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ANIMAUX»
pression des vertus et des vices en plusieurs peintures du xv* siècle et du xvr ; mais mon intention n'est ni de préconiser toutes les mièvreries du bas moyen âge, ni de m'étendre sur ce qui ne regarde pas communément les saints et surtout leur histoire positive1.
Animaux èvangèliques.
Leur place viendra tout naturellement quand il s'agira des Évangèlistes dont ils sont les symboles.
Animaux farouches, sauvages et venimeux.
Quand on les voit réunis sans que la légende du saint en donne une raison historique, c'est souvent une simple manière d'exprimer que le personnage dont il s'agit a vécu dans des lieux déserts, où les bêtes farouches font leur séjour loin des empiétements de l'homme '; ainsi les solitaires ou ermites se voient fréquemment avec cet entourage que l'on peut considérer alors comme emblème de la vie retirée qu'ils menaient loin du monde.
Hors de là, quand les bêtes fauves ou les reptiles figureront dans une scène historique, comme souvenir de quelque fait bien déterminé (tel que le cirque, etc.) par des circonstances facilement reconnaissables , on les trouvera mentionnés sous leurs noms divers. Cf. Lion, Loup, Ours, Sanglier, etc. Mais c'est ici le lieu de donner place aux saints qui se rencontrent entourés de divers animaux sauvages, à raison d'un événement rapporté dans leur vie.
Saint Eustache, martyr; 20 septembre, v. 118. On le représentait souvent jadis au milieu d'un cours d'eau, et entre deux bêtes fauves (un lion, ou un ours et un loup), qui sur l'une et l'autre rive emportent chacune un enfant dans la gueule. Cela se trouve représenté à Saint-Riquier sur le mur de la Trésorerie, et dans un tympan du portail de Saint-Wulfran à Abbeville. 11 y a une vingtaine
d'années on expliquait ces sculptures dans le pays par je ne sais trop quelle histoire de saint Riquier lui-même, ou d'un abbé Lequeux (ou Lequieux), qui doit être mort vers 1510. J'ignore si l'on continue à redire ce conte aux visiteurs. Toute l'origine de cette invention bizarre doit remonter à l'oubli du Bréviaire romain et à ce que la sculpture de Saint-Riquier aura été commandée par l'abbé Lequeux (qui s'appelait Eustache), à l'honneur de son patron. Si l'on avait lu la cinquième leçon des Matines du 20 septembre, on eût compris que c'étaient les deux enfants de saint Eustache saisis par des animaux farouches, tandis que le saint s'occupait de les transporter au delà d'un fleuve3. Faute de consulter le Bréviaire ou la Légende dorée, il a fallu se mettre en frais d'inventions dont on pouvait très-bien se passer en recourant tout bonnement aux sources populaires. Cf. Cerf, Bœuf.
Saint Blaise, évêque de Sébaste ; 3 février, v. 300. Retiré dans une forêt pour échapper à la persicution, il est entouré de bêtes fauves qui semblent lui faire la cour. On raconte que dans sa solitude, les animaux de la forêt (les oiseaux même) venaient recevoir sa bénédiction ou se faire guérir, et que s'ils le trouvaient en prières dans sa caverne, ils attendaient respectueusement qu'il eût fini son oraison '. Les anciennes verrières, à Chartres par exemple, ont peint cette curiosité ; parce que saint Biaise fut longtemps un saint très-populaire. Cf. Cardes (Peigne de fer), Cierges, Enfant.
Saint Florent, évêque de Strasbourg ; 7 novembre, v. 675. Divers animaux l'entourent avec un air de déférence. On le tient pour un de ces Irlandais qui choisirent volontiers l'Austrasie afin de s'y fixer lorsque Dagobert monta sur le trône, après avoir vécu en fugitif dans leur pays. Comme le saint cultivait un petit terrain près de son ermitage, et que les bêtes de la forêt y faisaient du dégât, il leur défendit de franchir l'enceinte, dit-on ; et
1. Bon nombre de ces curiosités, quelquefois fines et d'autres fois quintessenciées plus que de raison, ont été recueillies par M. Grimouard de Saint-Laurent dans le 25e volume (1858-1859) des Mémoires de ta Société des Antiquaires de l'Ouest, p. 95-113. Non pas que je blâme l'auteur, mais ne quid ni mis!
2. On a pu prendre l'idée de cet emblème dans le langage de l'Écriture sainte : comme lorsque saint Marc (i, 13) parlant de la retraite du Sauveur dans le désert, dit : « Eratque cum bestiis ; » ou quand les prophètes annoncent aux villes superbes qu'elles deviendront le séjour des dragons, des serpents, des autruches, et même des centaures, c'est-à-dire que la colère du Ciel les rendra inhabitables poulies hommes.
3. Ugenda aur., cap. clxi : « Pcrvcnicnsque ad qucmdam fluvium, propter aquarum abundantiam non est ausus cum duobus filiis fluvium pertransire; sed uno circa ripam fluminis relicto, alterum transportais. Qui quum fluvium transvadasset, illum infantem quem bajulavrrat, super terrain posuit; et ad accipiendum alium festinavit. Quum autem circa médium fluminis pervenisset, ecce lupus concitus venit; et infantem quem deposuerat, rapiens, iu silvam aufugit. Qui de eo desperans, ad alium festinavit. Sed quum abiret, leo venit et alium fllium rapiens abiit. Unde eum consequi non valens, quum esset in medio fluminis, cœpit plangere et capillos buob ovcllero, volons se in aquam projicere, nisi eum divina providen:ia cantinuisset. »
Cependant, comme il arrive qu'on est conduit a se donner beaucoup de mal pour expliquer savamment ce qui serait très-simple si l'on ne s'était fourvoyé dès le début, certains archéologues du Ponthieu ont imaginé qu'un sire du Hamcl, vassal de l'abbaye de Saint- Riquier, avait voulu s'affranchir d'une redevance annuelle de trois gerbts par arpent (idée suggérée par les trois gerbes du blason d'Eustache Lequeux) ; pourtant il aurait reconnu sa faute lorsque, saisi à la chasse par une bête féroce, il s'était vu sur le point de périr. Alors, faisant vœu de réparer son injustice, il avait été délivré delà mort par l'assistance du saint patron de l'abbaye. Malheureusement pour une interprétation si ingénieuse, rien n'autorise à croire que l'on rencontrât des lions dans les bois du Ponthieu ou de la Picardie au xvie siècle; et d'ailleurs, dans la représentation les deux animaux farouches laissent l'homme fort tranquille, pour n'enlever que des enfants. Ajoutez que l'histoire d'un abbé ou d'un vassal do Saint-Riquier, retracée dans le tympan d'un portail d'église, serait quelque chose d'asseï étrange ; car ce n'était point la place d'une chronique, mais de l'Écriture sainte et de la vie des saints. Cependant le bon M. Gilbert a donné cours à cette historiette sans prendre souci des impossibilités; à l'époque où il écrivait, toute explication quelconque était la bienvenue. Aujourd'hui on a droit d'être plus exigeant. J'en avais déjà dit quelques mots dans ma préface ( note à la p. 7 ) par anticipation.
i. Legenda aur., cap. xxxvtit. —P. de Natal., libr. III, cap. lxxvi.
.\NIMAUX. — ANNEAU.
les animaux respectant son ordre, s'arrêtaient près de là, s'y rassemblaient même sans dépasser les limites marquées par le solitaire'. On le considère comme fondateur d'Hasslach où il fut abbé avant son élévation sur la chaire de Strasbourg. Cf. Rayon (auréole), Église.
Saint Germanique, martyr à Smyrne; 19 janvier, v. 168. Allant au-devant des bêtes qui devaient le déchirer dans l'amphithéâtre.
Sainte Tatienne, martyre à Rome (Cf. Épèe). Respectée par les bêtes auxquelles on l'avait exposée.
ANNEAU
Il ne sera pas ici question de chaînes, mais de bagues pour parler plus clairement, et afin qu'il n'y ait pas lieu à malentendus. Voyez en outre l'article Doigt qui comblera quelques lacunes.
Saint Damase, pape; 11 décembre, 38^. Je le trouve tenant une bague, peut-être par allusion à ce mot d'un écrivain ecclésiastique qui l'appelle le diamant de la foi. Ce jeu de mots peut avoir été inspiré par l'expression Adamas (analogue de Damasus) qui désignait le diamant 2t qui répondait à l'idée d'indomptable*. Le fait est que ce grand pape, en des circonstances où l'Église semblait sur le point d'être débordée par l'arianisme , maintint merveilleusement l'unité de doctrine et sut encore trouver le temps d'avancer la science ecclésiastique, l'art même et la littérature. Cependant comme cette bague semble faire allusion à une sorte de calembour, je suis bien aise de faire observer que c'est une représentation assez rare. Je la signale donc comme explication d'une curiosité plutôt que comme un modèle.
Saint Arnoud (ou Arnould) de Metz. Cf. Poisson, Armure.
Saint Edmond, cistercien et archevêque de Cantorjréry; 16 novembre, v. 1241. La très-sainte Vierge lui donne une bague, ou plutôt c'est lui qui passe une bague au doigt de la sainte Vierge. 11 avait fait faire deux anneaux semblables, où étaient gravés les mots A ve Maria ; en mit un au doigt d'une statue de Notre-Dame, et portait l'autre à sa main comme signe d'alliance étroite avec la Mère de Dieu. On raconte qu'après sa mort la bague ne put lui être ôtée qu'après qu'on l'eût prié de vouloir bien s'en dessaisir.
Saint Théodule , lecteur , martyr à Thessalonique ; 4 avril, v. 296. Un anneau à la main. Sous Maximien qui, voulant surtout anéantir les livres ecclésiastiques, faisait particulièrement rechercher les clercs, il était en prison avec le diacre Agathopode, et n'avait pas encore été con-
damné ; lorsque, durant son sommeil, il se réveilla comme si quelqu'un l'eûttouché,et remarqua qu'un de ses doigts portait un anneau garni d'une pierre gravée3. 11 comprit que ce lui était un engagement au martyre, et une garantie de solidité dans le combat4. Théodule et ses compagnons furent jetés à la mer ; mais les chrétiens recueillirent leurs corps sur le rivage, et l'anneau de saint Théodule se conserva longtemps comme une précieuse relique qui rendait la santé aux malades5.
Saint Robert de Moleme, fondateurde Cîteaux ; 29 avril, v. 1112. Recevant de la sainte Vierge une bague. Il avait dédié le monastère de Molême à Notre-Dame.
Cela signifierait-il la suréminence de l'abbaye de Cîteaux, d'une façon quasi épiscopale, sur le grand nombre de monastères qui en furent comme des essaims et portèrent le nom de ses fdlcs f
Saint Etienne de Muret (ou de Grandmont). Cf. Trinité.
Saint Oswald, roi de Northumbrie ; 5 août, 642. Un oiseau (corbeau le plus souvent) lui porte son anneau qu'il tient dans son bec. Cf. Corbeau.
Saint Edouard le Confesseur, roi d'Angleterre ; 5 janvier, 1066. Donnant son anneau pour aumône à un mendiant. 11 s'était promis de ne jamais refuser ce dont il serait requis au nom de saint Jean l'Évangéliste ; et un pèlerin lui ayant demandé l'aumône à ce titre dans l'absence du serviteur qui avait les clefs, le roi tira de son doigt un anneau qu'il donna pour ne pas manquer à sa résolution. Saint Jean lui en témoigna bientôt sa reconnaissance en le faisant avertir de se préparer à la mort, qui ne tarderait pas à lui ouvrir l'accès. du ciel.
Sainte Catherine d'Alexandrie; 25 novembre, v. 308. On rapporte que l'enfant Jésus lui mit au doigt un anneau, la choisissant pour n'avoir d'autre époux que lui'. Cf. Anges (p. 42), Roue, Tombeau, Image de la très-sainte Yierge.
^Sainte Martine, vierge et martyre à Rome ; 30 janvier, v. 227. Comme pour sainte Catherine; mais je ne connais pas le fondement historique de cette représentation qui pourrait bien n'être qu'un emblème imaginé par les artistes.
Sainte Godeberte , abbesse , patronne de Noyon ; 11 avril, v. 790. Elle tient un anneau, ou le reçoit de la main de saint Éloi. Les parents de la sainte, qui étaient gens riches, s'occupaient de la marier d'une façon brillante. Celle-ci, qui désirait n'appartenir qu'à Dieu, profita d'une visite de saint Éloi pour lui exposer les projets de sa famille et le danger que courait sa résolution.