AA. SS. Februar., t. I, p
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Mi
donnât congé. La sainte leur intima l'ordre de ne plus recommencer jamais , moyennant quoi elle leur accordait la liberté de déguerpir. La troupe s'envola, et l'on ne vit plus désormais d'oies sauvages dévaster la terre de sainte Wéréburge. Comme la fête de cette sainte est célébrée le 3 février, sa légende sera mieux comprise quand nous aurons parlé des autres servantes de Dieu qui ont à peu près le même attribut.
Sainte Pharaïlde (sinle Veerle, en flamand, ou sente Varelde) vierge, patronne de Gand; h janvier, époque mal fixée par les historiens. L'on en fait la fille d'un roi Thierry d'Austrasie (fils de Childebert), la sœur de saint Émebert évêque de Cambray, et des saintes Rénelle ( Renilde) et Gudule; ce qui placerait sa mort vers le commencement du vme siècle. Les calendriers flamands la représentent portant une oie entre ses bras1; et il est bon de nous rappeler saint Rigobert archevêque de Reims, dont nous venons de parler sous ce même titre, parce que fêté le même jour en Champagne, il a précisément reçu le même emblème. Naturellement cette peinture a été traduite en légende. Pour sainte Pharaïlde on raconte qu'à peu près comme sainte Wéréburge, elle fit conduire à sa ferme une volée d'oies qui était descendue dans la campagne. Là elle ordonna de les nourrir comme les autres oiseaux domestiques, sans que personne prît la liberté de mettre la main dessus. On peut, si l'on est curieux de ces naïvetés du vieux temps, se renseigner sur le reste de l'histoire dans la collection du P. Bollandus ». Pour moi, je crois avoir mis le lecteur assez au courant de ce qui aura fait donner cet oiseau de passage à notre sainte. Au risque de m'aventurer un peu sur le terrain flamand, qui ne m'est pas familier, je me hasarderai en outre à proposer quelques conjectures sur des étymo* logies que je livre aux gens du métier pour ce qu'elles valent.
1. En quoi elle ne ressemble pas mal à une personnification du mois de février que publiait Grevius dans le t. VIII de son Thésaurus antiquitatum romanarum (p. 103, sqq.; et planches correspondantes). Là et dans les peintures du tombeau des Nasons à Rome (op. cit., t. XÎI, p. i063, 1066) d'après Bcllori, l'hiver a pour représentants une jeune femme qui porte une oie sous son bras droit, et un vieillard dont la main gauche tient un canard par les pattes en même temps que sa droite élève un bouquet de roseaux. Si donc ce n'eût été un peu déroger à la marche de mon ouvrage, je pouvais emprunter à ces sources deux ou trois personnifications classiques de la mauvaise saison commençant ou finissant; et avec un nimbe de plus, c'aurait été (à s'y méprendre) la sainte Pharaïlde des graveurs flamands.
2. AA. SS. Januar., t. 1\ p. 172. Le Breviarium... sancti SertttMu (Cologne, 1503, iii-t6) donne Aux matines de sainte Pharaïlde l'hymne d'où j'extrais l'abrégé de sa vie :
c Deo cui se subegit Sponsoque duci jungitur.
Votum vovit, nec infreglt;
Tirginalero ci florem tn tetate Jam nubili
Preesentare studuit buci juncta est nobili,
Sed castitatis liliutn
Quum annorum ter dendrum Non perdit hoc conjugium.
Esset mater egenorum,
Nolen» a pâtre cogitur In Ubentis vit»? pirno {pyrjoî)
Le nom de Gand (Gantum au moyen âge, Glient ou Gcnt en flamand et en allemand) n'aura-t-il pas donné lieu de caractériser la patronne de cetle ville par une oie (Gans dans les langues germaniques, et dans la basse latinité Ganta, Gansa, Gantua, Ganccs, Gantes, Gantula; en espagnol Ganso, etc.; d'où pouvait bien venir le mot Gannire pour exprimer le rire maussade ou le grognement qui rappellent le cri des oies)? Ce que nous avons cité en note fait assez voir que le mot Gant était populaire dans la Flandre pour désigner cet animal3. Jusque-là, je ne crois pas m'ètre avancé plus que de raison ; mais l'entraînement de la philologie me compromettra peut-être dans une tentative que je vais risquer encore, en attribuant aux Flandres un mot qui aurait appartenu excliiT sivement à des populations d'autre souche. Sainte Pharaïlde avait depuis sa mort, dit-on, un pèlerinage à Ockersele (ou Steenockerzeel, Ochinsala, Hockeselc, etc.) en Brabant4. Ce nom peu intelligible aujourd'hui B, aurait-il pour un de ses éléments primitifs quelque reste de notre ancienne expression auque (occa en italien. oque ou oche en Poitou; et en basse latinité auca, ochu, oga, aucella, etc.), d'où nous sera venu oue et oic^'i Le village porterait alors l'empreinte de la caractéristique qui désignait sa patronne.
Sainte Milbukge vierge et abbesse, iille d'un roi des Merciens7; 23 février, v. 725. Je la trouve représentée chassant des oies qui fuient devant elle et semblent déserter le pays9. Il importe assez peu en ce moment quelle histoire on avait rattachée à cette représentation, puisque nous voyons encore aujourd'hui inventer des faits pour expliquer des monuments qu'on ne comprend plus. Redisons tout bonnement que dans le Nord, le départ ou l'arrivée de certaines espèces d'oies, de cygnes et de canards sert à pronostiquer la rigueur ou la durée du froid. L'oie sauvage pond en Norvège et en Laponie depuis avril et mai jusqu'en août; mais en
Suscitasti gamam {gantam?) virgo; Dans in signum tua; laudis.
Cseco visum, gressum claudis Etc. »
Le docte Molanus proposait de lire ganzas dans la légende, au lieu de gantas; on va voir que cette altération du texte n'est pas du tout nécessaire.
3. On peut consulter, sans trop de recherches, le Glossaire de Du Cange, où l'on trouvera maintes citations du moyen âge et de Pline lui-même (mais à la charge des Morins) ou d'auteurs latins encore, bien que moins classiques.
4. AA. SS. Januar., t. I, p. 170. — Reinsberg-Dueringsfeld, Calendrier Belge, etc.
5. M. A.-G. Chotin {Études étymologiques sur les noms desvilles... de la province du Brabant, p. 109), que je soupçonne d'être simple amateur en linguistique, déclare assez peu nette la signification véritable de ce nom après les changements apportés par les siècles. Peut-être, simple amateur moi-même, serai-je reçu à présenter mon opinion comme document quelconque au dossier de l'affaire.
ti. Cf. Du Cange, Glossar., h. v.
7. Aussi lui met-on souvent une couronne près d'elle, ou sur la tête; outre l'église qu'elle porte parfois, comme fondatrice du monastère de Wenlock dans le Shropshire actuel.
8. AA. SS. Februar., t. III, p. 390. On ajoute môme que les oies se mniitrent chaque annéeobéissantes à la défense qui leur fut faite alor>.
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Ecosse et dans ses archipels, un peu plus tôt. Aussi traverse-t-elle la France et la Grande-Bretagne, pour aller
an Nord vers la fin de février ou au commencement de mars.
En conséquence, sainte Milburge chassant des oies
devant elle peut bien annoncer la fin du l'hiver et le commencement du printemps.
Répétons encore, s'il en est besoin, que l'antiquité classique avait déjà caractérisé l'hiver par la chasse ou le passage des oies et des canards ' ; et ce qui a été cité précédemment de Sorterup d'après Finn Magnusen, donne lieu de croire que les régions Scandinaves avaient un symbolisme analogue2. Quant aux Anglo-Saxons, un de leurs calendriers au British muséum désigne le mois d'octobre par le tableau d'une chasse au marais. Or n'oublions pas non plus que pour la bécasse du printemps, l'Allemagne a son proverbe qui flotte entre cinq semaines au moins. Cf. supra, p. 579.
Sainte Hilde, abbesse en Angleterre; 17 novembre, 680. On lui attribue aussi l'expulsion d'oies sauvages qui ravageaient les champs '.
Sainte Brigitte de Killdare (Cf. Autel, p. 102; Bœuf, etc.), dont la fête se célèbre le 1er février, a aussi des oies, ou des canards dans sa légende4; mais je ne vois pas que cela puisse être pris comme une de ses caractéristiques vraiment populaires.
La B,e Berthe comtesse de Ravenstein, et fondatrice ou restauratrice de l'abbaye d'Elchingen (xii* siècle). Stengel dit de cette sainte, fort peu connue chez nous, qu'elle est honorée par les peuples de la Bavière pour avoir chassé les oies sauvages des bords du haut Danube 5. Je n'ai pas réussi à trouver d'autres renseignements sur son culte et sur le jour où on l'honore; mais son époque6 annonce qu'elle ne peut pas être confondue avec Berthe Pédauque (Berthe au grand pied), ou la reine de Saba ; questions dont je puis bien m'abstenir d'ailleurs après le tribut fort raisonnable que j'ai payé aux oies, mais seulement sous la condition que des saints y seraient intéressés.
Somme toute, sauf pour le dernier personnage, sur lequel je ne réussis pas à m' éclairer, toutes les fêtes de saints accompagnés d'oies tombent en hiver. J'ai donc quelque raison d'y voir une forme artistique des dictons qui ont eu cours en Allemagne, et qui servent peut-être encore aujourd'hui à présenter l'oie comme symbole de la mauvaise saison. On disait : « L'oie blanche (la neige) couve bien, » c'est-à-dire que la neige protège les jeunes pousses des végétaux; « mais l'oie noire (boue, pluie)
i. Fil. Buonarroti, Vasidi velro, p. 8. — Bcllori, Arms , tab. li, etc. Des quatrains attribués à Ausono (ap. Grav., Thesaur. antiquitat. romanarum, t. VIII, p. 97, 102, 105, 100, Itl) disent pour février :
i Quiquo palu.licolam prendere gaudot avem ; »
et pour novembre :
t A quo vii nvi.lus si«trô compescitur ansor. •
Aussi les enfants qui jouent avec des oies, des canard* ou dos cygnes, dans les œuvres de l'art romain ( groupe», lampes, etc.), pourraient bien n'être que le Génio do l'hiver personnifié.
2. Je ne voudrais pas contredira un descendant dos Nnnains sur le» faits de son pays; mais les oies prenant leurs quartiers d'hiver
hors des contrées boréales, sembleraient plutôt y devoir indiquer les beaux jours. Si même on ces régions notre oiseau passe pour représenter la saison rigoureuse (durant laquelle on ne l'y voit presquo jamais), ce peut être à raison de sa couleur blanchâtre qui aura paru indiquer la neige; la surtout où l'oie vit en troupes (Cf. infra, H" Berthe d'Elchingen). C'est ainsi, probablement, qu'ailleurs les jours de gelée auraient été désignés par l'œuf (dit-on), et la fin de l'hiver par un œuf brisé.