Calendar. benedicl., 13 api il
l'imprimerie fournit nombre de renseignements dont nos pères cherchaient l'indication dans le ciel ou dans l'atmosphère. Les chasseurs et le paysan connaissent là-dessus et sur les changements de température, quantité d'indices que le citadin ne soupçonne même pas. Ainsi nous conservons encore plusieurs proverbes constatant la relation jadis observée entre certaines fêtes et l'apparition ou la multiplication de divers animaux. On disait, par exemple, et l'on continue à dire:
n A la Saint-Remi (1 octobre), Tous perdreaux sont perdrix. »
« A la Saint-Denys (9 octobre), Bécasse en tout pays. »
« Cerf et truite ont même saison. »
Et les Allemands disent aussi :
« A la Notre-Dame de mars (Annonciation, le 25), les hirondelles
arrivent; A la Notre-Dame de septembre (Nativité, le 8) elles s'en vont. »
A propos de Calendriers, plusieurs de ces remarques ont déjà été faites. Concentrons-les cette fois sur un seul point d'ornithologie populaire. L'Allemagne possède un dicton macaronique au sujet des bécasses et des bécassines qui arrivent chez nous en automne, et repassent en mars ou avril. Ces époques ne sont pas sans quelques avances ou retards dus à la saison et au pays, ou aux mœurs de certaines tribus. Par une curiosité qui mérite attention , l'Allemagne prétend faire coïncider leur voyage de printemps avec les dimanches de carême. Elle dit donc (au moins vers Francfort-sur-le-Mein ) :
« Oculi, dakommen sie;
« Lœtare, da sind die wahre;
■ Judica, sind sie auch noch da;
« Palmarum, Tralarum! »
Ce qui en français, reviendrait quasi à cette forme :
n Oculi, en voici;
n Ldstare, on peut y compter (ou a plantée);
n Judica, comme ci, comme ça (ou çà et là);
n Aux Hameaux, chien en repos (ou tout beau ! ). n
Si l'on fait attention que les dimanches de carême peuvent se trouver dérangés d'un mois entre diverses années, on verra que les proverbes populaires se contentaient d'approximations assez larges; et qu'il ne faut pas être trop exigeant pour les interpréter.
L'oie aura sûrement fourni plusieurs renseignements
de ce genre qui ne sont pas du tout étrangers à notre sujet, comme on va le voir si l'on y veut mettre de la patience. A l'état sauvage, elle ne niche que dans le Nord, et ne passe chez nous que pour chercher des pays plus chauds durant l'hiver, ou pour regagner les régions qui conviennent à sa couvée lorsque le printemps des climats septentrionaux la rappelle par une température plus adoucie1. En somme nous ne la voyons passer en troupes par nos contrées que vers l'automne (milieu ou lin de septembre, parfois lin d'octobre ou commencement de novembre), afin de se rendre au Midi durant nos froids ; ou quand la neige disparaît (fin de février ou commencement de mars), afin de s'enfoncer vers le pôle dans les pays du Nord où elle fait sa ponte. Les grandes volées de ces oiseaux qui traversent deux fois par an nos régions en sens contraire, avaient été remarquées depuis longtemps. Sur diverses sculptures des monuments romains antiques on voit l'hiver caractérisé par la chasse des animaux du genre anas*, dont l'oie fait partie, et dont les différentes espèces ont des mœurs à peu près semblables.
L'oie aura donc été prise de bonne heure comme signe de l'hiver dans sa fuite vers le Midi, et du printemps quand elle retourne au Nord. Ajoutons que -dans sa traversée d'automne surtout, époque où ces animaux sont plus en chair, leur passage a été l'occasion de cent inventions pour mettre à profit cette aubaine envoyée par la Providence. L'Italie, aujourd'hui .encore, fait des massacres incroyables aux dépens des petits oiseaux de passage dans cette saison ; et les bandes d'oies devaient occuper pour le moins autant nos ancêtres, qui étaient gens peu affairés9. Je crois donc pouvoir établir que l'oie figurait dans le calendrier d'autrefois comme point de repère important, et l'on en verra se déduire les conséquences pour l'hagiographie qui s'est mêlée à mille détails de la vie populaire. On a pu s'en convaincre par tout ce qui a pris place sous le mot Calendrier, où je n'ai pourtant pas tiré fort grand parti de la matière qui s'offrait à moi.
Cela une fois mis en avant, bien des faits s'explique* ront comme d'eux-mêmes, si je ne me trompe ; et nous pourrons procéder bien plus rapidement à l'énumération de faits où la légende toute pure nous aurait offert mainte surprise sans cet avant-propos.
Saint Martin évêque de Tours (CL Aumône, p. 92 ; etc.). On place souvent près de lui une oie» et l'on en a cherché
1. Peut-être la solitude primitive des régions boréales avait-elle beaucoup de part à cette élection de domicile faite par des races d'animaux craintifs et très-défiants. Je laisse cette question aux naturalistes futurs; ceux de nos jours s'occupant beaucoup plus de science que d'histoire naturelle, malgré les exemples de Béaumur, le titre pris par Buffon, et le nom de notre muséum parisien du Jardin des Plantes.
3. Cf. Buonarruoti, Medaglioni, p. xx et 420. — Bellori, Veleres anus Aupustorum, arc. Septini. Severi; etc., etc. Outre l'oie, il y
a même dans le genre canard plusieurs espèces; comme les tadornes;, ihacreiiscs, souchets, morillons, vinge.onst etc.
3. J'eusse aimé à citer un petit mémoire fort curieux publié à Metz (en 1864), sur les lieux que nos ancêtres les Gaulois auraient observés comme propros à chasser l'oie sauvage dans ses migrations; mais n'ayant pas reçu de réponse aux difficultés que j'avais soumises à l'auteur, je n'ose pas accepter la responsabilité de ses assertions, au moins pour la Gaule celtique. Quant à la Gaule germanique ou rhénane (et belgique), il me reste plus d'un doute encore.
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toutes sortes de raisons1. L'on a prétendu que les cris de ces oiseaux le trahirent lorsqu'il se cachait pour ne pas être élevé à l'épiscopat. Mais je ne vois pas que Sulpice Sévère fasse mention de cette curiosité dans la vie du saint qu'il a écrite avec maints détails.
Selon d'autres, et le fait est attesté par les biographes de saint Martin, il ne s'agirait pas' du tout de l'oie. Voici ce que raconte Sulpice Sévère. L'homme de Dieu voyant un jour des oiseaux pêcheurs qui poursuivaient rapidement leur proie sur un fleuve, fit remarquer à ses disciples que c'était là le portrait de Satan qui guette sans cesse les âmes pour les perdre. Puis, grondant ces pirates ailés, il leur ordonna de se retirer dans des terres désertes où ils nuiraient moins à l'homme. Il fut obéi par ces oiseaux, comme il avait coutume de l'être par le démon s. 11 n'est pas fort aisé d'établir quel est cet oiseau de Sainl-Marlin que Sulpice Sévère nomme tout simplement mergus. Faut-il y voir le plongeon ou le canard du Rhin, qui est une sorte d'espèce moyenne entre l'oie et le canard, sauf les dentelures de son bec? En ce cas, une sorte d'oie près du saint ne ferait que rappeler le prodige raconté tout à l'heure. Mais d'autres veulent que Y oiseau de Sainl-Marlin (car ce nom s'est propagé dans le langage populaire avec une extension un peu vague dont les naturalistes sont fort embarrassés) soit le busard, qui est assez répandu dans toute la France, où il arrive généralement en automne et vei;s la Saint-Martin. Quelques-uns prétendent que c'est le circus (ou falco) cyaneus, oiseau de proie, mais non pas pêcheur, que je sache. Cependant ne faut-il pas aussi tenir compte du nom que le peuple a donné au marlin-pêcheur (ou martinet-pêcheur), lequel, à vrai dire, ne se nourrit guère que de très-petits poissons et d'insectes aquatiques. Aussi son appellation ne semble-t-elle être due qu'à un souvenir vague du miracle de saint Martin. Bref, les savants ne se sont pas mis d'accord sur la véritable bête qui fut réprimandée par l'homme de Dieu3,
et je n'ai pas titre pour faire cesser leurs discussions.
Quoi qu'il en soit de ce souvenir historique, puisque nous ne voyons pas que l'on ait bien su depuis longtemps ce qu'était l'oiseau de Sainl-Martin, d'où peut être venue la pratique assez générale de lui attribuer une oie? Je pense que c'est à raison de sa fête (le 11 novembre); d'autant que nous trouvons presque partout l'usage de tirer à l'oie (avec le fusil, le bâton ou le sabre), ou de manger une oie le jour de la Saint-Martin*. Ce serait un indice de saison, comme nous l'avons vu dans l'almanach runique (mai et novembre), au retour et au départ de ces grands oiseaux voyageurs. Nous savons que certaines superstitions fort répandues prétendaient faire servir les os de l'oie mangée à la Saint-Martin comme pronostics du temps qui régnerait pendant l'hiver8. J'entends même dire que les pays slaves connaissent l'oie de la Saint-Martin. F.n tout cas Luther lui-même semble désigné par l'oiseau de Saint-Martin dans une médaille protestante de 1617 qu'a publiée M. J. de Fontenay {Manuel de l'amateur de jetons, p. 123).
La conjecture que nous donnons ici, tout simplement comme telle, acquerra beaucoup plus de probabilité quand on l'aura vu s'appliquer également bien à divers autres cas qui ont tout l'air d'être régis par une loi commune (entendue avec quelque largeur).
Saint Uigodert archevêque de Reims, après avoir été abbé d'Orbais; k janvier, 733. Une oie était venue s'offrira lui dans un voyage, dit-on; ou, selon d'autres, lui avait été donnée en cadeau, et après s'être échappée, se laissa reprendre. D'après divers récits, il semble que le saint, ne voulant pas rompre le jeûne ou l'abstinence monastique, ait gardé cet oiseau en souvenir de l'offrande qui lui en avait été faite pu de la manière dont le Ciel le lui avait envoyé. Les chroniqueurs prétendent que la bête ainsi épargnée, en témoigna sa reconnaissance au serviteur de Dieu et l'accompagnait dans ses voyages comme aurait fait un chien •. Les variantes de
1. Cf. Annales encyclopédiques, 1810 ; t. I, p. 202, etc. — Haltaus (éd. Schefter), Jahrteilbuch, p. 149-151.
2. Sulp. Sever., Epist. III, ad Dassulam. Cela doit s'être passé à Candes en Touraine, où le saint fut inhumé.
3. Cf. Gesner, De avibus, lib. 111 (Zurich, 1555; p. 122, 123). — Ducange, V. Avis sancti Martini. — Hardouin, »rf l'Un. H.N., X, 11.
4. Cf. Édél. Du Méril, Poésies populaires latines antérieures au xne siècle, p. 109, sv. (note). — It., Poésies... du moyen âge, p. 208 et 199. — Jt., Études... d'Archéologie, p. 133, svv.— Rciske, ad Abulfed., t. IV, p. 668. — Coremans, L'année de l'ancienne Belgique, p. 33, 35, 90. — Willh. Mucller, Gesch. des Alldeulsch. Religion, p. 115. — Anguissola, Ephemerid., 1831, p. 143, sg. — Revue archéologique, 1860, t. H, p. 97, svv.; etc., etc.
J'en ai dit un mot à l'article Calendrier, sous le mois de novembre, pour l'almanach runique (p. 167). Millin, dans un petit mémoire intitulé les Martinales, n'avance pas beaucoup la question, quoique sa notice (1815) renferme plusieurs détails intéressants. Du reste la fête de saint Martin était si bien connue, du moins chez nous, pour un jour, de bombance, que la langue française avait quasi adopté le mal Saint-Martin comme indication d'ivresse nu d'indigestion qui réduisait son homme à l'eut purement passif. Ce ainsi
que nos pères disaient encore la prison de Saint-Crépin, pour indiquer des souliers beaucoup trop justes.
Si quelqu'un voulait en outre qu'on lui expliquât pourquoi la Saint-Martin amenait de grands repas, il me semble qu'il s'en trouverait un motif tout simple dans la fétc, coïncidant avec l'abondance et les loisirs de l'automne terminé. Ajoutons néanmoins, pour valoir ce que de raison, le souvenir du repas où le grand évoque mangeant à la table de Maxime, et recevant la coupe de sa main, ne la rendit à l'empereur qu'après l'avoir passée au prêtre son compagnon .
Venant. Fortunat, De vita S. Martini, libr. II :
a Martinus patent nblata ut bibit oro parumper,
Principe postposito, pnrtem liharoinis imam Presbytère tribuit, noscens quod dignior esset. Etc. •
Cf. Sulpic. Sever., De vita B. Martini (Veronae, 1741, t. I, p. 27).
5. Sorterup (ap. Finn-Magnusen, Priscœ borealium... Mythologtw lexicon , p. 792, 849) prétend que dans la symbolique du Nord, l'oie décapitéo indique l'hiver vaincu. Ku ce cas, nous n'aurions pas été d'accord avec lus Scandinaves, nous qui (avant la loi Urainmout) décapitions les oies à l'arrivée de l'hiver.
<i. Calcndar. benedict., 1 januar.— Flodoard, Mit. Eccl. Rem. — AA. SS. Januar., t. I, p. 178.
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cette narration me portent à croire que l'on ne savait pas au juste la véritable origine du fait représenté primitivement dans les peintures, puis expliqué comme pouvaient le faire des spectateurs qui avaient perdu le secret du symbolisme primitif. Pour moi, je regarde comme extrêmement probable que cette oie indiquait jadis la fête du saint comme tombant en plein hiver. Cela convenait surtout à la Champagne, où les nombreux méandres de la Marne et des rivières voisines formaient des terrains de chasse qui devaient attirer ces oiseaux voyageurs1.
Saint Ambroise, évêque de Milan (Cf. Fouet, p. 429, s».; Abeilles, etc.). L'oie qui l'accompagne dans quelques représentations pourrait bien signifier tout simplement que sa fête actuelle (celle de son ordination) se célèbre dans l'Église le 7 décembre2.
Saint Cerboney, évêque de Piombino; 10 octobre, v. 575. llya plusieurs saints du même nom, et deux sont fêtés le même jour. Celui dont nous parlons passe pour être venu d'Afrique en Toscane pendant la persécution des Vandales ; et sa légende rapporte qu'après avoir été élu évêque, il se rendit à Rome pour recevoir la consécration. Là, comme il traversait les prairies de Néron 3, il rencontra, dit-on, une bande d'oies qui s'y étaient abattues. 11 leur donna sa bénédiction, leur intimant l'ordre de l'accompagner jusqu'en présence du pape. Arrivé devant le souverain pontife avec cette compagnie, il lui offrit son troupeau de volailles comme un présent de bonne venue, faisant mine de lui amener cela de la Toscane. On ajoute que le pape fit bon accueil au digne homme qui n'arrivait pas les mains vides, et qui avait été mal recommandé*. Mais après que le pape eut accepté ce don, Cerboney octroyant de nouveau sa bénédiction aux bêtes de son escorte, les releva du commandement qu'elles avaient reçu à leur première rencontre avec l'homme- de Dieu. Sur quoi les oiseaux auraient immédiatement pris leur vol, et laissé le pape fort déconcerté.
Cette historiette, dans sa drôlerie, nous offre différents points de vue qui font bien voir que des légendes populaires ne sont pas toujours à mépriser complètement; et que pour qui les sait lire, elles renferment des traces d'origine qui permettent de se renseigner sur leur époque. Évidemment nous avons ici une trace des antipathies qu'avaient soulevées la tergiversation du pape Vigile, et les soupçons auxquels prêtait son élection comme pape5. Saint Cerboney d'ailleurs, étant venu d'Afrique en Italie avec saint Hégulus dont il fut le successeur dans l'épiscopat, et les évêques d'Afrique ayant fait une très-vive opposition aux décrets de Vigile sur l'affaire des Trots chapitres, il se peut bien que l'Église de Populonia (Piombino, ou à peu près) ait cru devoir faire quelque peu chorus avec les évêques d'Istrie qui commencèrent alors un long schisme contre Rome. La malice dont on suppose que le pape aurait été victime par le fait de saint Cerboney, me semble être un écho des résistances contemporaines au judicatum (ou prononcé) du pape Vigile • (548).
Mais pour le cas présent, les oies ont bien le rôle de signal météorologique. Les deux saints Cerboney, annonçant à peu près le milieu d'octobre, avaient tellement la signification de l'hiver qui arrive, que l'Église de Paris (qui fête le nôtre au 17 octobre) a désigné ce jour depuis un temps immémorial pour le moment de l'automne où le clergé serre les bonnets. C'est-à-dire que ce jour-là on met définitivement sous clef les bonnets carrés (birrettes ou barrettes), pour prendre le camail (vêtement de choeur à capuchon) jusqu'au printemps7. En attendant plus ample informé, je tiens donc que les oies de cette légende signifient : A cette fête, tenez-vous prêts pour les frimas qui ne peuvent tarder.
Saint Baudolin (Baudelinus?), évêque d' Alexandrie en Milanais (ou du voisinage)*; 10 novembre, v. leviir* siècle. Son histoire n'a pas encore été passée au crible par une main à la fois ferme et délicate. Ce qui nous le fait introduire ici, c'est que d'après sa légende, il fit un jour
1. Si l'on veut bien m 'accorder qu'à propos d'oiseaux voyageurs la grande outarde aura pu Être assimilée aux oies et aux cygnes, je ferai observer que la Champagne pouilleuse est un des cantons où l'outarde se chasse le plus abondamment. Cet oiseau ne se montre guère en France que depuis les premiers jours de décembre jusqu'en mars. Moyennant quelques confusions pareilles, où les usages économiques auront pu faire négliger les caractères zoologiques, il est plus aisé de comprendre comment tout l'hiver aura eu ses saints escortés de quelque chose comme une oie.
2. Cf. A A. SS. April., 1. 1, p. xxxviii,sqq. — Labus, Fasti, 4 april.
3. Campi Neronis, ou jardins de Néron ; dans le quartier du Vatican, si je ne me trompe. Le biographe de saint Cerboney (Hat. sacra, éd. Coleti ; t. III, p. 707) dit Pratum Neronis, à peu près comme parlait le moyen âge.