Idem, libr. VIII, cap. c
11. Toutefois dans les Officia propria... Salernitanœ Ecclesiœ (15M. iii-4"), p. 51, l'hymne de matines (Gaudeat rfZlhiopia) pour la fête
de saint Mathieu dit :
t Hic prœcipit draconibus Nocerent ne honiittibus, Abirent, orans Duminum. »
Et le récit du vieux temps devait être présent & l'esprit de l'hymnographe qui dit dans le Biéviaire hispano-gothique (21 septembr.
ad ve-perum) :
« Qui solus axem forvidum Adgressus, truces populos Ardentiori spiritu Flammavit igné cœlitus.
Pugavit magos improbos, S'rpentum virus expulit; Armavit sacris monilis Dicatos Cbristo populos. «
DRAGON
Saint Silvestre, pape; 31 décembre, 335. Un dragon étendu à ses pieds.
Cela pourrait signifier qu'il avait vu la chute de l'ido-
lâtrie, puisqu'il passe pour avoir baptisé Constantin, ou parce qu'il a le premier condamné l'arianisme. Cepen-
î. Mai, Nova PP. bibliotheca, t. I, pars II, p. 218, sq. :
• O venerande pator Silvcstor
Ab» te »ub nodis perstncta fraude draconii, Plebs moribunda nu» dona salutis habet. * Cf. Aldhelm., De lawlibus virginum (éd. Giles, p. 151). — Legenda aur., rap. xn. — P. de Natalib., libr. II, cap. nu.
'2. Cf. Lnnjçucval, llist. de l'Église gallicane, liv. IX, A. 040 (éd. in-*°, p. 535).
dant les écrivains anciens n'insistent pas tant sur Rome purgée en quelque sorte de ses idoles par l'inauguration solennelle du culte de Jésus-Christ, que sur un véritable dragon qui portait la terreur dans la ville'. Silvestre confina le monstre dans une caverne, lui défendant de jamais la quitter jusqu'à la fin du monde.
Une autre explication , que l'on a voulu appuyer sur saint Isidore2, ferait de ce dragon le symbole d'un débordement du Tibre arrivé au temps de saint Silvestre.
Saint Léon IV, pape; 17 juillet, 855. On raconte dans sa vie qu'un basilic ou un dragon qui infestait la ville de Rome, disparut par les prières de ce pape et l'intercession de la très-sainte Vierge, dont il fit porter en procession l'image que l'on honore à Sainte-Marie-Majeure. Cela n'aurait-il pas été primitivement une manière d'indiquer que ce pape avait écarté de Rome les Sarrasins, qui avant lui ravageaient impunément les côtes romaines et avaient même saccagé les églises des apôtres ?
Saint Georges, évêque de Si ei.li en Sardaigne; 23 avril, v. 1117 (Cf. Grenouilles, p. 27/i, sv.). Les Sardes lui attribuent la mort d'un horrible dragon3.
Saint Donat, évoque d'LVoria (ou Eurœa) en Épiiie-, 30 avril, v. 387. Sozomène raconte de lui qu'il délivra ses diocésains d'un dragon, sans autres armes que le signe de la croix et en crachant sur lui *. Ce saint était honoré à Venise5, où ses reliques avaient été déposées dans l'île deMurano. Le nom de San-Donalo parait désigner encore sa ville épiscopale.
Saint Hypatius, évoque de Gangues; 1/| novembre, v. 350. On rapporte qu'un dragon s'étant établi dans le trésor impérial, l' évêque lui donna son bâton à mordre et l'entraîna ainsi dans un grand feu allumé devant le palais6. N'aura-t-on pas prétendu peindre ainsi que le saint homme était l'un des Pères qui avaient condamné Arius au concile de Nicée; ou qu'il poursuivit avec zèle les Novatiens? car ce fut de leur main qu'il reçut la mort.
Saint Mercurial, évêque de Forli, martyr (dit-on); 30 avril, vers ^05. Le dragon que sa légende lui fait conduire en laisse jusqu'à un abîme, pourrait bien être l'arianisme que le saint aura banni du diocèse7.
Saint Nicaisk de Rouen, apôtre du Vexin; 11 octobre, époque indécise. On le donne pour disciple de saint Denys, et premier évêque envoyé à Rouen. A Vaux, entre Évêquemont et Triel, les vieilles légendes lui font tuer un dragon. Les habitants se plaignant à lui de ce que la bête défendait les abords de la fontaine où il leur fallait
3. Grenouilles et dragon (reptiles, en somme), ne serait-ce pas des équivalents?
4. Sozom., But. ecct., lib. Vil, cap. xxvi.— AA. SS. Apiil., t. III. p. 701-700.
5. Cf. Corner, Cliiese di Venetia, p. 011-010. 0. Menolog. gra-c, t. I, p. 187.
7. Italia sacra (éd. Coleti), t. Il, p. 575. — AA. SS. April., t. III, p. 750.
DRAGON
puiser l'eau, l'évêque envoya son prêtre Quirin pour se faire amener le monstre. Quirin, avec l'étole de saint Nicaise, traîna le dragon jusqu'aux pieds de l'évêque (ai évêque il y a) qui le fit mourir par la force du signe de la croix. La fontaine de Vaux fut appelée dès lors fontaine de saint Nicaise.
Saint Clément, évêque de Metz ; 23 novembre, v. 72. (Cf. Bâton, p. 126). Un dragon tué par lui annonce probablement qu'il détruisit le culte des idoles dans cette partie du bassin de la Moselle.
Saint Romain, archevêque de Rouen; 24 octobre, 639. Son dragon, particulièrement célèbre, avait occasionné une procession annuelle où l'on délivrait un prisonnier en mémoire du service rendu à la contrée par le saint évêque. Mais j'imagine que cette légende se rattachait au souvenir des travaux apostoliques de saint Romain, qui avait fait disparaître les derniers restes de l'idolâtrie dans son diocèse1. Parfois, près du saint traînant la gargouille, on représente la procession qui se faisait avec la châsse (ou fierté), à Rouen, le jour de sa fête.
Saint Marcel (ou Marceau), évêque de Paris-, 1 novembre, v. 410. Un dragon mené en laisse avec une étole, ou bien (mais ce n'est pas la légende) terrassé par le saint. Cet animal, dit-on, s'était comme établi sur la tombe d'une jeune femme qui avait mal vécu. L'évêque entraîna le monstre hors de la ville, et lui défendit de revenir*. Ce fait est encore représenté sur l'un des portails de la façade occidentale à Notre-Dame de Paris.
Mettons de suite en bloc les saints bretons, évêques ou autres, qui sont censés avoir tué des dragons. Ce sont saint Pau. de Léon 3, évêque de la ville qui a pris son nom (12 mars, 573); saint Samson4, évêque de Dol (28 juillet, v. 564); saint Similien5, -évêque de Nantes (16 juin, v. 310); saint Brieu (Briocus, 1 mai, vers le V siècle)6; saint Tugdual (ou Tugal) 7 dont les Bretons font un pape, mais qui était tout au plus évêque de Tréguier (30 novembre, 553); saint Méen (Mevennus), fondateur et premier abbé8 du monastère de Gaël (21 juin, v. 617) ; saint Jovin (ou Jaoua), évêque de Léon9 (2 mars, vie siècle) ; saint Efflam (ou Yfflam) ermite10, patron de Plestin dans le diocèse de Tréguier (6 novembre, v. 512) ;
SAINT Armel (ou Arzel, Armagitlus) , abbé11 près de Rennes (16 août, v. 552); saint Riok (Rio, Riou, lliocus), ermite1* et moine de Landevenec (12 février, vers la fin du ve siècle).
Saint Vigor, évêque de Bayeux; 1 novembre, v. 530. Il mène en laisse un dragon avec son étole. Ce fut lui qui anéantit à peu près les derniers restes du paganisme dans cette province, en détruisant le temple du dieu Bélénus, élevé sur une montagne près de Bayeux. Un monastère occupa cet emplacement. Mais la légende attribue à notre saint la destruction de plusieurs serpents 1S.
Saint Vrain (ou Véran, Veranus) ermite à Vaucluse, puis évêque de Cavaili.on; 19 octobre, v. 580. Tenant un dragon enchaîné u. Il est honoré à Saint-Vrain près Vitry-le-Français, pour la guérison des fous ; et surtout des fous furieux. Cela étant, son attribut, comme celui de sainte Dympne (Cf. Démon, p. 310), ne serait-il pas l'emblème du pouvoir qu'on lui reconnaît contre les démoniaques? Car le culte de saint Véran (ou Vrain) s'est propagé surtout, grâce à cette réputation qu'il avait de guérir les possédés ou toute autre maladie peu caractérisée par la vieille médecine. Les médecins modernes y voient sans doute plus clair, si l'on s'en fie aux nomenclatures; mais je n'ai pas à me prononcer sur cette question de nosologie qui n'est point de mon ressort. M. l'abbé J.-F. André a publié (Bulletin du comité de la langue.., et des arts de la France, t. i, 1852-53, p. 207-210) une notice écrite à Vaucluse sur ce saint du Comtat, et je m'y réfère en toute confiance, puisque l'auteur est du pays 1S.
Saint Amand évêque de Maestricht , et apôtre de la Flandre; 6 février, 675. Un dragon abattu à ses pieds. Jeune encore il chassa , dit-on , de l'île d'Oye (près de La Rochelle) un serpent qui s'était rencontré sur son passage16. Cependant il est bien croyable que le monstre indique surtout les idoles renversées par les travaux apostoliques du saint dans le pays de Gand.
Saint Front (Fronto), évêque de Périgueux ; 25 octobre , époque indécise. Encore un fondateur de siège épiscopal, qui passe pour avoir tué un dragon.
Saint Bertrand, évêque de Comminges en Gascogne ; 16 octobre, v. 1125. On lui attribue un dragon, quoique
1. On peut voir une autre explication dans l'Histoire de l'Église gallicane, I. c. — Cf. AA. SS. Octobr., t. X, p. 86-96, 97-100.
2. Le Missel de Paris (1516, in-4° ) renferme une prose de saint Marceau (Gaude, superna civiias), dont voici la strophe relative à notre récit:
f In serpente visibiti Triumphat invisibilem , Sic Christus jnvisibili Virtute ditat humilem. »