‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 488 sur 1339 · DÉCOLLATION. — DÉMON · texte numérisé non relu

DÉCOLLATION. — DÉMON

On a remarqué que la hache ou le glaive avait été l'instrument de martyre le plus constamment eflicace, lorsqu'une foule d'autres moyens étaient frappés d'impuissance ' ; et l'idée est venue d'en demander le motif. On a dit que l'épée étant le signe du pouvoir dans la société *, Dieu permit qu'elle ne fût point arrêtée par sa providence qui veut l'ordre public avant tout, comme garantie de cent autres intérêts. Mais ne pourrait-on pas dire aussi que c'était comme une réprobation céleste des inventions barbares auxquelles recouraient les tyrans, dont la haine n'était pas satisfaite par une simple mort des chrétiens?

Pour ne pas laisser ce titre sans quelques indications spéciales, faisons observer du moins que la tête est fort rarement isolée du corps dans les représentations de martyrs décapités ; sauf pour saint Jean-Baptiste qui est souvent rappelé par une tête dans un plat, et saint Anastase le Persan (22 janvier, 628), moine basilien dont le chef, conservé à Rome, a été l'instrument de nombreux miracles.

DÉMON

Afin d'éviter ici un trop grand nombre de faits qui rendraient la recherche d'autant moins facile, écartons les Possèdes. Ils sont assez ordinairement indiqués par les artistes au moyen de petits diables, qui s'échappent de la bouche ou de la tête des patients qu'un saint délivre par l'exorcisme. Nous n'aurons donc affaire, pour cette fois, qu'aux circonstances où le diable intervient extérieurement.

Divers saints, comme saint Mélaine et saint Norbert évêques , saint Théodore Trichinas , saint Antonin abbé à Sorrento, saint Bernard de Clairvaux, saint Jean de Saiiagun, etc., sont représentés quelquefois avec un diable sous les pieds. C'est un moyen de faire entendre les triomphes qu'ils ont remportés sur l'ennemi du salut, soit en surmontant ses tentations, soit en renversant son empire dans les cœurs des hommes par leurs travaux apostoliques, soit aussi par la délivrance de nombreux possédés.

Saint Jean Chrysostome, évêque de Constantinople (Cf. Bouche, p. H3). Il suffit certainement d'avoir rappelé une fois le récit enfantin qui prétendait expliquer par une mystification du diable le nom de Jean bouche d'or.

Saint Wolfgang, évêque de Ratisbonne; 31 octobre, 996. Tourmenté dans sa solitude par les démons. On raconte que le diable s'efforçait de le décourager par mille arti-

fices afin de lui faire abandonner l'ermitage où le saint s'était confiné pour l'amour de Dieu. Les démons semblèrent même un jour vouloir l'écraser sous deux rochers qu'ils rapprochèrent. Cf. Hache.

Saint Zenon, évêque de Vérone (Cf. Poisson). Une légende assez drôle 3 rapporte de lui le fait suivant qui sent bien son moyen âge. On veut que , dans son enfance, il ait été clerc de saint Ambroise, et dès lors remarquable pour sa gravité. L'évèque de Milan fut donc bien surpris un jour de voir son jeune compagnon pouffer de rire en l'accompagnant dans la rue. Questionné sur le motif de cette hilarité singulière, l'enfant aurait dit qu'il avait aperçu le diable dormant fort à son aise sur la queue d'une riche robe que certaine dame laissait traîner à terre; mais l'élégante ayant ramené lestement sa jupe pour franchir un ruisseau, le démon était tombé dans l'eau sale, par suite de cette manœuvre imprévue.

Saint Pierre Célestin, pape (Cf. Colombe, p. 240). Un couvent incendié par les démons, etje saint les chasse la croix en main*. Son surnom de Morone lui vient du lieu où il avait mené d'abord la vie anachorétique dans les Abruzzes, et fondé un ordre d'ermites qui ont été appelés Célestins. Dans sa solitude il fut fréquemment troublé par les attaques de l'enfer qui faillirent lui faire abandonner son genre de vie s.

Saint Mahtin, évêque de Tours (Cf. Aumône, p. 92 ; etc.). Comme il allait mourir, il aperçut le démon près de son lit et lui dit : Cruelle bête , tu ne trouveras rien en moi qui puisse être pâture à ta haine 6.

Saint Dunstan, archevêque de Cantorbéry ; 19 mai, v. 989. Saisissant le diable par le nez avec une tenaille. Il était, dit-on, habile orfèvre, comme bien des moines et plusieurs autres évêques du moyen âge; et comme eux, pouvait bien continuer, malgré sa dignité, à employer ses loisirs pour la décoration du sanctuaire. L'ennemi de Dieu et des hommes , jaloux de ce qu'il en pouvait revenir d'honneur à Jésus-Christ, s'efforçait de troubler le saint dans cette occupation, en rôdant autour de lui pendant qu'il forgeait. Dunstan , qui venait de tirer du feu ses pinces à peu près rouges, en saisit le nez du tentateur ; on veut même qu'il se soit mis à le battre sur son enclume. Selon quelques-uns, le démon avait pris la forme d'une femme pour mieux réussir à distraire le saint ouvrier. Mais cet embellissement de la légende n'a point trouvé faveur près de l'artiste qui brodait une vieille chape conservée encore en Angleterre, et où le fait est représenté plus simplement 7.

1. Cf. Effemeridi letterarie di Borna, t. II (1821), p. 327; on y trouvera une lettre curieuse de Cancellieri sur les épées, en quoi cet érudit ne manque pas d'exorbiter un peu selon sa coutume.

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