‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 888 sur 1339 · Cf. F. Gonzaga, De origine seraphic. Religion., p · texte numérisé non relu

Cf. F. Gonzaga, De origine seraphic. Religion., p

J'ignore comment cette représentation était devenue la caractéristique des Monts-de-piété en Italie. Serait-ce à cause du souvenir des grandes aumônes du saint pape qui avait dit : Non pavisti ? Occidisti. J'imagine que les établissements destinés à fournir des prêts aux pauvres avaient été mis sous la protection de ce grand cœur.

MESSE

en effet, que les inquiétudes ou les souffrances des chrétiens en plus d'une contrée (Bohême et pays slaves du midi, Hongrie, France, Angleterre, etc.) attirèrent plus particulièrement la piété populaire sur les circonstances douloureuses de l'Évangile. Les images de la très-sainte Vierge au Calvaire, et de la Passion indiquée dans ses plus menus détails, occupèrent souvent alors les retables d'autel à peu près comme on les retrouve ici.

Saint Grégoire revêtu de la chasuble est agenouillé sur le marchepied de l'autel entre un diacre et un sousdiacre qui portent chacun une torche. Le calice est au milieu sur un corporal étendu; le livre est ouvert du côté de l'évangile, et vers l'angle opposé se voit la tiare du saint pape. Il est donc facile d'apercevoir que l'on a voulu représenter une messe pontificale, et que le moment est postérieur à la consécration. Quant au retable, Notre-Seigneur y est à mi-corps dans le tombeau; la croix est plantée derrière lui, accostée de l'éponge et de la lance. Les accessoires rappellent diverses circonstances de la Passion : la lanterne qui remémore le jardin des Olives, où Jésus-Christ fut abordé par les gens de la synagogue (Joann. xvin, 3) qui venaient s'emparer de lui; le coq, souvenir du renoncement de saint Pierre; la bourse, pour indiquer la trahison de Judas; la colonne, avec des verges et un fouet, instruments de la flagellation; l'aiguière avec le bassin, c'est-à-dire la condescendance inique de Pilate aux fureurs des juifs. Le marteau et les trois clous marquent le crucifiement, et les dés remettent en mémoire la tunique de Notre-Seigneur tirée au sort par les bourreaux (Joann. xtx, 23-24). Ailleurs on voit le baiser de Judas, les trente deniers qui payèrent le traître, la servante qui interpella saint Pierre dans la cour du grand prêtre; le soldat, ou le serviteur de Caïphe, qui crache au visage du Fils de Dieu; la Véronique (sainte face), la couronne d'épines, etc *

Cherchons maintenant la pensée qui avait pu inspirer tout cet ensemble, y compris saint Grégoire le Grand. Diverses solutions se présentent, entre lesquelles je laisse le choix au lecteur, faute d'un fait bien déterminé qui puisse être pris comme décisif. A partir des doctrines

antisaCramentaires qui furent répandues par bien des réformateurs du xvi« siècle, et même auparavant (comme proclamation du dogme de l'eucharistie) pour réveiller la foi des fidèles, on pourrait penser que c'est un souvenir du texte où saint Grégoire exprime ce qu'il y a de différence dans le résultat de la Consécration entre le témoignage des sens et l'enseignement divin* sur ce mystère de foi (comme parle la liturgie, après le Nouveau Testament). Que si l'on veut y voir la trace de quelque fait plus ou moins authentique rapporté par les biographes du saint pape, plus d'une interprétation se rencontre sans qu'aucune d'elles présente des titres définitifs pour faire exclure les autres.

Des incunables et divers livres d'heures manuscrits adjoignent à cette peinture certaines prières en l'honneur de la Passion, intitulées Orationes sancti Gregorii*. D'énormes indulgences, dont je ne garantis pas l'origine, sont mentionnées à la suite comme fruit de cette récitation ; elle pouvaient avoir fait la fortune de l'image et des prières qui l'accompagnaient.

Plusieurs historiens de saint Grégoire racontent que le saint ayant rencontré une femme qui ne croyait pas à la présence réelle de Notre-Seigneur dans l'F.ucharistie, obtint un miracle public pour la convaincre et ranimer la foi du peuple. L'hostie consacrée se montra sur le corporal en forme de chair visible pour tous les assistants *. On pourrait aussi avoir eu en vue le prodige qu'il opéra également sur l'autel pour des ambassadeurs qui désiraient des reliques de saint Pierre et de saint Paul. Afin de ne point toucher aux corps des princes des apôtres, il se contenta de leur donner une étoffe (brandeum) qui avait été posée sur leur sépulcre selon l'usage romain. Les envoyés témoignant faire peu de cas d'un tel don, et disant que pour des étoffes il n'en manquait pas chez eux, Grégoire célébra la messe en leur présence; puis s'étant mis en prière, il perça d'un couteau le brandeum d'où le sang coula immédiatement5.

Je ne sais si l'on n'aurait pas prétendu dans l'origine rappeler ainsi la grande part que saint Grégoire est censé avoir prise à la rédaction de la liturgie, du missel

1. D'anciens livres de prières attribuent à saint Grégoire sept oraisons en l'honneur de la Passion de Jésus-Christ, sur lesquelles je reviendrai tout à l'heure.

1. Les paroles du saint docteur ont passé dans le texte du Droit Canon (De cimsecr., dist. II, cap. Quid sil) : « Magnum et pavendum est hoc mysterium; quia aliud videtur, etaliud intelligitur. «

Aussi quelques vieux missels placent-ils la Messe de saint Grégoire (l'estampe) près du Canon, pour faire mieux entendre l'enseignement de l'Église sur la transsubstantiation sacramentelle.

Des statuts synodaux du moyen âge (ap. Martène, Thésaurus nnrus, t. IV, p. 710), expliquant les cérémonies de la messe, emploient ces paroles : « Dicit B. Gregorius quod duin Patri Filius immolatur, cœlum aperitur; cœli veniunt Potestates, et cœlestibus ima junguntur. »

3. « O Domine Jcsu Christe, adoro te in crucc pendentem et coronam ipineam in rapite portantem. — Adoro te in cruce vulnera-

tum, felle et aceto potatum; etc. » Cf. Missale Traject. (Antverp. 1540), fol. Ixxiv, sq.; etc.

A la suite on ajoute : « Sanctus Gregorius in honore quinque vulnerum Cbristi composasse fertur has salutationes... : « Ave manus dextra Christi. Etc. ■

Les expressions employées pour recommander ces pieuses formules font asseï voir que l'on n'était pas bien fixé sur leur origine véritable.

4. AA. SS. Mari., t. Il, p. 134, 154. Cf. Legend. aur., cap. xi.w.

Le bréviaire de Passau (1521 ) dit du saint pape dans un répons de

son Office a vêpres :

• Verc felieem presulem,

Vere fidei doctorem 1

Quo petente, panis Christi

Formam accepit digiti ;

Ad flraiandara plebii lidem

Versus incruenUm carnem. »

5. AA. SS. Mart., t. Il, p. 154, 135, 17X. Cf. Ugtnd. aur., I. c

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