NEIGE
Saint Servais, évoque de Tongres (Cf. Clef, p. 225; etc.). Son tombeau négligé," dit-on, après la ruine de sa ville épiscopale et de son église, aurait attiré enfin l'attention des fidèles par le soin que le Ciel prenait de le signaler au respect des plus oublieux. La légende prétend que pendant les plus rudes hivers, la neige épargnait constamment le sépulcre du saint, tandis qu'elle couvrait la contrée entière. Ce prodige aurait enfin renouvela la dévotion des chrétiens pour les restes trop abandonnés de J'évêque, et fait relever sa basilique dont la mémoire allait se perdre1.
Dans lé brouillard qui enveloppe l'histoire de ce saint avant at après sa mort, je ne crois pas m'avancer trop si j'explique cette neige par l'axiome populaire des trois saints de neige (saint Servais, saint Pancrace et saint Mamert), du milieu de mai (13, 12 et 11), dont il a été question à propos du jardinier de Frédéric II, sous le titre Calendriers (p. 158). Saint Mamert, avec son jour critique, pouvait bien être censé mis en dehors par les Rogaiicms, dont l'origine lui est attribuée ; quant à saint Pancrace, oublié entre ses deux voisins il aura laissé le champ libre à saint Servais, lequel est d'ailleurs le plus avancé des trois dans le printemps. Ainsi le nom spécial de saint de neige lui sera échu ; et la peinture peut avoir fixé ce mémento du calendrier économique, que des âges moins bien informés auront traduitensouvenir des anciens
1 . Cf. Supplementa ad Lcgendam auream ( Historiœ plurimorum SS., Lovanii, 1475), fol. lxxij, r\ — Brautii Martyrolog. poetic. (13 maii):
« Prirsulis intactura cingit nii corpus humatum,
Donec humus aacro tegmine cmcU fait. >
Cf. AA. SS. Belgii, 1. 1, p. 80, sq.; 80-92, 051; 312-372. — Ibid., t. II, p. 178, sqq.; 187-201 ; 204, etc.; 222^273.
Mais puisqu'une occasion se présente de résumer !a légende de saint Servais, dont il a déjà été parlé plus d'une fois, citons une prose de Cologne (Lux prœclara), qui se retrouve dans les Missels de Passau et de Frisingue :
• Pauper Christi rcvelatur • Pormidatur ultio. Angalico prœsulatur Romain petit oralurti*
Blectus in.licio. Petrum ; Pétri peliturm
Vis» Undem vWoua intrat oratorium.
De |>erdenda regione, |ictro prece» «uni ubuu>,
temps, au lieu d'y lire un avis perpétuel pour l'avenir. Si je ne me trompe fort, on peut tomber plus mal en fait d'interprétation; je ne donne d'ailleurs la mienne que sauf meilleure hypothèse, m'en rapportant à ce qu'il en est. Ainsi l'on peut considérer la discussion comme demeurant ouverte jusqu'à solution définitive, au cas où celle que je propose semblerait trop hardie.
Saint François d'Assise (Cf. Ange, p. 38; etc.). Comme nous l'avons dit de saint Benoit de Norcia, sous le titre Buisson, l'on raconte qu'il se roula dans la neige pour vaincre une tentation d'impureté. Ce fait a été représenté plus d'une fois, sans appartenir pourtant aux caractéristiques principales de saint François d'Assise dans l'art ordinaire. Du reste, ces exemples ont l'avantage de faire voir aux chrétiens que la sainteté ne consiste pas à être exempt des assauts du démon, mais à les repousser.
Sainte Eulalie de Mérida (Cf. Colombe, p. 2^3; etc.), nommée quelquefois Olalla en Espagne. Prudence raconte dans son hymne sur le martyre de cette sainte, qu'aussitôt après sa mort une neige abondante couvrit subitement la place, et sembla vouloir voiler le corps de la jeune vierge*. C'était du reste le 10 décembre. En tout cas, les chrétiens en profitèrent pour recueillir les reliques de la sainte pendant que la foule païenne s'enfuyait.