‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 510 sur 1339 · AA. SS. Februar., t. I, p. 849. Cf. Serpents · texte numérisé non relu

AA. SS. Februar., t. I, p. 849. Cf. Serpents

DRAGON

j'y trouve peu de fondement historique; et en tout cas, je ne saurais en rendre raison '.

Saint Gaugery (ou Géry, Gaugericus), évêque de Cambrai ; 11 août, 619. Un dragon à ses pieds; probablement parce qu'il bannit de son immense diocèse les derniers vestiges du paganisme. 11 est regardé particulièrement comme l'apôtre du pays de Bruxelles.

Saint Loup (ou Leu, Lupus), 3e évêque de Bayeux ; 25 octobre", v. 465. Entraînant une espèce de dragon qu'il fait disparaître dans un abîme ou dans une rivière. Cette bête, dit-on, infestait les environs de la ville épiscopale ; et avait déjà dévoré plusieurs personnes, lorsque le saint vint à elle sans autres armes que ses vêtements ecclésiastiques. Saisissant donc l'animal funeste (la bêle Sainl-Loup, comme on l'appelle), l'évêque le précipita dans un gouffre dont on fait voir encore la trace.

Saint Florent de Corse, évêque africain déporté dans cette île par les Vandales ariens; 9 juin, vers 496. On l'associe à saint Vindémial, évêque aussi, confesseur comme lui et son compagnon d'exil. Ces deux saints passent pour avoir fait mourir par le signe de la croix, un dragon qui était adoré, dit-on, dans le pays. Il semble assez probable que ce fut d'abord une représentation indiquant les conversions d'idolâtres, opérées par les évêques catholiques persécutés sous Hunéric; car on trouve beaucoup plus tard encore des traces de paganisme dans la Corse et dans la Sardaigne. Leur culte s'est répandu en Lombardie où l'on transporta les reliques de ces saints lorsque les mahométans infestèrent les côtes de la Méditerranée.

Saint Vanne (ou Venne, Vito, Vilomts, Vidants), évêque de Verdun ; 9 novembre, v. 525. Un dragon à ses pieds ; et souvent (xvne et xvine siècles) près de lui les armoiries des Bénédictins de France ( Pax au centre de l'écusson), parce qu'il était avec saint Hidulphe, patron

de la congrégation bénédictine qui comprenait la Bourgogne, la Lorraine et la Champagne. La congrégation de Saint-Maur s'en détacha bientôt pour motifs politiques.

Saint Lo (Laudtis, Lauto), évêque de Coutances ; 22 septembre, 568. On lui donne aussi un dragon ; et si c'est encore une indication de l'idolâtrie renversée, on conviendra que ces époques tardives du triomphe de l'Évangile dans nos provinces semblent infirmer un peu les prétentions de ceux qui voudraient faire remonter aux temps apostoliques un bon nombre de nos sièges épiscopaux.

Saint Germain l'Écossais, évêque et martyr; 2 mai, v. 489. On prétend le reconnaître au portail de Saint- Biquier dans un évêque près duquel est une hydre à six têtes dont les cous sont entourés par une étole. De fait, sa statue à Saint-Germain-sur-Bresle près d'Aumale foule aux pieds un dragon ; et des peintures sur verre lui donnent un monstre à sept têtes.

11 passe pour avoir prêché dans divers pays, et fut tué près d'Aumale par les païens. Ces représentations prétendaient peut-être symboliser Satan et ses œuvres (les sept péchés capitaux) dont l'empire avait été entamé par cet homme apostolique.

Saint Domitien évêque régionnaire (ou plutôt de Maestricht), honoré à Huy; 7 mai, 538. Un dragon à ses pieds. On fait encore tous les ans une procession à la fontaine où le saint est censé avoir donné la mort au monstre ', Ne serait-ce pas la fontaine où il aurait baptisé les chrétiens en visitant ce lieu? D'ailleurs nous avons vu et nous verrions plus d'une fois, s'il fallait s'étendre beaucoup sur ces divers récits, que les dragons ainsi exterminés, interdisent souvent l'accès d'une source. Supposé que la source, comme on s'en apercevra plus tard, fasse allusion aux fonts baptismaux, rien d'étonnant qu'on ait peint le démon s'efforçant d'en écarter les hommes.

Saint Servais, évêquede Tongres(Cf. Clef, p. 225 ; etc.)'.

1. Le8 continuateurs des AA. SS. (Oclobr., t. VII, p. 1107, sq.) n'y voient pas beaucoup plus de motifs; à moins que l'on n'ait été conduit à regarder comme monument de la vie du saint les petites scènes Apurées sur le coffret dont on s'est servi pour renfermer ses reliques, et qui semblent ne représenter que des souvenirs chevaleresques plus ou moins vagues. Selon moi, le monstre y indiquerait tout simplement les grandes entreprises qu'un preux devait savoir mener à lin pour l'amour de sa dame; et aurait été primitivement destiné à quelque cadeau de noces.

2. Reinsberg-Darin^sfeld, Calendrier belge, t. I, p. 315, sv. — AA. SS. Belgii, t. II, p. 101, sq

Sa prose Confessorum régi Christo, assez médiocre, mais curieuse comme témoin des souvenirs populaires, expose la vie de notre saint dans un vieux missel de Liège (Parisiis, 1499, in-folio); et l'on y parle de ses succès contre l'hérésie (Cf. AA. SS. Belgii, /. c.) autre explication plausible du dragon qu'il passe pour avoir fait mourir.

i Ad honorem presulalu* Est Trajecto poatulatus, Functu» aacerdotio.

Visitât Aurelianum, Pcrvertorum dogma vanura Depulit a patria.

Angutîtn fugat venenaturo.

Vulnus sanat; etc. »

3. Les représentations de ce saint ayant été chargées d'attributs qui ont causé bien de l'embarras aux savants (Cf. AA. SS. Belgii, t. I, p. 1/9-192; 197, sq.), il semble bon de résumer une fois pour toutes les principaux traits de sa légende d'après quelque source populaire. Servons-nous donc pour cela d'un vieux missel manuscrit d'Avcrbode, qui est encore conservé dans la même abbaye.

• Salua data OallUl Manu sacrata taclus

Donc Dci gratin?, Inleger efficitur;

Deatus Servatius Populus a dracone,

Cujui oratione

lllutit Bcclacka, Périt, liber redditur.

Quum Roma revertilnr,

Hinc sacerdos effectua, Capitur et trahitur Cum Angelo pro.'ectus, lmperante Attila.

Fit urbi Tongrensium Ad soient exponilur, I'i.tsuI, gemma praaiilum. Sed nequaquam ln-ditur Angelua dat baculum Obumbranta aquila.

la conspectu omnium Petro salutifero Non impar clavigero,

gui uœreaim Buphratœ Meruit accipere Catholico dugmate Pra-stanlem tara graliam Dcetruendam (-ensuit ; P«r clavem ei datant Ligare ac solver».

Lapis altarii fractus, >•'' •

DRAGON

Un dragon expire près de lui; emblème peut-êlre de ses luttes contre les ariens ou les donatistes, si ce n'est contre le paganisme.

Saint Syr, évêque de Gênes; 29 juin, v. 340. Il fait sortir d'un puits un dragon ou basilic, qui menaçait tous les habitants de la ville. Le forçant de quitter sa retraite, il lui ordonna de se jeter à la mer'. Comme la vie de ce saint paraît écrite au xie siècle, on avait eu tout le temps de perdre la notion du symbolisme primitif employé par les artistes; et le biographe, d'ailleurs, rappelle ce texte du Psalmiste , fréquemment appliqué dans les tombeaux des évêques : « Tu marcheras sur l'aspic et le basilic, tu fouleras aux pieds le lion et le dragon ». »

Saint Ouen, évêque de Rouen (Cf. Cercueil, p. 181). Un dragon à ses pieds. Voilà encore un évêque du vue siècle qui serait censé avoir extirpé l'idolâtrie dans le pays de Rouen. Au fond, nous savons que sainte Radegonde, près de cent ans avant lui, trouvait encore des temples païens dans la France , puisqu'elle en fit détruire un sous ses yeux au mépris d'une émeute de paysans.

Saint Vindémial évêque d'Afrique, banni par les ariens au temps de la persécution vandale ; 9 juin , v. 500 (Cf. ci-dessus, 318, saint Florent de Corse). Le serpent ou dragon que l'on représente à ses côtés, peut indiquer soit la résistance qu'opposa le saint à l'hérésie arienne, soit ses travaux apostoliques dans la Corse pendant son exil3. Car nous savons d'autre part que le paganisme résista dans les grandes îles de la Méditerranée avec une opiniâtreté particulièrement tenace.

Saint Juste évêque de Voltebra, et saint Clément prêtre ; 5 juin, ve siècle. C'étaient encore des confesseurs africains déportés par les Vandales, et dont les pieux. exemples bannirent l'idolâtrie du lieu de leur exil. Ce bienfait semble être symbolisé par le dragon qu'ils passent pour avoir exterminé en Toscane *.

Saint Rofile (Rufillus, Rophilus), évêque de Forlimpopoli ; 18 juillet, on ne sait pas au juste en quel siècle. On lui attribue l'extermination d'un dragon6 qu'il aurait conduit vers un puits (ou un abîme) avec son étole. Ne serait-ce pas une façon d'exprimer aux yeux qu'il avait mis fin à l'idolâtrie dans sa ville épiscopale, en consacrant à Marie un temple d'Isis ?

Saint Germain, évêque d'Auxerre ; 31 juillet, Z|/|8. Un dragon à ses pieds pourrait bien signifier qu'avec lui cessèrent les dernières traces de l'idolâtrie dans la contrée ; puisque lui-même, au temps de saint Amatre son prédé-

cesseur, affectait encore de maintenir des rites superstitieux en suspendant les trophées de sa chasse aux branches d'un grand arbre. On raconte du reste que, devenu évêque, il signala un usage diabolique qui consistait à dresser des tables pendant la nuit pour les esprits de ténèbres ". N'aura-t-on pas voulu exprimer aussi par là sa mission dans la Grande-Bretagne pour y combattre l'hérésie pélagienne?

Saint Julien, évêque du Mans (Cf. Cruche, p. 301, sv.), chassant un dragon. Ce saint-là est bien connu pour avoir établi la foi dans sa ville épiscopale ; et comme nous le faisions pressentir pour plusieurs autres il n'y a qu'un instant, on lui attribue aussi d'avoir fait jaillir une fontaine.

Saint Pavas (Pavace, Pavacius), troisième évêque du Mans; 2l\ juillet, iv'siècle. Dans le Maine on le représente en chasuble, portant dans la main droite un aspersoir, et tenant de la gauche une étole qui entoure le cou d'un dragon. On raconte qu'il délivra ainsi son peuple du monstre qui dévastait la contrée; et qui, promené de la sorte par le saint, fut enfin englouti dans la terre entr'ouverte7. Ici encore le dragon se tenait près d'une fontaine.

Saint Béat (Batte, Bealus) un des apôtres de la Suisse, regardé comme disciple de saint Barnabe, et évêque de Windisch (mais ces titres ne sont pas bien établis); 9 mai, v. 112. Il semble plutôt avoir été simple ermite, tout en annonçant Jésus-Christ aux peuples de la Suisse germanique 8. On le représente fréquemment accompagné de son disciple que l'on nomme Achate, et chassant un dragon avec son bâton ; l'animal, dit-on, fut expulsé ainsi d'une caverne que le saint choisit pour ermitage.

Donnons place immédiatement à saint Béat du Vendômois, solitaire (9 mai, époque difficile à déterminer); parce qu'il pourrait bien avoir été spolié au profit de celui que s'adjuge la Suisse '. Pour le nôtre, dont personne ne paraît avoir fait un évêque, peu de gens le mettent aux prises avec un dragon ; quoiqu'il passe pour avoir prêché dans le pays nantais. On lui donne tout simplement pour attributs le bâton des ermites ou des voyageurs, et un serpent tel qu'il s'en voit encore sur notre planète dégénérée. Le récit est que, trouvant un reptile dans la grotte où il prétendait se retirer près de la Loire, le saint chassa l'ancien hôte par la vertu du signe de la croix 10.

Saint Narcisse évêque de Girone en Catalogne, apôtre de la Vindélicie; 18 mars, v. 307. On raconte dans les

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