‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 690 sur 1339 · I.eyemla aur., cap. lx. — Haginlrg. ital., t. I, p · texte numérisé non relu

I.eyemla aur., cap. lx. — Haginlrg. ital., t. I, p

FOUET ET VERGES

à leurs leçons; et se servait de temps à autre de l'instrument qu'il avait sous sa main '.

Saint Ambroise, évêque de Milan (Cf. Abeilles, p. 19). Les vieilles monnaies milanaises l'arment d'un fouet, non-seulement quand elles le représentent à cheval , mais lors même qu'elles le montrent assis sur son trône ou dans sa chaire.

Voici un petit bas-relief analogue qu'a publié Allegranza*, sans guère l'interpréter, et qui doit exprimer la même intention que les médailles contemporaines.

Que si nous en cherchons le sens primitif, on trouve divers avis qui ne sont pas inconciliables. Constatons au moins par un autre exemple que cette caractéristique avait passé les Alpes, et que l'Allemagne même y reconnaissait l'évêque de Milan. C'est ainsi que le désigne une peinture de la sacristie d'Aix-la-Chapelle dont je donne l'imitation plutôt que la copie.

Quant à l'interprétation, les Milanais racontent que saint Ambroise apparut ainsi à la bataille de Parabiago (en 1339) pour sauver son peuple d'une lutte où Milan courait grand risque3. La ville en établit une fête commémorative qu'elle célébrait tous les ans*. Mais ne pouvonsnous pas dire que si l'on vit (ou crut voir) le saint avec cet attribut, ce pourrait bien être parce que l'on avait l'habitude de le rencontrer peint de la sorte? Je pense pouvoir supposer que la sévérité de saint Ambroise en face du grand Théodose, exemple souvent cité au moyen âge \ et la fermeté de sa résistance aux ariens que protégeait l'impératrice Justine6, l'avaient fait caractériser par un instrument qui exprime la rigueur de la discipline ecclésiastique. Aussi voyons-nous bien des fois la grande figure de saint Ambroise évoquée dans les controverses comme personnification de la hiérarchie menacée par le pouvoir laïque'. C'était une sorte de pendant à Notre-Seigneur chassant les vendeurs du temple; la condamnation de la simonie et des empiétements laïques sur l'Église s'y trouvait comme exaltée, et le zèle pastoral donné en modèle. Il ne faut donc pas s'étonner si diverses hymnes de l'Église milanaise vantent le courage indomp-

1. Le Bréviaire de Passau (1521), pour l'éducation des enfants de chœur, prenait soin de rappeler cela, et d'en louer le saint homme :

« Cœlesti cinctus verbere Vir mirffi innocentia?, Prœsumebat se diligi Quo merebatur argui. »

2. Spiegazione e riflessioni sopra alcuni sacri monumenli, p. 93. Cf. Mélanges d'archéologie, d'histoire, etc., t. IV, p. 171. — Ferrario, Monumenti délia... basilica di S. Ambrogio, tav. I.

3. Le comte P. Verri (Storia di Milano, 1. 1, cap. xi) fait à ce propos de la sensibilité philanthropique, comme c'était d'usage sur la fin du xvine siècle ; et trouve que l'on a donné là un rôle bien inconvenant au saggio, prudente e mansuetissimo noslro paslore. Ce n'était pas, à ce qu'il parait, l'avis de Tristan Calchi quand il racontait

table de cet illustre pontife"; et l'abbaye cistercienne de Sant' Ambrogio-Maggiore à Milan portait dans ses armoi-

Saint Ambroise, peinture d'Aix-k-Chapelle.

sans grande surprise (Histor. palriœ. libr. VI) que S. Ambroise s'était montré déjà menaçant, et l'épée à la main, contre l'empereur Conrad H, en 1037. Or ce témoignage n'est pas le seul, tant s'en faut.

4. Antichità longobardico-milanesi, t. III, p. 100-163, 199. — Mazzucchelli, Osservazioni... sopra il rito ambrosiano, p. 104-175.

5. Cf. D. Pez, Thésaurus, t. II, P. h, p. 127, 109, 92, 45-49, 100, 167-170; 259, 262, 203,401.

6. Sermo de tradendis basilicis : « Absit ut tradam hereditatem patrum. Etc. »

7. Voyez la lettre du pape Pascal au roi Henri I d'Angleterre dans Eadmer (à la suite de S. Anselme, 2e édition de Gerbcron, p. 00). — Item, D. Pez, t. V; p. 400, 1380, sq.; etc.

8. Cf.PuccineUi, Zodiaco délia Chiesa milanese, P. III, cap. lxxix (p. 407-410).

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ries, si je ne me trompe, un bras droit ganté à la façon épiscopale et brandissant un martinet à lanières. La peinture de Sacchi (Cf. Docteurs, p. 313) nous a déjà montré cet attribut caractérisant notre saint; et dans presque

toutes les représentations que j'ai pu observer attentivement, il me semble avoir constamment rencontré les lanières ou cordes au nombre de trois. N'y faudrait-il pas voir quelque souvenir de la très-sainte Trinité, par con-

Saint AmbroiM, à l'aratjiago; p. 431.

séquent l'intention de signaler surtout la lutte vigoureuse d'Ambroise contre l'arianisme1 ? Car les Milanais voulaient qu'il eût même guerroyé à main armée contre les ariens; et Fagnano a laissé un poème latin en plusieurs chants, intitulé De bello ariano. Cependant J. P. Puricelli qui parle de tout cela fort en détail, affirme que le martinet

t. Puccinelli, ibid., cap. xx, xxiv, xxix, xxxit, xxmii, xi.vi, Lu, lxii, lxv-liix (p. S37, etc.).

porté dans les processions de la cathédrale devait avoir été primitivement armé de quatre courroies1. En quoi il n'est pas d'accord avec le tableau de Sacchi, où le fouet de notre saint (replié sur la table) me semble bien avoir trois queues, comme disent les Anglais.

Pour ampliation et conclusion dernière, voici la repré-

i. Disstrtalio Nazariana, mp. i iv {p. 310-310). Mois en disant que cul* devait avoir M, ne prêtait-il pas au texte'.'

FOUET ET VERGES

sentation de saint Ambroise chargeant les ennemis des siens (p. 430), sans autre armure que la chape et le fouet à trois lanières.

Cela est emprunté à un petit tableau du xv* siècle, que le catalogue du musée Napoléon III numérote 203, avec l'indication : « Saint évêque à cheval, armé d'étrivières. » Saint Eleuthere, évêque de Tournai; 20 février, 531. Il est parfois peint à peu près comme saint Ambroise, ou avec une verge; soit parce que les Tournaisiens ne se rendirent à ses prédications et à ses miracles qu'après avoir éprouvé à plusieurs reprises les fléaux du Ciel, soit parce que les réfractaires l'accablèrent de coups quelque temps avant sa mort ; et sa fin en fut vraisemblablement avancée. C'était peut-être en mémoire de cela, qu'une procession de pénitence avait lieu à Tournai le jour anniversaire d'une translation de ses reliques1.

Saint Léonce de Tripoli en Phénicie , soldat et martyr ; 18 juin, sous Vespasien. Comme il tenait constamment ses yeux élevés vers le ciel, le juge lui fit attacher au cou une pierre qui le forçait à courber la tête; et dans cet état il fut fouetté jusqu'à la mort.

Saint Euloge de Cordoue, prêtre et martyr; 11 mars, 859. Il fut cruellement fouetté avant sa décollation.

Saint Théodore d'Amasée (ou Tiro), surnommé aussi d'Euchaïte*, parce qu'il fit mourir un dragon, dit-on, en cet endroit (Cf. Armes, Armure, p. 79; etc.). fl tient çà et là un fouet plombé, parce qu'il éprouva ce supplice, entre autres; quoiqu'il n'ait expiré que dans les flammes.

Généralement il ne faut s'attendre à rencontrer ici que les martyrs qui ont rendu l'esprit sous les coups. Autrement le nombre de ceux qui ont subi la flagellation nous conduirait à une liste presque interminable. Ce que j'ai dit à propos de saint Ambroise, sur le sens de rigueur ou de fermeté dans la discipline, exprimé par un fouet à la main, peut aider à mieux saisir pourquoi des fondateurs, réformateurs ou supérieurs de communautés religieuses ont été peinls tenant une verge. Tels sont, par exemple, saint Benoit de Norcia, saint Romuald, saint Gérard de Brogne, saint Guthlac fondateur de Croyland, etc. A ce titre on pourrait bien y joindre saint Co-

lumban dont la règle était d'une rudesse toute spéciale.

Saint Cucufat (Cucufas, Quoquofas, Cucufans, Cocovatus, Cugat,Culgat), martyr près de Barcelone; 25 juillet, vers 301 . Avant d'être décapité, il fut déchiré cruellement à coups de fouets, au point que ses entrailles étaient découvertes *. Il semble être venu d'Afrique dans la Catalogne actuelle, et les Espagnols tiennent beaucoup à ce que son intention fût d'y braver les persécuteurs. Aussi raconte-t-on de lui des paroles assez désagréables adressées au juge, et qui malédifient beaucoup de gens aussi polis et aussi gracieux que Baillet ou lillemont. Cette école si scrupuleuse pour les saints, en fait de bon ton, n'avait pas besoin de recourir au P. Théophile Raynaud {Tela verborum in Judam, Chrisli prodilorcs Judx germani; Libri mordaccs an configendi; Opp., t. IX, p. 715, sqq.; et t. XI, 248-64); elle n'avait qu'à se renseigner auprès de messire Antoine Arnauld , dans sa Dissertation selon la méthode des géomètres pour la juslificalion.de ceux qui emploient en écrivant dans certaines rencontres, des termes que le monde estime durs ^Œuvres de M. Arnauld, t. XXVII, p. 50-70; édit. de Lausanne).

Sainte Paule romaine, veuve et pénitente (26 janvier, 404), a reçu la même caractéristique dans plusieurs peintures, parce que dès son veuvage elle s'imposa une extrême austérité de vie; s'efforçant de réparer ainsi ce qui lui semblait quasi impardonnable dans la mollesse à laquelle le luxe de sa première vie l'avait accoutumée. Entre autres signes de son grand courage, on la représente quelquefois embarquée sur un vaisseau qui lève l'ancre, tandis qu'un enfant semble l'appeler du rivage par ses larmes. Il s'agit de son fils Toxotius, qu'elle laissait en Italie lorsqu'elle partit pour la Terre sainte; et qui du reste, se montra plus tard digne fils d'une si généreuse mère.

Sainte Bibiane, vierge et martyre à Rome; 2 décembre, 363. Frappée de plombeaux jusqu'à la mort4.

Sainte Candide de Carthage, vierge et martyre-, 20 septembre, sous Maximien.

Sainte Concorde, nourrice de saint Hippolyte et martyrisée avec lui; 13 août, 258. Morte du même supplice que les précédentes (Hagiolog. italic, t. II, p. 95).

1. Sur ce fait, et autres que J'indique ailleurs, on peut consulter lés Acta sanctorum Belgii, t. I, p. 478, 483, 486, 488, 496, 499, 500. Cette hostilité que rencontra le saint serait-elle un des motifs qui l'ont fait représenter foulant aux pieds un diable, sur sa chasse de Tournai (Cf. supra, p. 336) ?

2. Menolog. grœc., t. II, p. 196, 172; t. III, p. 127. S. Théodore le général d'armée, comme disent les Grecs, était né dans la ville d'Euchaite, mais ce n'est pas lui qui en porte le nom. Cependant cette ressemblance a pu aider à la confusion qui s'est souvent opérée entre les deux martyrs.

3. AA. SS. Jul., t. VI, p. 149-162. — Espafla sagrada, t. XXIX, p. 322-327,328-351.

Les Catalans et Roussillonais honorent très-particulièrement ce saint. Voici des extraits d'une complainte (Goitgi) imprimée à Perpignan en 1763.

• Dotze botxins esforçats, Restaren tots obsecats,

Assotantvos cruelment; Pregant vos l'Omnipotent:-

V Galerio président

En terra mort est restât. Siau nos sempre protector, Glorios martir Cucufat.

En terra os cayguèren las tripas, Ab los açols lar.t orrendos ;

Y essent ellas de tots vistas, Las tornareu en llur sentro :

A vista de tal portento

Tots restaren admirats.

Siau, etc.

Trobant vos en Barcelona Molts miracles ven obrats ; Probant estos a tota hora Los qui tenen mal de cap :

T per tota malaltia

Sou vos, sant appropriât.

Siau, etc.

Marabellas grans obraren A vista del univers, Quant la reliquia portaren De sant Culgat del Vallès :

Que ni per mes que ploguès, Ningù d'ells se es mullàt.

Siau, etc.

De la tempestàt cruel, Del contagi, fàm y guerra, Puix que regnau en lo cel, Ouardau tota esta terra :

La quai debota confia En vostre emparo sagràt.

Siau. . . .

Etc. »

4. Un jeu de mots assez malencontreux a fait choisir sainte Bibiane pour patronne des buveurs, du moins en Allemagne.

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