps sans que je puisse maintenant remonter à leur origine, me donnent lieu de croire que je l'ai vu tenant un clou. Dire à quel fait de sa vie cet attribut peut se rapporter, c'est en quoi je réussis encore moins 6.

Saint Léger évêque d'Autun, martyr (Cf. Aveugles, p. 104). On l'a quelquefois peint avec des clous enfoncés dans les membres; mais ce ne semble être qu'une interprétation maladroite du langage de son biographe, qui dit qu'on le fit marcher pieds nus sur des pierres aiguës comme des clous7.

Saint Othon, évêque de Bamberg et apôtre de la Poméranie; 2 juillet, 1139. Faisant forger en clous des fers de flèches et de carreaux qu'on lui avait apportés. C'est un fait raconté par ses biographes8, et qui répond bien à la charité que le saint évêque montra toujours envers les païens du voisinage. Un armurier lui avait apporté quantité de traits dont il voulait approvisionner les constructions élevées par l' évêque. « J'aurai soin, dit l'homme de Dieu, que cela ne serve pas à tuer des hommes. » Làdessus, il envoya le tout à ses moines pour qu'on en fît des clous destinés à la toiture de l'église.

Saint Othon de Bamberg est invoqué contre la morsure des chiens enragés, et l'on bénit en son nom du vin contre ce péril ».

Saint Pantaléon médecin, martyr (Cf. Arbre, p. 66). Les deux mains clouées sur la tête. On ne voit pas que les écrivains grecs lui attribuent ce supplice, qui peut absolument être compris sous les diverses peines par les-' quelles on nous dit vaguement qu'il fut éprouvé10; mais l'Occident latin, surtout en Allemagne, le lui donne fréquemment pour caractéristique. Quel est, de saint Pantaléon ou de saint Sévère (ci-dessus), celui que les artistes ont confondu avec l'autre, quand l'évêque de Barcelone a été peint çà et là les deux mains traversées par le clou qui perce son crâne? Je n'en sais vraiment rien.

t. AA. SS. Januar., t. II, p. 085.

2. Saints de la Bretagne, etc., p. 676, sv. M. le vicomte de la Villemarqué a signalé quelques-unes de ces clochettes merveilleuses dans les Nouveaux Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. XXTV, seconde partie (Cloche de Stival).

3. Espafta sagrada, t. XXIX, p. 370.— 4. Ibid., p. 55 ; Hymnus :

« Jesu decus illibatum Confractis cervicibus. Fuigens in martyribus, Clavis tribus perforari

Quem sequendo immolatum Elogisti aspere,

Severus pro viribus, Hune et clavo cruentdri

Tulit mortis crue iatum Voluisti libère. >

D'autres écrivent (ibid., p. 70) :

• Hic sez tribus coronari, etc. > 5. Ibid., p. 69;

6. Cependant, grâce aux inventions qui ont si fort exalté en Espagne le faux chroniqueur Dexter, voici ce qui se pourrait imaginer. On sait que Pacien avait un fils du nom de Dexter, et l'on a prétendu le confondre avec son homonyme qui parait avoir été préfet du prétoire sous Théodose. L'érudition incongrue qu'entasse Tamayo à ce sujet (9 mart.), aura donné lieu de mettre un poignard ou un stylet dans la main droite de l'évêque, pour faire deviner qu'il avait eu un fils écrivain ou même grand officier de l'empire; et ce singulier attribut a pu facilement prendre la figure d'un clou sous la main de graveurs peu attentifs.

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