‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 60 sur 1339 · CD CD · texte numérisé non relu

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Saint Thaddée (Jude). . .

Il est aisé de s'expliquer pourquoi saint Matthias est toujours relégué au dernier rang. Il n'avait été d'abord que simple disciple, et fut substitué à Judas dans le collège apostolique après l'Ascension1. Saint Paul, qui ne vint que plus tard, passe néanmoins avant lui et avant tout autre que saint Pierre; parce que sa vocation venue directement de Noire-Seigneur déjà glorifié dans le ciel2, a un caractère tout spécial, inférieur seulement à l'homme privilégié qui avait eu la promesse d'être la pierre sur laquelle serait bâtie l'Église.

Saint Barnabe, quoique nommé à la suite des apôtres, n'est pas précisément compté parmi les douze (treize réellement avec saint Matthias et saint Paul) ; mais il se peut que dans la mosaïque de Saint-Paul-hors-des-Murs on ait cru devoir le faire passer avant saint Matthias, par une sorte d'attention pour le titulaire de la basilique, dont il avait partagé les premiers travaux. Car l'honneur dû au patron local déroge habituellement à des considérations qui l'emporteraient dans les circonstances ordinaires.

Redisons donc, sans nous perdre dans des énumérations interminables qui pourraient absolument produire sur le lecteur un grand effet (mais peut-être d'ennui ou d'éblouissement malsain), que la distribution des articles du Symbole des Apôtres entre les divers membres du collège apostolique dépend de l'agencement adopté par l'artiste ou par celui qui le dirigeait. Toujours on trouvera que saint Pierre profère les premiers mots, mais le reste est très-facultatif. En sorte que, s'il s'agit de personnages isolés, on se tromperait aisément en croyant pouvoir restituer d'emblée le nom propre d'après

i.Act.Apost., 1,15-26.

2. L'Apôtre s'en vante lui-même plus d'une fois : 1 Cor. xi, 23. — Etc.

l'article, ou réciproquement. Il est indispensable de connaître d'abord le système que suivait l'auteur, et l'on n') arrivera point sans l'avoir vérifié sur un certain nombre de personnages appartenant à la même série.

Un autre moyen de distinction entre les apôtres groupés est moins sujet à l'erreur que nous signalions pour les diverses parties du Credo où la détermination demande à ne pas être hâtée. Des bas-reliefs et des émaux du haut moyen âge, surtout dans la décoration de châsses el d'autels, donnent souvent pour attribut à chaque apôtre une sorte de château qui désigne les villes ou les provinces évangélisées par eux. Lorsque le nom de l'apôtre n'est pas inscrit, on peut bien des fois le suppléer à l'aide de la contrée; ou réciproquement suppléer la désignation de la province au moyen du nom de l'apôtre et de quelque attribut qui ferait connaître le personnage.

Nous ne sommes assurément pas très-renseignés sur les contrées où l'Évangile fut porté dès le premier siècle de l'ère chrétienne, quoi que l'érudition ait pu faire pour éclairer les origines de l'Église 3; les textes anciens parlent le plus souvent de la foi prêchée dans tout le monde alors connu, mais pas assez pour satisfaire les esprits exigeants qui voudraient suivre sur la carte l'itinéraire parfaitement constaté de la prédication apostolique. Un érudit patient qui réunirait tous les renseignements de l'histoire et de la légende en y joignant les ressources de la science géographique moderne, pourrait avancer beaucoup cette question; mais on n'attend pas de nous pareil résultat dans ce livre. Contentons-nous d'alléguer les traditions communément acceptées par les siècles qu'il s'agit d'étudier ici. Certaines données y avaient cours et s'acceptaient

3. Cf. Fabric. Salularis lux Evangelii (1731), p. 01-120. J'ai lieu d'espérer que ces questions s'élucideront prochainement.

APOTRES

sans contestation sur la foi de textes qui faisaient quasi loi par le moyen de l'enseignement historique et de la liturgie '. Trouvera-t-on beaucoup à en rabattre par le progrès de la critique (qui n'est pas encore arrivée à tous ses moyens)? Ce n'est pas ma tâche; je traite du passé, sans décider sur l'avenir.

En somme, quoi que fussent l'Inde et l'Ethiopie sur lesquelles il y a beaucoup à dire, on s'accordait assez universellement à regarder saint Pierre comme l'apôtre de Borne (sans parler d'Antioche et d'Alexandrie); sainl Paul était censé avoir évangélisé YIllyrie tout particulièrement, mais son grand titre est celui d'apôtre des Nations'; saint Jacques le Majeur Y Espagne; saint Jean Y Asie Mineure; saint Barthélemi Y Inde citèrieure (la Médie ou l'Arménie?); saint Thomas les Parthes (Bactriane?) et Y Inde ultérieure ; saint André YAchaïe et la Scythie; saint Matthieu les Parthes (Hyrcanie?) et Y Ethiopie; saint Philippe la Galatie (beaucoup d'autres disent les Gaules), la Phrygie ou Y Asie supérieure (terme un peu vague); saint Jacques le Mineur Jérusalem et la Palestine; sainl Simon la Perse; saint Jude la Perse (Mésopotamie?) et l'Arabie; saint Matthias Y Ethiopie (orientale) et la Judée; saint Barnabe l'Ile de Chypre et la Haute-Italie. On y joint en outre les évangélistes non-apôtres : saint Marc pour Y Egypte, et saint Luc pour la Bithynie 3.

Dans certains cas particuliers les petites constructions qui accompagnent chaque apôtre pourraient bien avoir figuré les portes de la Jérusalem céleste , parce qu'ils ont été l'entrée du ciel pour les nations qui leur doivent la foi; mais le plus souvent il s'agit vraiment des contrées évangélisées par eux. Cette manière de peindre brièvement une ville ou une province se reconnaît cent fois comme chose admise par les artistes dans la Notice des

dignités de l'empire, qui remonte à la fin du iv* siècle.

Quant aux caractéristiques constantes qui aideront à retrouver chacun des apôtres plus ou moins sûrement dans le groupe formé de tous les douze (ou treize, avec saint Paul), et même seize (avec les deux évangélistes non-apôtres et saint Barnabe), en voici l'indication sommaire dont les détails reviendront (et seront expliqués) à l'occasion des divers attributs ou des divers saints.

Saint Pierre : clefs ou croix ;

Saint Paul : épée;

Sainl André : croix, qui n'est pas toujours en forme de sautoir (Cf. Croix);

Saint Jacques le Majeur : bourdon, épée, pèlerine el coquillage ;

Saint Jean : calice (ou coupe) que surmonte ordinairement un petit serpent ou dragon ;

Saint Philippe : croix;

Saint Barthélemi : couteau, le plus souvent, dans l'Église latine;

Saint Matthieu : hache ou lance (et même hallebarde), livre, équerre, parfois une bourse ;

Saint Thomas : lance, équerre ou règle (mesure) d'architecte;

Saint Jacques le Mineur : massue ou battoir de foulon, glaive, ou quelquefois une hallebarde ;

Saint Simon : scie ou même croix (chez les Grecs surtout ) ;

Saint Jude (Thaddée) : massue, épée, une croix droite ou renversée, une hallebarde (mais assez rarement), çà et là une équerre ;

Saint Matthias : hache ou hallebarde (hache d'armes), parfois un glaive ou même une massue ; Saint Barnabe : flammes ou bûcher, pierres et même

1. Prose Cœli solem imitantes, dans bon nombre de vieux missels (et ap. Cliclitov.) :

a [vtrum, Faulum et Andream Par Neronem, per vGgeam Homo, t'alrat perimunl ; Herodes, gens Pharistea Jacoliis et in Jndœa Binis vitara adimunt.

Joannes, ut est vocatus, Ab Epltrso est translatif Ad Cbristi convivia.

àfauri trucidant Matthftum, Bt Mi Bartholomœum, Et Philippum Scytliia.

Thomam Indi, Judam Ptruc Simonemque ; etc. > Item., Prose Clart sanctorum (ap. Cliclitov . : • tf.thiopts bnrridos Mattheee Agni reliera (qui maculas nesciat aliquas) Vestisti randido. »

Item, Missale Pragense (1478); Prose Qui sunl isti qui votant ut nubet...

• Petrui Antiocliiam, Paulus (Marcus?) Alexandriam, Bt Andréas convertit ad Dominura Acliaiam; BU.»

Mais citons surtout le livre De ortu et obitu Patrum, attribué (à tort ou à raison) à saint Isidore de Scvillc (éd. Arevalo, t. VII, 305), qui fut le maître de l'Occident durant le moyen âge : «Peirus Romam,

Paulus ab Jérusalem usque ad lllyricum, Andréas Achaiam, Jacobus Zebedaei Hispaniam, Joannes. frater ejus Asiam, Thomas Indiam, Jacobus frater Jiula- Jérusalem, Matthaeus Macedoniam (Margianam, Myrmidoniam?),Philippus Gallias (Galatas?), Bartholomœus Lycaoniam, Simon Zelotes Aùgyptum, Judas Mesopotamiam, Matthias Judœam (Indiam?). >■

Au reste le véritable texte de saint Isidore (ibid. V, 186, sq.) ne disait guère autre chose. « Petrus Hmnam accepit, Andréas Achaiam, Jacobus Hispaniam, Joannes Asiam, Thomas Indiam, Matthaeus .Wnceduniam, Philippus lîatliam (sic), Bartholomœus Lycaoniam, Simon Zelotes .fZgyptum, Matthias Judœam, Jacobus frater Domini Jerosolymam, Judas frater Jacobi Mesopotamiam. » — Rodcric. Tolet. (ap. Florez, Espafla sagrada, t. III, p. 56): «Apostolatus Circumcisionis Petro est assignants, Gentium Paulo et Barnabss, Andréa» Achaia, Jacobo Zebedaei Hispania, Joanni Asia, Philippo Gatliœ (sic), Bartholomteo India, Jacobo Alpliœi Jerosolyma, Simoni et Judae Persis et Media, Matthias Judœa (sic), Marcus vero, post translationem Pétri ad romanam Ecclcsiam, ejus discipulus, in Italia Evangelium secundus scripsit; poste i suscepit apostolaaim AKgypti. Lucas Pauli discipulus, Evangelio et Apostolicis Actibus gloriosus, Bithynice depulatur. »

S. Bom. xv, 16, — Gai. Il, 2, 8. — Eph. m, 1-9. — I Tim. il, 7. — Etc.

3. Saint Eucher (Bibl. max. PP., VI, 852) : « Bartholomeus in Indos, Thomas (étendit in Parthos ; Matthwus /Ethiopcs, Andréas Scylhas predicalione mollivit; Joannes Asiam divino sermone correxit, etc. »

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