‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 447 sur 1339 · CROISSANT ET TURBAN · texte numérisé non relu

CROISSANT ET TURBAN

Il est devenu comme d'usage chez les artistes, de prendre le croissant aussi bien que le turban pour signe de mahométisme ; quoique l'islamisme andalous, par exemple, n'ait pas toujours donné le turban aux hommes de guerre. On peut donc s'attendre à trouver ce signe près des personnages qui ont eu affaire aux musulmans, soit pour les combattre, soit pour prêcher parmi eux ; el plusieurs peintres, sculpteurs, etc., se piquant assez peu d'archéologie sévère, ont donné ces insignes de l'islamisme aux Vandales d'Afrique parce qu'ils occupaient les contrées où nous voyons aujourd'hui régner le Coran sur les Maures et les Berbères. Cela étant, on voit d'avance que c'est une caractéristique un peu vague ; aussi ne l'appliquerons-nous en détail qu'à un certain nombre de saints, pour aider seulement à reconnaître sa fonction chez d'autres.

Ajoutons que les mahométans ayant été souvent traités de païens durant le moyen âge, le turban s'est trouvé plus d'une fois communiqué aux idolâtres par les vieux artistes. Les Juifs et les Syriens aussi, comme nations orientales, ont été fréquemment gratifiés de cette coiffure dans la représentation des scènes de la Bible.

En même temps nous ferons entrer sous ce titre ce qui regarde la première acception du croissant, c'està-dire la lune croissante ou décroissante.

Saint Jacques le Majeur (Cf. Armée, p. 69). Le nom de tueur de Maures (Matamoro) que lui donnent les Espagnols, rappelle bien la part qu'il prit à plusieurs victoires sur les mahométans dans la péninsule hispanique'. Souvent alors on peint sur son écu la croix de Saint-Jacques de l'Épée.

Saint Willbrord, évêque d'Utrecht (Cf. Baptême,

1. Une. hymne qui se récite trois fois dans l'année, en Espagne (23 mai, 25 juillet et 30 décembre), célèbre ainsi son intervention plusieurs fois répétée :

« Defensor aime Hispaniœ, Jacobe, vindex hostium.

Tu, bella quum nos cingerenl,

p. 119; etc.). Le calendrier bénédictin (8 novembre) lui marque un croissant sur la poitrine, parce que sa mère, dit-on, vit en songe ce signe, pendant qu'elle était enceinte de lui; ce qui fut regardé comme un indice de la foi qu'il devait porter chez les nations du Nord.

Saint Placide, disciple de saint Benoît et martyr ; 5 octobre, v. 5Zi/i. Il avait été envoyé en Sicile par saint Benoît pour y établir sa règle; et fut décapité avec trentetrois de ses compagnons dans son monastère de Messine, par un corsaire maure (Manucha?). Le mahométisme vint bientôt faire une longue renommée de piraterie aux populations barbaresques ; il ne faut donc pas s'étonner si les artistes ont parfois donné un air musulman aux déprédateurs que vomissait la côte d'Afrique sur la Méditerranée, même avant l'hégire. Les Maures, sous Justinien, n'étaient pas si tenus en bride qu'ils ne pussent s'abandonner à bien des fantaisies dont ils avaient pris l'habitude avec les Vandales.

Saint François d'Assise ; k octobre, 1226. Prêchant Jésus-Christ devant un prince musulman, dans son pèlerinage en Palestine où il cherchait une occasion de martyre. Il s'offrit même à monter sur un bûcher enflammé, en témoignage de sa foi.

Les religieux de la Trinité ou de la Merci pour la rédemption des captifs sont fréquemment représentés traitant avec des musulmans ; parce qu'ils allaient chez les mahométans payer la rançon des prisonniers chrétiens.

Les saints patrons de la Pologne, comme saint Cesi.as et saint Stanislas (Cf. Artillerie, p. 86), se voient mettant en fuite les armées tartares et turques*, à cause des luttes continuelles de la nation polonaise contre ses voisins musulmans.

Sainte Julienne du Mont-Coknillon près de Liège, cistercienne ; 5 avril, 1258. Elle prie devant le tabernacle; et un ange lui montre le croissant de la lune, comme signe d'une lacune dans l'année ecclésiastique. Ce fut elle qui, par suite de cette révélation, contribua beaucoup à faire établir dans l'Kglise la fête du Saint-Sacrement. Urbain IV d'abord, qui avait été archidiacre de Liège, puis le concile de Vienne décidèrent que cette fête aurait une octave.

Sainte Rosseline, chartreuse; 11 juin, 1329. Dispersant des troupes mahométanes. Quelques années après sa mort, son frère Hélion de Villeneuve, grand maître de Saint-Jean-de-Jérusalem, se trouvant en danger de succomber dans une affaire contre les Sarrasins, remporta l'avantage dès qu'il eut invoqué l'aide de la sainte auprès de Dieu 3.

Es visus ipso in piaelio; Equoque et ense acerrimus Mauros furentes sternere. »

1. Sarbiewski (V, tl), que j'ai déjà cité, vantait les victoires ducs à l'intercession de siint Stanislas Kostka, lorsque ce jeune Polonais n'avait pas encore reçu les derniers honneurs de la canonisation. 3. AA.SS.7un., t. II, p. 497, etc.

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