Heusscn, Batavia sacra, p
EGLISE SUR LA MAIN
3° Saints qui portent une église sur lu main.
Cette représentation, généralement regardée comme indiquant des fondateurs, doit cependant être interprétée autrement dans plus d'une circonstance. Quelquefois, surtout en Italie, elle désigne moins le fondateur que le patron; et il faut convenir que la France n'a pas été toujours étrangère à cette pratique. Ainsi dans la cathédrale de Bourges, une lancette du xme siècle montre saint Etienne tenant sur sa main le petit modèle de la athédrale qui lui est dédiée ; sur le sceau du chapitre de Saint-Étienne à Troyes (xive siècle), on voit agenouillé Henri, comte de Champagne, qui offre au patron le plan en relief de l'église fondée par lui *, et Dieu au sommet
semhle accepter la donation. Seulement on ne voit plus en ce cas s'il s'agit du donateur ou du donataire.
A vrai dire , en Italie même, le donateur ou le fondateur paraissent avec cet attribut ; comme saint Innocent II (AA.
SS.Maii, t. Il,p. Zj99) qui avait fait transporter les reliques de saint Calépode dans l'église de Sainte- Marie-au-delà-du-Tibre*. Chez nous la tombe deHugues Li Bergier à Reims fait voir qu'on donnait même cet attribut au constructeur. Mais communément, surtout de ce côté-ci des Alpes, on désigne par là le fondateur proprement dit; si ce n'est que l'on veuille y voir çà et là celui qui a fondé la chrétienté locale, plutôt que l'église matérielle. Dans d'autres cas, on semble avoir voulu moins indiquer une église particulière, que l'Église en général ; et à ce titre, on a souvent donné cet attribut aux grands docteurs qui peuvent être regardés comme soutiens de l'Église de Jésus-Christ. C'est ainsi que saint Grégoire le Grand, par exemple, et saint Augustin ont reçu assez fréquemment cette caractéristique, môme sur des toiles célèbres. On rencontre aussi des estampes où, d'après une légende plus ou moins autorisée, saint Augustin peint de la sorte est accompagné de Jésus - Christ qui lui dit : « Je te recommande mon Église. »
Quant à sa|.\t Basile le Grand, que l'on trouve aussi portant une église sur la main, ce peut être une
manière de dire aux yeux qu'il est le fondateur des Basiliens, institution qui résume à peu près tout l'Ordre monastique dans l'Église grecque.
C'est d'après cette même intention sans doute, que quelques grands instituteurs des familles religieuses latines paraissent çà et là peints de la même façon.
Cela une fois dit, entrons dans le détail des divers personnages, tout en faisant observer que le petit modèle d'église qu'ils portent le plus souvent a été parfois déposé près d'eux, comme pour leur laisser une attitude plus libre.
Papes et èvêques.
Saint Silvère, pape et martyr; 20 juin, 538. La petite église qu'il porte sur la main dans quelques estampes signifierait elle sa constance à soutenir la foi, en refusant, malgré l'impératrice Théodora, de rétablir sur le siège de Constantinople le patriarche Anthime, fauteur des Eutychiens, et de désavouer les décrets du pape son prédécesseur? Bélisaire, pour faire sa cour à l'impératrice, se chargea de le faire déporter dans l'île Palmarola où il mourut de privations *.
Saint Crescent, disciple de saint Paul (27 juin, ier siècle), est réclamé par les Mayençais comme fondateur de leur siège épiscopal ; et pour cela ils l'ont parfois représenté portant une église. Mais les Viennois du Dauphiné, sans compter la ville de Cologne, leur disputent ces prémices de l'évangélisation dans les Gaules; et peut-être tous les prétendants européens doivent-ils se mettre d'accord, en le cédant à la Galatie qui est tout bonnement une Gaule asiatique*.
Saint Blaise, évoque et martyr (Cf. Chandelier, p. 195; Carde, etc.). Sur les monnaies de Raguse il porte une église comme patron ; et ce semble être assez généralement le sens de cet attribut dans les ligures exécutées sous l'influence de l'art italien. Mais encore, comme nous le disions récemment, cette église (ou cette ville) n'est pas de la première forme qui se présentera aux rêves d'un artiste. On y maintient d'ordinaire certains caractères d'individualité, moyennant quoi le client du saint reconnaîtra, pour ainsi dire, sa paroisse.
Saint Gaudence, évoque de Novare; 22 janvier, v. 618. D'après ce que je viens de dire, ce doit être comme patron de la ville dont il a été évoque; quoiqu'il ait bâti réellement une église et un monastère (entre autres) près de Novare, dans le lieu où avait été tué par les païens le prêtre saint Laurent, son maître et son ami. D'ailleurs on peut le considérer comme fondateur ou restaurateur de plus d'une chrétienté non-seulement dans le Milanais, mais dans le pays actuel des Grisons (la Rhétie) '.
Saint Macnus, évoque d'Oderzo; 6 octobre, v.000. On lui
1. Ileruril... de la société de spliragislique, t. I, p. 1 13.