ANNEAU. — APOTRES
L'évêque, du droit qu'il avait de voiler les vierges consacrées à Dieu, passa publiquement son anneau épiscopal au doigt de la jeune fille, en lui disant : « Je vous fiance à Jésus-Christ1. » Le roi Clotaire, touché de cette résolu-
tion généreuse, voulut doter Godeberte; et lui donna près de Noyon une terre où la sainte fonda son abbaye.
Sainîe Ida de Toggenbourg (ou de Wetzik), veuve et abbesse, honorée à Fischïngen ; 30 mai, v. 1330. Un corbeau emportant une bague*. Cf. Cerf, Corbeau.
Sainte Catherine dé Sienne, du tiers ordre de Saint- Dominique-, 30 avril, 1380. Quelque chose de tout pareil à
I. Surius, Il april. — Cf. Viollet-le-Diic, Dictionnaire raisonné du mobilier fiançais, p. 10, pi. i
ce que l'on raconte de sainte Catherine d'Alexandrie. Sa légende le rapporte comme un fait réel ; mais on répète le même récit pour deux autres saintes du même nom et du même ordre (sainte Catherine dei Ricci, 13 février; et la bienheureuse Catherine de Raconis, 5 septembre). Est-ce l'effet d'une émulation de la part des légendaires qui auront voulu rapprocher leurs héroïnes de la grande martyre d'Orient , ou de la part des saintes elles-mêmes qui auront désiré ne pas rester trop au-dessous de leur patronne ? Question que je soulève tout simplement sans prétendre l'approfondir. Cf. Cœur, Rosaire, Stigmates, etc.
Prétendait-on aussi exprimer de la sorte la virginité embrassée dès le jeune âge? On s'expliquerait alors plus aisément pourquoi cette représentation accompagne la peinture de diverses saintes.
Sainte Madeleine dei Pazzi, carmélite; 27 mai, 1607. Encore enfant, à la suite de son vœu de virginité, Notre- Seigneur lui apparut, témoignant son acceptation en lui passant au doigt un anneau ; mais elle reçut de nouveau la même faveur avec plus de solennité après sa profession, en présence de la très-sainte Vierge, de saint Augustin et de sainfô Catherine de Sienne. Cf. Banderole.
Sainte Jeanne de Valois, reine de France, puis fondatrice des Annonciades; h février, 1505. Fille de Louis XI et mariée au duc d'Orléans, elle fut répudiée par celui-ci quand il devint Louis XII. C'est pourquoi on a peint souvent près d'elle l'enfant Jésus (quelques-uns en ont fait un ange) qui lui passe au doigt une bague. L'on y ajoute parfois ces paroles (Osée II, 20) : « Sponsabo te mini in fide. » Mais il s'entend assez, sans cette inscription, que l'Époux céleste a remplacé pour elle le prince qui l'avail «conduite.
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Nous ne placerons sous ce titre que ce qui peut servir à distinguer les divers apôtres quand on les trouve réunis. Une des caractéristiques les plus répandues est l'attribution d'un article particulier du Symbole à chacun d'eux. Mais cette marque de distinction peut induire beaucoup en erreur si l'on voulait partir d'une peinture plus ou moins ancienne pour en adopter les formules comme règle sûre qui s'appliquerait dans toutes les occasions. On risquerait fort de donner ainsi à plusieurs des apôtres un nom auquel l'artiste n'avait pas songé. L'Église admel que le Symbole a été rédigé en commun par les apôtres avant leur dispersion, pour fixer l'enseignement élémentaire de la foi dont ils avaient reçu le dépôt. Aussi le nomme-t-on habituellement Symbole des Apôtres. Mais ceci une fois convenu, bien des questions se présentent, plus curieuses qu'utiles, et qui ne sont point résolues du tout. Une pieuse tradition parmi les pèlerins de Jérusa-
2. Calendar. benedict., i nov. Cette légende confine d'assez pn's à celle de Geneviève du Brabant.
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lem allait jusqu'à désigner le lieu où les apôtres s'étaient réunis à cet effet1. On ajoutait même assez généralement que saint Thomas, prétendant faire amende honorable pour son incrédulité au sujet de la résurrection du Sauveur, voulut se charger de l'article : « Est ressuscité le troisième jour. » Mais si c'était jadis la légende la plus acceptée, ce n'était pourtant pas la seule. Saint François-Xavier, suivant en cela le célèbre théologien espagnol Dominique Soto, tenait à ce que les cathéchistes en fissent mention *. Cette forme est en effet donnée par un vieux missel gallican du vnie siècle ou du ixe, transcrit par Muratori3 :
« Pierre dit : Je crois en Dieu le Père tout-puissant.
« Jean dit : Je crois en Jésus-Christ son Fils unique, « Notre-Seigneur.
« Jacques (le Majeur) dit : Né de la vierge Marie par « l'Esprit-Saint.
« André dit : Qui a souffert sous Ponce-Pilate, a été cru- « cifié et enseveli.
« Philippe dit : 11 est descendu aux enfers.
« Thomas dit : Il est ressuscité le troisième jour.
« Barlhélemi dit : Il est monté aux cieux, et siège à « la droite de Dieu le Père tout-puissant.
« Matthieu dit : De là il viendra juger les vivants et « les morts.
« Jacques fils d'Alphèe (le Mineur) dit : Je crois au « Saint-Esprit.
« Simon dit : Je crois à la sainte Église.
« /ude(Thaddée) dit : A la rémission des péchés parle « saint baptême.
« Matthias dit : La résurrection de |a chair et la vie éternelle. Ainsi soit-il. »
Au fond, saint Léon tient pour la part de chaque apôlre à un article spécial ; mais cette attribution varie beaucoup dans les différents textes. Par exemple dans une peinture murale du xve siècle à la cathédrale d'Amiens, saint Thomas dit : « Je crois à la sainte Église catholique. » Ailleurs on lui fait dire (avec le docte Fréd. Nausea ) : « Il viendra juger les vivants et les morts.» Dans d'autres séries (comme chez Martin de Vos) il est censé avoir prononcé : » Je crois au Saint-Esprit; » et la plupart des apôtres paraissent également çà et là avec trois ou quatre articles. Saint Pierre et saint Matthias seuls occupent sans cesse le même rang : le premier en tête, et le second à la fin. Les graveurs ainsi que les peintres se sont tout simplement contentés de suivre un auteur qu'ils avaient sous la main, et ne se ressemblent pas entre eux ; sauf que saint Paul n'est jamais censé contribuer à la rédaction. Par conséquent tout le motif de cette distribution des versets du Credo remonte à la manière dont chacun a conçu la série des apôtres. Or les anciens monuments, soit écrits, soit figurés, varient à ce sujet; si ce n'est que certains articles n'étant jamais adjugés à quelqu'un des apôtres, on pourrait du moins tirer de là un caractère d'exclusion. Mais le détail en serait fastidieux peut-être *, aussi nous en abstiendrons-nous. Pour avoir quelque chance d'être mieux compris, répétons avec divers compléments le tableau des variations les plus anciennes déjà résumées il y a un peu plus de vingt ans 5; mais qui n'a pas réussi à se faire toujours bien entendre, malgré ce que j'en avais déjà dit dès lors. En voici l'ensemble définitif, et je proteste n'être pas responsable désormais de ses emplois détournés abusivement, soit en Allemagne, soil ailleurs 6.
1. Cf. D. Pez, Thésaurus, t. Il, pars m, 538 [Ecclesia sancti Marci).
2. Lellrri de saint l'rançois-Xavier , traduites par L. Pages, 1. 1, p. 279-304. Les missels gothiques du xve siècle et du xvi* mentionnent assez ordinairement cette énumération parmi les points fondamentaux de la doctrine chrétienne qui devait diriger l'enseignement des curés. Hais tous ne se conforment pas au programme adopté par Soto, quoiqu'il fût alors assez reçu d'attribuer à saint Thomas )c « Tertia die resurrexit. » Cf. Villanueva, Viage literario a las iglesias de Espafta, xvi, 320.
3. Cf. Galliccioli, Sancti Gregorii M. opéra, t. IX, p. 207. On en citerait bien d'autres, mais il ne s'agit que de signaler un fait où l'érudition apporterait plus d'embarras que de clarté. Ainsi dans la prétendue clef de Méliton (Spicileg. solesm., t. Il, p. 328), dont j'avoue ne pas faire grand cas, saint André occupe le second rang; et dit en conséquence : « Je crois en Jésus-Christ. » C'est du reste l'ordre suivi par un manuscrit de la bibliothèque impériale à Vienne (ap. Lambcrk, Bibliolh. Vindobonensis, I. v, p. 151, sq.)
4. Dans la mosaïque de l'abside à saint Paul-hors-dcs-Murs (restaurée du reste sous Benoit XIV), l'ordre des apôtres était marqué par les versets de l'hymne angélique (Gloria in excelsis^. Le résultat serait celui-ci :
Saint Pierre, premier;
Saint Paul, deuxième;
Saint André, troisième ;
Saint Jacques (le Majeur;, quatrième.
Saint Jean, cinquième ;
Saint Barthélomi, sixième;
Saint Philippe, septième ;
Saint Thomas, huitième;
Saint Matthieu, neuvième;
Saint Simon, dixième;
Saint Jacques (le Mineur), onzième;
Saint Matthias, douzième;
Saint Thaddée (Jude), treizième.
Saint Paul figurait là particulièrement comme étant le patron de la basilique; et pour le développement de la composition, on y faisait entrer saint Barnabe avec saint Marc, outre saint Luc qui occupe sans doute un rang supérieur comme ayant été le compagnon de saint Paul. Aussi ne prétendons-nous citer cette grande peinture que comme un document entre autres, mais non pas définitif.
5. Vitraux de liourges, n" 208 (p. 8S0). Cf. Mélanges d'Archéologie, t. III, p. 55, note 2.
6. Les Allemands, auxquels je rendrai toute la justice que l'on voudra, sont très-assurément des hommes fort honnêtes en général ; sauf quand il s'agit de leur faire avouer que. l'on ait du bon sur lu rive gauche du Khin ( dans les pays welches). J'en sais quelque chose par plus d'une expérience, et ne demande pas mieux que de leur pardonner s'ils consentent à se convertir ; nul n'ayant le droit d'être plus difficile que Dieu et son Église. Nous ne tenons pas en France, que je sache, à des haines immortelles contre l'Allemagne. Battonsnous, soit ; mais entendons-nous !
APOTRES
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