COR DE CHASSE, OU TROMPE DE CHASSEUR
Saint Corneille, pape et martyr (Cf. Bœuf, p. 137 ; etc.). Un cor de chasse (ou corne à boire) dans la main.
Il est honoré comme patron des bêtes à cornes1, ce qui fait qu'on le représente parfois étendant la main sur une vache ou un bœuf, et qu'en beaucoup d'endroits on faisait défiler les bœufs devant sa statue le jour de sa fête. Il n'y a donc pas lieu de chercher dans son symbole aucune intention bien mystique , et son cor ne doit être qu'une corne à corner, comme nous en voyons ailleurs entre les mains des vachers ou sur plusieurs chemins de fer. L'on sait que les trompes de bataille des petits cantons suisses avaient une terrible célébrité sous les noms du taureau, d'Uri et de la vache d'Underwald. Voyons donc tout bonnement dans ce cor (cornu) un rébus qui rappelle à la fois le nom du saint et les intérêts qu'on lui confie.
Saint Hubert (Cf. Cerf, p, 183; Chien, p. 215). Ce que nous avons dit déjà de ce saint évêque, et ce que tout le monde en sait plus ou moins, à cause de la dévotion (si dévotion il y a) des chasseurs pour saint Hubert, fera comprendre que la trompe de chasse lui ait été attribuée. Aussi la lui donne-t-on souvent, non-seulement quand on le peint en chasseur, mais lors même qu'on lui donne le costume d' évêque ; car on fait toucher à ses reliques des cors de chasse et des petits cors de fer ou de plomb bénits qui servent soit à préserver de la rage, soit comme mémorial de la visite faite à sa chapelle.
Saint Eustache (Cf. Cerf, p. 184). La trompe ne manque guère de figurer dans son équipage de chasseur, étant l'indication abrégée de la vénerie.
Roland le Paladin, l'un des guerriers de Charlemagne, tué à Roncevaux en 778. Quoique la canonisation de ce héros quelque peu légendaire n'ait jamais eu lieu, il figure dans la statuaire de plusieurs cathédrales; et l'on n'a guère manqué de le caractériser par son cor d'olifant, à cause du récit de Turpin».
Le cor figure même dans certaines légendes comme ayant servi à des missionnaires en guise de cloche pour rassembler les chrétiens qu'ils évangélisaient 3.
CORREAU, CORNEILLE, ETC.
Les qualités bonnes et mauvaises de cet oiseau , dont les espèces sont nombreuses, l'ont fait entrer dans mainte.
Cf. Revue des Deux Mondes, septembre, 1858, p. 80, sv.
2 Cf De Vita Caroli M. et Rolmdi, éd. S. Ciampi, cap. xxmxxix (Florent!», 1822, p. 64-82 ).-Reiffenberg, Chronique de Phil. Mouskes t. 1, p. 629-632. Mouskes lui-même se garde bien d'oublier la hatailîe de' Roncevaux et l'histoire du cor de Roland; il est plutôt d'une prolixité désespérante à cet égard (vers 6832-8522; p. 271-335). Roland et Olivier ont trouvé place dans le Catalogus SS. de P. de Natalibus (libr. V, cap. cxxi) ; et son épitaphe dans la Chronique de Turpin (p. 73) se termine par ces deux vers qui expliquent son culte : « Pro tantis mentis, hune ad cœlestia vectum Non premit urna rogi, sed tenet aula Dei. ■
3. Cf. Nieremberg, De miraculosis, libr. H, cap. xx (cornu sancti Patritii).
CORBEAU, CORNEILLE
histoire populaire de l'antiquité. La corneille chez les anciens, quoique de mauvais augure ordinairement, était considérée néanmoins comme d'heureux présage pour les noces et comme symbole de fidélité conjugale '. L'affection du corbeau pour ses petits , ou le soin que la Providence prend d'eux, est mentionnée dans l'Écriture plus d'une fois*. Ajoutons que plusieurs oiseaux de cet ordre s'apprivoisent sans trop de peine, et ont la manie de rassembler des objets dont ils font quelquefois provision, sans qu'on puisse bien se rendre compte de l'attrait qui les y pousse. Avec ces diverses singularités, le corbeau, la corneille, la pie, etc., prêtaient donc beaucoup à l'imagination populaire; et pour peu qu'ils aient figuré dans quelques faits réels, le nombre de ces interventions a bien pu être augmenté. Le corbeau nourrissant des ermites rappelle le généreux abandon de ces hommes qui se jetèrent aveuglément entre les bras de Dieu, cherchant la solitude, sans s'occuper des ressources qui pourraient leur manquer pour la subsistance quotidienne, et songeant exclusivement au pain de l'àme.
Le corbeau de Noé3 se voit dans les monuments qui rappellent l'arche et le déluge; mais son rôle y est bien inférieur à celui de la colombe (Cf. Coffre, Barque, p. 123, 235-237).
Le prophète Élie nourri par des corbeaux qui lui apportent chaque jour à manger près du torrent de Carith où il s'était réfugié par ordre de Dieu*, après avoir menacé Achab de la sécheresse.
Saint Érasme, évoque et martyr; 2 juin, v. 303. (Cf. Saints auxiliaires, p. 102). Sa légende, plus ornée que bien avérée dans maint détail, veut qu'il se soit retiré sur le Liban après avoir renoncé à l'épiscopat; et que dans cette solitude, il ait été nourri par un corbeau qui lui apportait du pain. Cf. Treuil, etc.
Saint Arnould, évêque de Soissons (Cf. Armes, Armure, p. 73). 11 fait emporter par un corbeau un poisson qui venait de lui être servi et qui était empoisonné*. Le saint était alors dans une cellule isolée où il vivait en ermite après avoir abdiqué le gouvernement de son abbaye; et ne devint évêque que plus tard.
Saint Apollinaire de Ravenne, évêque et martyr; 23 juillet, v. 75. Je ne sais quelle place aura reçue dans l'art un récit dont la saveur est toute germanique, si je ne me trompe fort. Tous les ans, le jour de la fête du saint, des nuées de corbeaux venaient si exactement à cet anniversaire, dit-on, que les gens de Ravenne leur abandonnaient régulièrement un cheval pour les défrayer6 dans ce touchant pèlerinage.
1. Cf. Ucerd», M Vïrpii., Eclog. IX, v. 15. — Ang. Politian., Hiicell., cap. lxvii.