Garrucci, Vetri, tav. IV, p
COURONNE
temporains. Même dans ce sens, il peut être utile de faire observer que jadis les rois ne s'attribuaient pas
Charlomagna.
la couronne fermée qu'ils prennent généralement aujourd'hui. On les trouvera donc la plupart du temps carac-
1. Cette attribution ne repose que sur des an-dit. et les connaisseurs n'y souscrivent point. On en voit une tout autre espèce dans le buste de saint Henri publié par les ISollandisles (AA. SS. Jul., t. III, p. VU). Cf. Ibid., p. 718.
2. Cf. Assemani, Biblioth. orientait!, t. I, p. 3.f>0, s<(. — Joann. Malal., Justininn. (Venet., p. I;0, sq.) — Vivien de Saint-Martin, le A'ord de l'Afrique, p. M 4-830.
térisés par une simple couronne à fleurons, et la reine du ciel elle-même n'en porte communément pas d'autre au moyen âge. Le diadème de Charlemagne (dans la colonne voisine) n'y fait pas exception, puisqu'il le portait à titre d'empereur. Sans vouloir donner une copie minutieusement exacle de la couronne qui passe pour lui avoir servi', nous en reproduisons la forme générale.
Le moyen âge, même germanique, n'y cherche pas ordinairement tant de fidélité à la tradition des insignes impériaux (Klenodia impevii) ; pour le fondateur d'Aix-la- Chapelle, comme pour les autres empereurs, il n'emploie le plus souvent que la couronne royale des modernes, c'est-à-dire cintrée de plusieurs diadèmes qui se croisent ou se réunissent au sommet. Et même à Strasbourg, les peintres verriers ne ferment point cette couronne.
Pas plus cette fois qu'en d'autres cas semblables, je ne veux ouvrir une sorte d'épisode technique auquel ne m'oblige pas mon sujet. Ajoutons seulement que la couronne ducale en Allemagne (pour saint We.nceslas et saint Léopold, par exemple) a souvent pris la forme du bonnet des électeurs bordé d'hermine.
Établir à ce propos rénumération des rois, princes, ducs, comtes et barons (ou donnés pour tels) qui sont honorés comme saints, ce ne serait que saisir le prétexte de dresser une liste curieuse si l'on veut, mais assurément oiseuse; et qui entraînerait ailleurs le même luxe abusif de litanies pour toutes les séries imaginables de profession, dignité, titre ou mérite, et moyen d'assimilation quelconque entre divers serviteurs de Dieu. Tout ce qui peut être utile en ce genre dans un livre comme celui-ci, c'est de noter à cette occasion plusieurs des saints pour lesquels la couronne est le principal ou Tunique attribut bien caractéristique, ou près desquels sa signification peut sauver une équivoque. A l'aide de quelques signalements comme celui-là, d'au 1res deviendront intelligibles quoiqu'ils aient été passés sous silence.
Saint Élesban [Elesbaan), roi d'Abyssinie (des Axotimites) ; 27 octobre, sur la fin du vie siècle. Il passa la mer pour guerroyer contre Dunaan (ou Danaan, etc.), qui persécutait le christianisme en Arabie (Yémen); et après avoir rendu la liberté aux chrétiens arabes, il envoya sa couronne à Jérusalem pour en faire hommage au tombeau de Jésus-Christ; se retirant dans un ermitage, et cédant à son fils l'autorité royale*. Aussi l'a-
L'n ouvrage portugais d'un Père carme, sous le titre : Os dous atlantes da Elhiopia, etc. (I.isboa, 1730, in-fol.), renferme sur saint Klesban et sur sa ration des détails nombreux mais bien mêlés.
Les noms du roi d'Axoum et du prince des Homéritos prennent d'autres formes cbez plusieurs bistorieus grecs, et il se pourrait bien qu'Klesban fut un simple surnom. Cf. Murait, Chrunographte byzantine, A. 527 (p. H5). — C. Troya, Sloria dltalia..., lib. I.IV, S W, sg. (t. III, l>. i, p. 2J3-300;. — Ilrautii Marlyrol. poeticum, 21 octobr. (Cf. t6i</.,27) :
f Hotte triumpliato Christi, rex magnux Rlcslnu In Christi caslris cum crure nn.hu agit. •
COURONNE
t-on peint çà et là comme solitaire, agenouillé devant une croix, et la couronne à terre près de lui.
Bien des souverains ou seigneurs qui ont abandonné le monde pour vivre solitaires ou religieux, soit de leur plein
Saint Éleshan.
gré, soit en faisant de nécessité vertu, ont souvent la couronne à leurs pieds pour faire voir qu'ils ont su mépriser les grandeurs du monde. Tels sont, parmi les hommes : saint Cloud de Paris, saint Rombaut, saint
JoSAPHAT, SAINT O.NUPHRE, SAINT SÉBALD, SAINT FlACRE, SAINT
JOSSE, SAINT LUCIUS, SAINT HlCHARD PÈLERIN, SAINT LOUIS DE GONZAGUE, SAINT JUDICAEL (Juel) DE BRETAGNE, SAINT GoDEFROID DE CAPPENBERG, SAINT WlLLIBALD évêque d'IÙCHST/EDT , SAINT ÂDELBERT D'EGMOND, SAINT FURSY, SAINT FoiLLAN , SAINT ULTAN
(Outain), saint Winox, saint Conrad de Bavière, saint Miniat, saint Mandé, saint Baudile martyr (comme fils d'un roi goth, dit-on), etc.
Pour les femmes : sainte Catherine , sainte Hadégonde, sainte Ositiie, sainte Hedwige, sainte Adélaïde, sainte
ÉdILTRUDE , SAINTE ELISABETH DE PORTUGAL et Celle DE HON- GRIE (ou de Thuringe), sainte Gisèle, sainte Fébronie, sainte Éthelrède (Audrey), sainte Gertrude de Nivelle, sainte Odce, sainte Irmgarde, sainte Isbergue, sainte Jeanne de Valois, sainte Ursule, sainte Frideswide, sainte Wenefride, etc.
Donnons toutefois, en passant, quelques détails sur un certain nombre de saints qui ont reçu cette caractéristique un peu vague. Ce qui en sera dit aidera pour bien d'autres, et nous servira d'excuse pour n'avoir pas dressé une liste qui deviendrait facilement énorme sans grande utilité. D'ailleurs sous le titre Armoiries (p. 81, svv.), entre autres, nous avons indiqué déjà plus d'un saint personnage qu'il n'est pas besoin de faire reparaître ici. Quant aux Trois Rois Mages, c'est une expression de la dignité qui leur a été prêtée de bonne heure par la tradition populaire enchérissant sur l'Évangile.
Saint Willibald évêque d'Eichstœdt, et son frère Wunibald abbé d'Heidenheim, ainsi que sainte Walbirge, sont regardés comme enfants d'un roi des Saxons occidentaux en Angleterre.
Saint Rombaud (ou Rumold) évêque, patron de Malines (Cf. Assassinat, p. 89j, passe pour être le fils d'un roi ou seigneur écossais (irlandais peut-être). L'Hibernie, fort divisée sans doute de bonne heure, a volontiers qualifié de rois tous ses petits princes; lesquels du reste, valaient bien ceux de l'Iliade ou de l'Odyssée quant à l'étendue de leurs États.
Saint Louis évêque de Toulouse , mort à vingt-quatre ans (19 août, 1297), était de la maison de France, fils de Charles II roi des Deux-Siciles.
Saint Ferdinand d'Aragon, évêque de Cajazzo ; 27 juin, xine siècle. Son surnom lui vaut, dans le pays napolitain (Alvignano, etc.), la couronne et même le sceptre, parce qu'on y voyait un motif de le rattacher à la dynastie aragonaise. Au fond, il n'est pas clair qu'il ait rien de commun avec l'Espagne , ni par naissance , ni par origine.
Saint Josapiiat, solitaire (27 novembre, époque mal définie), est regardé comme fils d'un roi païen de l'Inde. Saint Barlaam , prêtre et moine, parvint à s'introduire
Alban Butler avait rassemblé sur ce saint diverses indications que son traducteur Godescaid abrège sans qu'on saclic pourquoi.
Que si les intérêts du commerce abyssin ont été pour quelque chose dans la guerre faite aux Arabes par le prince axoumite, cela ne
gâte rien à la réputation d'un roi qui savait protéger son peuple. Cf. AA. SS. Octobr., t. X, p. 094-090; 710, sqq.; 742, 759. Du reste le volume de 1807 (t. XII ) doit donner cette vie avec tous les détails désirables.
COURONNli.
près de lui sous prétexte de lui présenter des pierres précieuses à choisir. 11 le convertit, et lui inspira le désir de ne vivre que pour Dieu. On dit que le prince fit adopter la foi chrétienne aux sujets de son père, et se retira dans la solitude avec Barlaam ».
Saint Cloud {Clodoaldus), prêtre et solitaire près de Paris (7 septembre, v. 560), fils de Clodomir roi d'Orléans. Il avait échappé à l'assassinat de ses frères par leurs oncles, et se cacha dans la retraite où Dieu lui fit obtenir la couronne éternelle.
Saint Maurice (Cf. Armes, p. 76, sv.), comme chef (Dux, Heerzog) de la légion Thébaine.
Saint Émeric (Cf. Lis) était fils de saint Etienne roi de Hongrie. On le représente quelquefois avec sa mère, la bienheureuse Gisèle sœur de saint Henri II , qui mourut religieuse vers 1036.
Saint Josse (Jodocus) ermite , puis abbé (Cf. Bâton, p. 128; etc.), avait refusé, dit-on, la souveraineté dans l'Armorique que son frère Judicael II (Juthael) voulait lui laisser. Il se retira dans le Ponthieu, au lieu qui a gardé son nom ; et l'on assure que tous ses frères ou sœurs (quatre filles et quinze garçons) moururent en odeur de sainteté*. Cf. Familles saintes.
Saint Walstan. Cf. Faux.
Saint Adelbert, diacre. Cf. Fontaine.
Saint Alton, abbé. Cf. Couteau.
Saint Éric, roi de Norvège (Cf. Autel, p. 101). En raison de sa dignité royale, il porte assez fréquemment un écu chargé de trois couronnes d'or (2 et 1) en champ d'azur, qui est Norvège.
Sainte Flavie Domitille, vierge et martyre; 7 mai, v. 100. Les artistes lui ont souvent donné une couronne, à cause de sa parenté avec l'empereur Domitien.
Sainte Ode (ou Odde) vierge, honorée à Mons en Hainaut-, 27 novembre, v. 713. On la tient pour fille d'un roi celte des Iles-Britanniques.
Sainte Édithe, religieuse (16 septembre, 984), fille du roi saxon Edgar*.
Sainte Wenefride (Cf. Cou, p. 252; etc.), fille d'un prince gallois.
Sainte Begciie (Cf. Coq, p. 251, sv.; Église), considérée comme fondatrice des béguines, ou du moins prise par elles pour patronne et modèle d'une vie presque monastique sans vœux*. Une couronne indique la place qu'elle occupe parmi les ancêtres de la dynastie carlovingienne, mais je lui en ai vu jusqu'à trois, par suite d'une convention dont il sera parlé ci-dessous.
Sainte Édii.irude, abbesse d'Ély ; 23juin, 679. Fille d'un roi des Estangles 5.
Sainte Osithe (Osijtha, Syla, etc.), vierge et martyre (Cf. Cerf, p. 188; Tète). Promise en mariage au roi des Estangles, elle prit le voile à Chik, et fut décapitée par les Danois.
Sainte Fridf.swioe (Frideswinda , Fredeswida, Frilliesicilha, etc.), fille d'un comte (Cf. Bœuf, p. 140). Elle repoussa d'ailleurs les sollicitations d'un roi. La vengeance que le Ciel tira de cette poursuite du prince saxon, avait exclu longtemps de la ville d'Oxford les rois d'Angleterre qui n'osaient plus y entrer •.
Sainte Isbercue, fille du roi Pépin. Cf. Sei-pent (an- ■ guille).
La bienheureuse Françoise d'Amboise duchesse de Bretagne , puis carmélite ; h nov., 1485. Veuve du duc Pierre II, et demeurée vierge, elle se fit religieuse. Mais avant qu'elle eût pris ce parti, ses oncles d'accord avec Louis XI, auraient bien voulu lui faire quitter la Bretagne (où le peuple était dévoué à la sainte duchesse), afin de la remarier avec un prince de savoyard. On s'était assuré des bateaux de la Loire pour la transporter en France, et la mettre à la disposition du roi. Or les chroniqueurs du temps rapportent que la Loire gela au mois de juin et empêcha les bateliers d'accomplir leur commission7. Sur quoi, la sainte demeura en Bretagne, où presque toute la population s'était prononcée pour elle. Quoi qu'il en soit, la sainte est surtout caractérisée dans l'art populaire par Yhermine de Bretagne sur son manteau, et par la couronne de duchesse placée près d'elle , ou qu'elle semble déposer à terre. Parfois on la revêt de l'habit des carmélites, en plaçant à ses pieds les insignes de sa dignité ancienne.
Je ne garantirais point toutes les descendances royales ou seigneuriales préconisées par n'importe quelle légende; mais puisque les auteurs populaires les proclamaient, ou si elles étaient reconnues par ceux qui commandaient leurs travaux, cela suffit pour qu'il soit nécessaire de connaître sinon ce qu'il en est, du moins ce que l'on en disait. Ce que l'on appelle encore en blason la couronne à l'antique, c'est-à dire un cercle relevé de pointes aiguës, et la couronne flcuronnèc, ont bien des fois servi indistinctement pour presque toutes les dignités séculières. Mais nous verrons au mot tiare que cet ornement des souverains pontifes en porte trois depuis plusieurs siècles. C'est ce qui lui a fait donner en Italie le nom de triregno.
De là vient que l'on peint parfois saint Philippe Besizzi (23août, 1285) avec trois couronnes au-dessus de sa tête. C'est que, célèbre par ses miracles, il était sur le point de réunir les votes de tous les cardinaux pour succéder au pape Clément IV qui venait de mourir. Mais connais-