POUR FOUIR OU DÉFONCER LA TERRE
S'il s'agit de Bêche, nous avons ce titre déjà, et il peut en être question encore à propos de saints jardiniers. Mais le hoyau ou le pic peuvent être employés à toute autre besogne qu'à fouir la terre, comme on l'a pu remarquer ailleurs (Cf. Assassinat, p. 80) au sujet de saint Rombaud tué par deux ouvriers qu'il employait à la construction d'une chapelle \ En outre, ces outils pouvant être employés par des fossoyeurs, on a pu caractériser ainsi les saints qui se sont adonnés à l'œuvre charitable d'ensevelir et d'inhumer les morts. Si bien que j'ai vu la pioche mise par un vieil artiste à la main de sainte Phaxède, parce qu'elle prenait soin de recueillir les restes des martyrs pour leur donner une sépulture honorable.
Saint Sixte 111, pape. Cf. Image de la sainte Vierge.
On donne aussi le pic ou la pioche à quelques saints qui ont été condamnés aux travaux des mines. Ainsi Callot représente de cette façon les saints évêques Nemesien, Polien, etc. (10 septembre), qui furent envoyés dans les mines ou les carrières de Numidie, sous l'empereur Valérien.
Saint AMBROiSE.évêque de Milan (Cf. Abeilles, p. 19; etc.). Creusant la terre pour découvrir les corps des saints Gervais et Protais. Il en a été question sous le titre Évêques (p. &00, sv.); mais une nouvelle caractéristique permet de rappeler cet événement avec le petit tableau italien qui le représente au musée Napoléon 111. Ce peut être d'ailleurs l'occasion de relever ce qu'en a dit récemment un écrivain qui est d'ordinaire plus respectueux pour l'histoire ecclésiastique. Il donne à penser que saint Ambroise savait à peu près d'avance où reposaient les reliques des deux martyrs, en sorte que le saint évêque
aurait eu tout simplement à tâtonner quelque peu pour faire sa trouvaille. Cela ne ressemble pas du tout ni à la bonne foi du grand docteur, ni à ce que dit l'histoire d'après les gens bien informés4. Les documents contemporains aflirment au contraire que les noms mêmes des deux martyrs avaient à peu près disparu du souvenir populaire ; et il faudrait d'assez bonnes preuves pour nous faire croire , après quatorze siècles, que saint Ambroise, qui n'était pas Milanais, en savait là-dessus plus long que les hommes du pays. Or ces preuves, où sontelles? Chose pareille ne s'afTirme pas tout simplement, pour se débarrasser du merveilleux dans l'hagiographie par le plus court chemin.
Plus d'un autre évêque, quoique pour des circonstances moins célèbres, pourrait recevoir le même attribut : par exemple, saint Honoré d'Amiens, qui découvrit les reliques des saints Fuscien, Victoric et Gentien5. Mais souvent cela se traduit, sous 1a main des artistes, en une châsse que l'on transporte plus ou moins solennellement.