MEULE, MOULIN
La meule figure fréquemment dans les représentations des saints pour tous ceux qui ont été précipités dans les eaux avec une pierre au cou, sans que la légende dise si c'était une masse régulière ou non. Assurément on ne
devait pas croire nécessaire de sacrifier une meule toutes les fois que l'on prétendait noyer un martyr; mais les meules anciennes étaient plus multipliées et de moindre dimension qu'aujourd'hui, parce que chaque maison à peu près avait la sienne qui était fort suffisante pour entraîner par son poids un homme au fond de l'eau. Comme d'ailleurs toute meule passe pour être percée d'un trou à son centre, elle offrait aux artistes la facilité d'y faire entrer une corde qui, s'attachant par l'autre extrémité au cou du saint, expliquait très-bien son immersion. Du reste, nous réunirons ici le moulin et la meule, pour ne pas séparer des articles dont le voisinage est évident; quoique bien des fois ces deux mots figurent comme attributs dont la signification historique est fort différente.
Saint Quirin évêque de Sissek, martyr; k juin, v. 303. Lorsque la persécution de Dioclétien éclata dans le monde après plusieurs années de tranquillité accordées au christianisme, ce saint fut saisi en Pannonie, et condamné à être jeté dans un affluent du Danube avec une pierre au cou pour le noyer plus sûrement. Ses historiens attestent que la pierre (ou la meule) flotta sur l'eau pendant que l'homme de Dieu prêchait l'Évangile aux spectateurs réunis sur les rives du fleuve ; et après un certain temps, le saint demanda au Ciel que son martyre ne fût pas différé davantage. Alors la pierre retrouva son poids naturel et entraîna le martyr au fond6.
Je le trouve dans une vieille estampe, portant sa meule sous le bras, à la façon d'une boite. Ailleurs il semble avoir une cloche suspendue à la main. Je suppose qu'il ne s'agit pas d'une cloche de plongeur, mais peut-être seulement d'indiquer un poids énorme avec lequel on l'aurait jeté à la mer.
A propos de cloche mal attribuée, disons encore que saint Paulin de Nole se voit avec un emblème tout semblable dans quelque estampe allemande du xvie siècle. J'imagine qu'on aura voulu exprimer ainsi son surnom deNolanus, par allusion aux mots latins nota (cloche, clochette) et campana; d'autant que plusieurs prétendent
1. On sait que cet oiseau, depuis l'antiquité1 jusque vers la Au du moyen âge, était considéré comme une volaille délicate. Aussi ne paraissait-il guère que dans les repas des grands seigneurs.
2. Calendar. benedict., 9 octobr. — Cf. AA. SS. Septembr., t. I, p. 529.— Rader, Bavaria sancta, t. I.— C. Stengel, Monasteriologia ( Nieder-Altaich J.
3. AA. SS. Augusti, t. V, p. 804. — Hagiolog. lia/., t. II, p. 128. i. AA. SS. Stptembr., t. II, p. 512, sqq.