ABEILLES
Saint Ambroise, évêque de Milan et docteur de l'Église; 7 déc. 398. Le jour de sa fête, dans l'Église latine, est celui de son ordination, quoique la mémoire du plus grand nombre des saints soit célébrée à l'anniversaire de leur mort, c'est-à-dire de leur entrée dans la gloire. J'en ai déjà dit un mot dans la préface, une fois pour toutes, et l'on me permettra de n'y plus revenir désormais.
Saint Ambroise est souvent représenté en costume archiépiscopal (Cf. Ëvéque, Pallium, etc.), avec une ruche près de lui ; ou bien ce sont des abeilles voltigeant autour de sa tête. On rapporte que, durant sa première
1. A A. SS. Mai. t. V, 323, sqq. Ce récit, qu'on pourrait croire imaginé pour traduire aux yeux en manière d'armoiries parlantes (ou de rébus) l'idé9 de nourriture délicieuse (ambroisie) que rappelle le nom du docteur de Milan, est au moins contemporain, puisqu'il se trouve indiqué par son secrétaire Paulin écrivant à saint Augustin (Paulin. Vit. Ambros., 3). Ainsi saint Aldhelm de
enfance, un essaim s'était reposé sur sa bouche (ou autour de son visage) tandis qu'il dormait dans le palais de son père, qui était préfet du prétoire des Gaules (dans la ville d'Arles apparemment, si ce n'est à Lyon ou à Trêves). On ajoute que le père, apercevant cette merveille, défendit que l'on chassât ces petits hôtes ailés, et que bientôt les ayant vus s'envoler à une hauteur où ils échappaient aux regards, il y soupçonna l'indice de destinées importantes réservées à cet enfant*.
L'homme n'a pas si grand tort de se regarder comme une créature particulièrement chère au Ciel ; avant même l'incarnation du Fils de Dieu, l'Écriture sainte nous montrait plus d'une fois les conseils divins annoncés sur un enfant béni (Gen. xxxvu, 5-11.— 1 Reg. i, 9-28 ; u, 1-11 ; ni, 1-20; etc.). Et quand Notre-Seigneur, fort au fait des pensers éternels, nous dit que le passereau même ne périt point sans que le Créateur en ait pris considération (Matth. x, 29-31 ; etc.), il ne faut pas que cela devienne superstition, comme l'a détourné fréquemment le paganisme abusant d'un principe vrai, ou crédulité populaire qui prendrait ses rêveries pour oracles d'en haut. Mais nous autres croyants savons du reste que Dieu a souvent annoncé avant coup ce qu'il prétendait faire dans sa liberté souveraine, afin qu'on ne tînt pas sa providence comme liée aux lois aveugles de ce qui s'appelle la Nature, en style du comte de Buffon.
Selon les Grecs, des faits semblables à celui que nous citions pour l'enfance de saint Ambroise ont été rapportés dans des biographies anciennes de Pindare et de Platon. Si donc nous n'avions pour l'évêque de Milan
Sherburn n'avait pas à se mettre en frais d'invention quand il dit :
« Qui nomen gerit ambrosiœ de nectare ductuœ, Hic tener in cunis quondam dum parvulus esset, Magna futurarum gessit speclacula rerum.
Namque examen apum muncrosis forte catervis Contenait faciom pueri , mirabile dicta ! etc. »