NÈGRE
Des artistes assez mal informés ont plus d'une fois pris les nègres pour indiquer les missionnaires qui ont prêché, non-seulement en Afrique (mission qui n'a guère donné de saints canonisés par l'Église), mais aussi dans les Indes, soit orientales, soit occidentales. Ils auront été induits en erreur par le nom d'Indiens que les Espagnols, Portugais et Anglais ont donné aux indigènes des deux Amériques. Or, sans vouloir faire une excursion scientifique sur le domaine de l'ethnographie à propos des sainls, il est cependant bon de savoir et de faire observer que les nègres, les Hindous aryens ou dravidiens (Tamouls, Cingalais), les Peaux- Rouges, les Moxes, les Aztèques, etc. (sans parler des Chinois, des Japonais, des Papous et autres) ne se ressemblent guère ni pour la couleur ni surtout pour les traits.
Mais l'art n'a pas toujours tenu compte de ces différences, et l'on voit plus que de raison saint François Xavier ou le B1 Jean de Britto (11 février, 1693) prêchant à une population de nègres imaginaires dans la presqu'île en deçà du Gange, ou baptisant sur la côte de Coromandel des espèces de caciques ou sachems américains comme en ont pu rencontrer Pizarre, F. Cortez, Christophe Colomb, Almagm, Balboa ou Jacques Cartier6. Puis sont venus les Malais, Tagals, etc.
De même saint François Solano franciscain, et saint Louis Bertrand dominicain (Cf. Baptême, p. 119), se\oient entourés de nègres assez gratuitement, pour avoir prêché dans l'Amérique espagnole. Toutefois ils avaient pu y catéchiser des esclaves africains apportés par la traite; et là même il y a bien des variétés.
En outre, une nouvelle source de confusion a été introduite dans les caractéristiques des saints par le teint basané des Maures 7. Comme ils sont Africains, on a trouvé fort simple, surtout vers le xve siècle, de les englober dans un même groupe très-risqué, avec les Abyssins ou les Nubiens, les Cafres, les Hottentots, et
1. J'ai dit à cette occasion que l'on trouverait ici une sor.'e do supplément au sujet des occupations d'uno ménagère et d'une femme rangée qui ne se laisse pas de loisir; .comme l'entend l'Écriture sainte, même pour l'Orient (Prov. xxxi, 10-31 ). Ce peut être le lieu de rappeler que dans un ivoire qui recouvre le plat du livra d'heures de Charles le Chauve [Mélanges d'Archéologie, 1. 1, pi. x, p. 31-37), Bethsabée, prés de David, s'occupe, à filer tandis que le prophète Nathan admoneste son mari.
2. Surins, 1 februar. — Le P. Ange Gazet a raconté ce fuit dans une de ses poésies (Pia hilaria), souvent très-heureuses de tour et d'enjouement.
3. AA. SS. August., t. III, p. 168-175. Il ne faut pas la confondre avec d'autres saintes du même nom, dont la co:nniéinoraison se célèbre le 27 février et le 31 janvier.
4. Ibid., p. 170 et 160. En quoi, si les Athingani doivent être vraiment pris pour les Zingari (Bohémiens, Gitanos , Ciganos , Zigeuner) de nos jours, il est curieux do les trouver dans l'Asie Mineure et en Grèce dès le ix« siècle, tandis qu'on les tient souvent
pour émigrés de l'Inde vers l'époi|ue des invasions mongoles.