‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 403 sur 1339 · Menolog. grœc, t. II, p · texte numérisé non relu

Menolog. grœc, t. II, p

7. Une hymne (Solemne festum gentibus) pour sa fête, dans les Of/lcia SS. patronorum civitatis Regii (1567, in-4", p. 57, etc.), dit

de lui :

i Qui vicit in scientiis Sibi coeevos, pomulis Tyri, Deo deserviens, Solisque vixit berbulis.

Draco fugit, celât putram,

Corvusque luco nutriit;

Tribusque vitam mortuis

Deus per illum prsebuit. * Cf. AA. SS. Septembr., t. IV, p. 116.

8. Calendar. benedict., 14 sept.— AA. SS., Septembr., t. IV,p. 103.

CORBEAU, CORNEILLE

rive la fête du saint; et durant tout ce temps-là, ils ne font que voleter, croasser et s'entre-battre sans manger1.

Saint Oswald, roi ^Cf. Colombe, p. 242; Anneau). Un corbeau familier lui servit, dit-on, de messager pour obtenir la conversion et la main d'une princesse païenne. Aussi les vieux passionaux à gravures sur bois lui donnent pour attribut un corbeau portant une lettre ou un anneau dans son bec. 11 est bien certain que les plus anciens auteurs, comme Bède par exemple, ne disent pas un mot qui ressemble à cette singularité. Mais n'y aurait-il pas là-dessous quelqu'une de ces figures de rhétorique populaires* qui sont d'autant plus difficiles à expliquer après plusieurs siècles , qu'elles ont pris naissance dans un instinct national dont nous ne pouvons plus juger lorsque s'est éteinte la civilisation qui l'avait produite? La réputation de finesse qu'a le, corbeau quand il s'agit d'éventer les pièges (n'en déplaise à La Fontaine) et l'expérience que doit lui donner sa longue vie, l'auront fait décorer de prérogatives qui jouèrent un rôle dans les contes primitifs où nous ne voyons plus que des enfantillages , mais qui jadis étaient de la poésie. Du reste, la vie de saint Aïdan est entremêlée à l'histoire du règne de saint Oswald 3, et je ne sais où j'ai vu que le nom de saint Aïdan signifie corbeau dans l'un des dialectes gaéliques ou cambriens, mais les idiomes celtiques ne sont pas de ma compétence*. Déplus, l'évêque missionnaire venait du monastère célèbre de saint Columba (Co)mkill), qui était pour les Scots ce qu'est aujourd'hui Etchmiadzin pour les Arméniens séparés de Rome : le centre de l'enseignement religieux et le couronnement de la hiérarchie. Mais malgré la sainteté des moines de Hii, leur infatuation des coutumes hibernoises répandit plusieurs erreurs parmi leurs néophytes'. Lors donc qu'il fallut détromper les Northumbres, et déprécier un peu leurs apôtres, la colombe (de saint Columba) aura été métamorphosée en corbeau bon encore à quelque chose, mais sauf certain rabais. Ajoutons aussi, par surabondance, diverses prédictions de saint Aïdan* qui ont pu faire penser aux présages dont on gratifiait généralement le corbeau.

Voilà certes assez d'explications sur un seul point, peut-être même trop; il en restera sans doute de quoi contenter diverses gens, chacun selon son goût.

Saint Meinrad ou Meinhard; 21 janvier, 863. Il vivait en solitaire dans l'endroit où s'est élevée depuis l'abbaye

d'Einsiedeln ( Notre-Dame-des-Ermites) ; et des voleurs l'assommèrent, comptant trouver des trésors dans sa cellule. Deux corbeaux que le saint nourrissait, s'attachèrent à la poursuite des meurtriers et les firent reconnaître 7. Le monastère de Notre-Dame-des-Ermites a placé ces deux oiseaux dans son blason; et les armoiries ecclésiastiques prêteraient souvent à des recherches intéressantes que j'ai dû m'interdire habituellement.

Saint Expeditls, martyr à Mélitène (ou Mélitine) en Cappadoce; 19 avril, époque mal déterminée. Il mourut avec saint Hermogène et divers autres, mais son nom l'a fait choisir en Allemagne pour patron contre les affaires et les résolutions qui menacent de traîner en longueur. En conséquence, quelques artistes allemands le représentent écrasant du pied un corbeau ; parce que plusieurs Pères latins semblent prendre cet oiseau comme emblème des ajournements interminables (procraslinatio) à raison de son cri qui semble dire crus! cras! (à demain). C'est ce qui faisait dire à saint Bernard (après saint Augustin): (c Demain (cras .'), cri du corbeau ; aujourd'hui, chant de colombe; » ou plus clairement: l'âme fidèle se décide sans délai sous l'inspiration du Saint-Esprit, et le cœur flottant au gré du démon ajourne tout bon propos. Bref, saint Expedi tus est invoqué dans l'Allemagne méridionale pour la prompte expédition des affaires.

Saint Maurice cistercien, abbé de Carnoet; 30 septembre,11 85. A Loudéac, dans le diocèse de Saint-Brieuc, une rumeur populaire lui prête le miracle suivant. Comme sa mère voulait l'empêcher d'aller à l'école, afin de lui faire garder ses champs contre les pillages exercés par les corbeaux, l'écolier, dit-on, pour satisfaire à ses deux tâches contradictoires, enfermait tous ces oiseaux voraces dans une grange, tandis qu'il allait prendre les leçons de son maître. Ainsi, sauvant, comme on parle, la chèvre et le chou, il réussissait à répondre aux intentions de sa mère, tout en contentant sa propre ardeur pour l'étude.

Ce semble n'être que le travestissement d'un récit dû au biographe de notre saint*. Son abbaye étant infestée par les rats, des corbeaux se chargèrent d'exterminer ces rongeurs qui dévoraient jusqu'aux chaussures de la communauté.

Sainte Ida de Toggenbourg (Cf. Cerf). On place souvent près d'elle le corbeau qui emporte la bague nuptiale dans

i. Nlercmberg, De miraculosis, lib. H. cap. lxxii, et Iib. I, cap. m.

S. Le corbeau, comme désignant l'étendard des pirates danois, aurait-il été mêlé plus tard aux querelles entre les Northumbres, les Déiriens et les Mercicns, par où commença l'exil d'Oswald et se termina sa vie? Une postérité mal informée aura tout mis sur le compte des envahisseurs évincés pour décharger d'autant ses ancêtres anglosaxons. Puis le corbeau celtique, qui était censé conserver l'Ame d'Arthur jusqu'au retour de la fortune pour les aborigènes, indiquerait-il la part des Celtes, soit dans la discorde, soit dans la conversion des populations northumbriennes? Cf. Don Quixote, éd. Bossange (1814, in-16), t. II, p. 170.

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