LA HIERARCHIE CELESTE
ANGES
Tels on les voit dans ce groupe (p. 32) copié sur le livre de prières exécuté par un artiste évidemment grec (Basilius) pour Mélisende , princesse de Jérusalem au xn* siècle, remprunterai encore quelque autre miniature à ce manuscrit, qui est maintenant au British Muséum.
La bandelette dont les peintres grecs entouraient souvent la chevelure des anges reparaît chez nous vers le xv" siècle ; et alors elle est ordinairement surmontée d'une petite croix au sommet du front. Dans l'Occident, nous n'avons pas gardé longtemps les attributs divers qui, caractérisaient chaque hiérarchie ou chœur des anges : Chérubins, Trônes, etc.
Cependant, lorsque l'on veut peindre les séraphins, on leur donne toujours six ailes conformément à la vision d'Isaïe l. Toute autre explication dépasserait les bornes que nous nous sommes imposées. Nous ne parlerons guère non plus de certains anges généralement considérés comme apocryphes; quoique sept archanges, dont quatre ne sont pas nommés dans l'Écriture sainte, aient un culte autorisé dans quelques églises.
La planche mise en regard de cette page retrace un petit tableau russe rapporté de Sébastopol par un de nos soldats , et qui a déjà été publié par la Revue archéologique (1857, sous le titre pi. 311); aussi j'ai conservé les chiffres introduits alors pour l'expliquer. On y voit quatre archanges apocryphes, c'est-à-dire dont la réalité ne repose sur aucun texte authentique :Salathiel (au sommet), Barachiel (n° 5), Égoudiel (n° 8), Ouriel (n° 9) ou Uriel *, outre les trois archanges canoniques : Michaël, Gabriel, Raphaël '. Sous les pieds de la Sainte Trinité sont peintes quatre roues enclavées l'une dans l'autre, deux à deux, et garnies chacune d'yeux et de plusieurs ailes. Ces roues, parfois accompagnées de flammes dans d'autres peintures, sont un souvenir de la vision d'Ézéchiel4 lorsqu'il aperçut le char mystérieux qui portait le Seigneur ; « Je vis une roue qui avait quatre faces... tout était couvert d'yeux à l'entour... J'entendais le bruit des ailes... et j'aperçus comme une flamme tout autour. » Ainsi c'est là comme le trône qui porte la Majesté divine, et qui se complète par les quatre animaux symboliques des Évangélistes placés aux quatre angles de l'auréole où siège la Très- Sainte Trinité.
Dans plusieurs peintures latines antérieures au xme siècle, les yeux semés sur les six ailes de certains
anges indiquent communément les chérubins 5. Ici cette caractéristique est réservée aux trônes (roues ocellées pourvues d'ailes). On ne la voit sur aucun des cinq chérubins qui semblent composer le siège des personnes divines (n° 12). Quant aux séraphins qui planent sur un fond étoile autour du cercle central, i|s ont tous l'air de n'avoir qu'une tête et quatre ailes (n° 10). Les simples anges se groupent au sommet en légion profonde derrière Salathiel, et deux seulement portent un sceptre (au lieu de la baguette tréflée) avec un disque. Le titre général du tableau, en russe, signifie à peu près Image de celui qui est monté aux deux; et pourtant le cartouche d'en bas s'adresse à l'auguste Trinité tout entière.
Aux quatre angles du quadrilatère (ou étoile à quatre rais) qui déborde la composition principale, on reconnaîtra sans peine les symboles évangéliques dont nous aurons à parler plus tard. Cf. Évangélistes.
La Mère de Dieu près de Notre-Seigneur, et saint Jean- Baptiste vis-à-vis d'elle, ne sont pas des sujets malaisés à comprendre ou qui puissent avancer en rien la matière de cet article. On en dirait tout autant des divers textes slaves souvent altérés par le crayon ou le burin. Cependant le soleil et la lune (avec quelques étoiles) au-dessus du monde terrestre sont accompagnés de ce verset du Psaume (lxiii,16) : « A Toi est le jour, à Toi aussi la nuit; c'est Toi qui as fait l'aurore et le soleil. » On s'en aidera si l'on veut pour déterminer la pensée qui dirigeait les artistes d'autrefois quand ils peignent Notre- Seigneur entre les deux astres, c'est-à-dire comme maître du monde. Mais tout ne serait pas dit sur ce point avec une solution si élémentaire, pour acceptable qu'elle puisse être parfois; etce n'est pas d'ailleurs notre affaire actuelle.
Les sept grands archanges, tant canoniques qu'apocryphes, paraissent presque tous ici avec les attributs indiqués par le Grand mènologe russe de Moscou, dans ses additions au 26 mars (Archanges réunis); quoique saint Gabriel, avec son miroir de jaspe sanguin, ne porte pas la lanterne garnie d'une bougie allumée, comme y tiendrait la collection légendaire des Moscovites 6. Au fond je n'ai pas besoin de renseigner les artistes sur des figures qui ne sont à peu près que tolérées dans l'Église catholique (et même pour certaines contrées où l'on a prouvé leur culte immémorial, importé d'Orient à ce qu'il semble).